Une carte postale du 21 avril 2016

« La grande image n’a pas de forme ». Je pensais au titre de l’ouvrage du philosophe-sinologue François JULLIEN, dissertant sur l’art de peindre dans la chine ancienne, et sur LAO TZI « Le grand carré n’a pas d’angle, la grande image n’a pas de forme ».
Nous voyons apparaître, par bribes, les morceaux de programme des candidats de la primaire. Nous sommes dans un paysage nuageux, dont émergent le sommet de collines, où l’on aperçoit la silhouette de pèlerins sur des chemins tortueux, procédant avec lenteur et hésitation.
Nous attendons l’image complète, ce que d’aucuns appellent la  «vision» d’un candidat-prophète, terme nostalgique s’il en fût, ombre portée d’un certain Général, et d’un temps où les options étaient tranchées, et le courage politique plus partagé. Personne n’est content. Les journalistes appellent de leurs vœux un «récit», dont ils puissent se repaître, mais n’auraient de cesse d’en explorer tous les soubassements de calcul politique et tous les non-dits, et démonter toutes les ficelles du «story-telling». C’est leur seule grille d’analyse. Les citoyens désespèrent de leurs hommes politiques, qui ne semblent pas mieux comprendre l’époque qu’ils ne la comprennent eux-mêmes.
En ces temps de disette et en même temps de surabondance programmatique, nous sommes effarés de ne pas repérer de cohérence interne dans les propos, qui ne sont pas encore des propositions définitives, des candidats, même s’ils sont assenés avec le ton de la conviction la plus affirmée. Mieux vaut ne pas suivre au fil des semaines les déclarations d’un candidat qui a pourtant occupé la fonction, a fait le job cinq années durant, vaille que vaille, pendant l’avant-dernier quinquennat, qui maintenant fluctue comme un frêle esquif, entraîné par de mauvais courants, et qui pourrait bien sombrer (et mergitur).
De ce fait, la place est libre, et cette foire d’empoigne qui s’ébauche apparaît bien comme une lutte pour les places (pour la place, certes, mais aussi pour les lots de consolation, qu’on a su trouver dans les suites de la primaire de gauche pour Arnaud Montebourg, dans son costume de redressement productif, et pour Manuel, l’homme des coups de menton et du verbe haut – il en fallait bien un – opportunément ringardisé aujourd’hui par le jeune et brillant ministre des finances, qu’on a lui-même privé de sa grande loi « MACRON 2 », pour lui donner le patronyme « EL KHOMRI », sans prévoir le fiasco que deviendrait cet imbroglio à la sauce hollandaise, lui épargnant de fait les coups, et lui laissant du temps libre pour se mettre « en marche ».
A droite, dans le vide laissé par le naufrage en cours du candidat naturel, s’engouffrent tous les ambitieux, donnant de la compétition elle-même une image amoindrie, et tirant vers le bas la primaire elle-même. Les représentants de petites coteries, ou représentants d’eux-mêmes, une fois encensés par les médias, qui leur ont ouvert leurs micros des heures durant, quand elles étaient sous les feux de l’actualité, et qui n’étaient rien sans l’onction de l’ancien président, veulent maintenant leur tête-à-tête avec la Nation. Seuls les députés pourront recadrer ces impétueux, et leur rappeler qu’ils n’ont pas la « centralité institutionnelle » qu’ils croyaient avoir dans leurs rêves les plus fous.
Il faudrait certainement beaucoup de force à un candidat, pour convaincre sur une grande vision (« big picture »), et sortir par le haut de ce rendez-vous avec l’histoire qui s’annonce sous des auspices peu favorables.
Nous voyons bien chez notre candidat en tête des sondages, que rien ne l’incite à la posture du stratège pour la Nation, qui tracerait devant elle les chemins de son avenir en toute clarté. Il pourrait avoir la tentation d’une stratégie de nomination par défaut, sur le modèle de celle de son mentor Jacques CHIRAC en 2002. Dans cette configuration, il faut simplement éviter les faux-pas, ceux qui ont conduit François FILLON là où il est, après sa lutte fratricide avec Jean-François COPPE, puis sa critique acerbe du quinquennat précédent, dont il aurait été, pendant cinq ans, un chef de gouvernement qui aurait choisi de « fermer sa gueule » et de rester. Ce désir de rester en place avant toute autre considération constitue un positionnement irrémédiablement faible pour sa candidature actuelle, sans compter les fausses notes plus récentes, par exemple, ses analyses sur la situation syrienne, imprégnées d’un poutinisme sans nuance, qu’il semble partager avec l’extrême-droite.
Alain JUPPE devrait donc se faire violence pour manifester de l’audace, car à la fois, il pourrait bien être échaudé par sa cuisante expérience de grande vision réformatrice, qui a tourné comme l’on sait, dans les années 1995. Et à la fois aussi, une trop grande clarification n’est pas son intérêt à ce jour. Il pourrait bien trouver son inspiration dans un autre concept de la chine ancienne, décrit par LAO TZI, « Wei-Wu-Wei », se laisser porter par une configuration favorable, et « agir sans agir ». A ce titre, son programme, que nous voyons se construire, au fil des publications thématiques, et qu’il qualifie opportunément d’ébauche, ne pourrait être rangé dans la rubrique « réformes structurelles », mais plutôt, pour l’instant, dans la rubrique aimable du jardinage « taille douce » de notre beau jardin à la française, qui s’apparente de plus en plus à un labyrinthe.
Pour tous les candidats de la primaire, et pour Alain JUPPE, il y a d’abord  l’horizon des grands équilibres budgétaires, du déficit et de la dette, et les grands coups de rabot de cinquante, cent, cent-cinquante milliards d’économie, qui sur un quinquennat ou deux, pour certains candidats, qui avant une date butoir, pour d’autres, devront être passés sur notre beau modèle social.
Le problème, c’est qu’on a du mal à faire le lien entre cet horizon budgétaire, qui projette son ombre sur le pays, comme une guillotine, et les petits récits localisés et protecteurs, sur l’école de la république, sur l’état régalien, sur l’économie, bientôt sur la santé, dont aucun n’a la force d’aller au cœur de la structure, pour donner l’impulsion décisive, voire proposer les arbitrages douloureux qui semblent s’imposer.
Ce que le citoyen peine à percevoir, en effet, c’est la méthode employée par les candidats, dont nous ne voyons que le produit final, les « mesures », qui se déplacent en train, voire en convoi, mais dont nous ne voyons pas la locomotive.
Il faudrait faire des « réformes structurelles » pour sortir du marasme, entendez par là qu’ on attend d’elles qu’elles corrigent presque magiquement nos déficits. Le but ultime de ces réformes, serait de facto, de corriger le désordre de nos finances publiques. C’est donc à l’aune de leur capacité à atteindre ce résultat qu’il faut les juger, c’est elles qu’on accroche à la locomotive de l’équilibre budgétaire. Sinon, pourquoi bouger les choses ?
L’actualité nous fournit l’occasion d’explorer le dispositif de nos aides sociales. Le député Christophe SIRUGUE a remis au premier ministre son rapport sur la simplification des aides sociales dans la matinée et illico presto, nous attendons des annonces vigoureuses de Manuel VALLS, à midi tapantes, nous dit-on dans les médias.
Le sujet, c’est la « simplification » d’un dispositif d’aides sociales, qui comporte neuf prestations différentes, et qui est considéré comme « coûteux et inefficace ». «Les minimas sociaux sont nés au fil du temps depuis l’après-guerre, et se sont juxtaposés sans que jamais on cherche à les harmoniser» expliquait le parlementaire.
Parmi « trois scénarios possibles », le rapporteur privilégie celui d’ « une refonte en profondeur de l’architecture globale du système des minima sociaux, avec la création d’une «couverture socle commune», qui permettrait de traiter tout usager selon les mêmes règles quand ses ressources viennent à manquer, tout en bénéficiant d’un dispositif complémentaire qui corresponde aussi à ses propres spécificités ». Comprenne qui pourra. Nous avons un dispositif complexe, mais à qui on pourrait reconnaître qu’il permet une personnalisation des aides pour des publics et des besoins spécifiques. On le remplace par un dispositif socle unique, mais on prévoit néanmoins pour chacun un « dispositif complémentaire qui corresponde à (ses) propres spécificités ». Ne sommes-nous pas en plein syndrome de la reine rouge ? (Alice au pays des merveilles, demande à la reine rouge, « mais pourquoi courons-nous ? mais pour rester sur place, mon enfant).
La Cour des comptes indique que les minimas sociaux « ne permettent pas aux allocataires de sortir de la situation de pauvreté ». La pauvreté « monétaire », après prise en compte des revenus de transfert, touche 8,5 millions de personnes en France, soit près de 14% de la population.
Le dispositif ne favorise pas non plus le retour à l’activité. Le taux d’emploi des bénéficiaires des minimas sociaux est très faible, de l’ordre de 14% à 17% selon les dispositifs, à peine 2 à 4% des allocataires sortent des dispositifs au profit d’une insertion durable sur le marché du travail.
Pour autant, les coûts du dispositif s’accroissent vertigineusement. De 2008 à 2014, le coût des minimas sociaux est passé de 17,3 milliards à 24,8 milliards d’euros (+30% en euros constants), hors coûts de gestion et dépenses d’accompagnement. Le nombre d’allocataires croît chaque année, du fait de la crise économique, mais aussi parce que les gouvernements, de droite puis de gauche, ont revalorisé les minimas sociaux (AAH et ASPA en 2008, puis RSA en 2013).
Enfin, il y a un problème de lisibilité, voire de justice, du fait des multiples niveaux d’intervention d’organismes différents, et du cumul des aides, provenant du département ou de la sécurité sociale, amenant des personnes au profil semblable à ne pas percevoir la même somme globale.
La proposition de la Cour des comptes est de ne conserver que trois allocations, RSA, AAH (allocation adulte handicapé) et ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et de faire reposer sur les caisses (CNAF-CAF) la gestion exclusive de l’attribution de ces allocations. Fermez le ban, pourrait-on dire.
Dispositif simple, accessible à un vote du parlement pour un encadrement de la progression des dépenses, de type ONDAM (l’équilibre budgétaire), duquel on n’attendrait pas qu’il favorise le retour à l’emploi, et qui, à ce titre, serait complété par une politique de l’emploi, dont on espérerait qu’elle évite de voir refluer dans le dispositif de plus en plus de chômeurs en fin de droit. Il faudrait aussi prévoir de compenser une possible déstabilisation du système en cas de progression forte du nombre des allocataires, qui se traduirait par une baisse des aides unitaires dans un budget globalement contraint. Pas simple.

Nous trouvons dans LE SCAN ECO du FIGARO le recensement de ces différentes aides, et leur ventilation, auprès de publics qui ne se recoupent pas ou peu, finalement.
Le RSA pour les personnes de plus de 25 ans, ou pour les moins de 25 ans ayant un enfant à charge, ou ayant travaillé deux ans au cours des trois dernières années. Il démarre à 524,66 euros pour une personne seule, à 1101,83 euros pour un couple avec deux enfants, et représente au total 9.8 milliards d’euros par an, pour 2 millions et 530 000 allocataires à fin décembre 2015
L’allocation adulte handicapé, créée en 1975, versée par la CAF aux handicapés, dont le taux de handicap est supérieur à 80 %, versement de un à cinq ans, étendue à un taux de handicap entre 50 et 79 % s’il y a restriction d’accès à l’emploi, jusqu’à l’âge du départ en retraite, 808,46 euros mensuels, un peu plus de un million de personnes en décembre 2015, 8.7 milliards d’euros par an.
L’allocation solidarité personnes âgées, a remplacé en 2006 le minimum vieillesse. Il faut avoir 65 ans, des revenus inférieurs à 9609,6 euros par an pour une personne seule, et 14918,90 euros pour un couple, le montant est de 801 euros pour une personne seule, et 1243 euros pour un couple, 496200 personnes bénéficiaires fin 2014, coût 3.1 milliards d’euros.
L’allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droit, qui ont travaillé au moins cinq ans dans les dix dernières années, et n’ont pas atteint l’âge de la retraite, pour une durée de six mois, renouvelable, 487,50 euros par mois, plafond de ressources de 1137,50 euros mensuels, 1785 ,50 euros pour un couple, 435 000 personnes bénéficiaires en 2014, coût 2 milliards d’euros,
L’allocation supplémentaire d’invalidité, versée par la caisse primaire d’assurance-maladie en cas d’ invalidité réduisant la capacité de travail ou de gain des deux tiers, 404 euros mensuels pour les personnes aux ressources inférieures à 3582.45 euros par an, 78 000 bénéficiaires fin 2014.
L’allocation temporaire d’asile, versée aux demandeurs d’asile, plafond de ressources fixé au RSA socle, 524,16 euros, montant de 524, 16 euros pour personne seule, et 1467.65 euros pour un couple avec quatre enfants , 51000 personnes bénéficiaires fin 2014.
L’allocation veuvage, conjoint décédé, moins de 55 ans, ressources faibles, plafond de ressources trimestrielles de 2260.27 euros, ne pas s’être remis en couple pour en bénéficier. 602,27 euros par mois, 7200 personnes fin 2014.
Le revenu de solidarité outre-mer
Résidents outre-mer, revenus mensuels ne doivent pas dépasser 911.12 euros par mois pour une personne seule, et 1431.76 euros pour un couple le montant ne dépasse pas 512,76 euros. 9210 allocataires fin décembre 2015
L’allocation transitoire de solidarité,
Pour les gens ayant cotisé suffisamment, mais n’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite, demandeurs d’emploi en fin de droits, 300 euros par mois, 11000 personnes bénéficiaires fin 2014.
Tout cela représente un total de 25 milliards d’euros bien sonnés, pour les personnes les plus précaires, et ce n’est pas le cancer qui rongerait nos finances publiques.
Le dispositif actuel est plutôt bien ciblé, et souffre peut-être d’abord de la multiplicité des échelons intervenant pour l’éligibilité à ces aides et pour leur distribution. Le regroupement dans un seul organisme, la CNAV-CAF, comme proposé par la cour des comptes, faciliterait la gestion, diminuerait les coûts de celle-ci, globalement. Les barèmes actuels permettant l’allocation des ressources, prennent en compte l’ensemble des ressources et déterminent des allocation « sur-mesure », au plus près des besoins, c’est du moins leur objectif. Certains publics sont en dessous d’une allocation-socle, telle que proposée, mais ils bénéficient d’autres ressources, qui sont prises en compte dans les calculs.
Remplacer tout cela par une allocation-socle, ferait perdre en pertinence le calcul de l’allocation, au profit de la simplicité de gestion. Elle ne résoudrait pas l’inégalité alléguée devant les allocations, liée à la complexité du système actuel, au contraire. Elle ne ferait pas disparaitre la pauvreté, sauf à voir augmenter le montant global de l’enveloppe, accélérant peut-être encore le rythme de progression que nous avons connu dans les huit dernières années.Elle n’inciterait pas plus à la reprise de l’activité, et cela d’autant plus qu’il est question de la généraliser aux 18-25 ans.
Un mouvement en cache un autre, une « simplification », sous forme d’un socle, et une généralisation de l’attribution de ce socle à la  tranche d’âge des 18-25 ans, telle est la proposition de Christophe SIRUGUE, pour des jeunes qui  ont certainement plus besoin d’aides concrètes à la formation, au logement, que d’une rente qui ne les inciterait  pas forcément à préparer leur avenir, sachant que le relais après 25 ans serait pris par une poursuite des mêmes aides, leur aménageant un long parcours d’assistés, accréditant dans leur esprit l’idée d’un droit à une sorte de revenu universel, un mol oreiller assurant un revenu de subsistance, quoiqu’on fasse. En somme, faut-il assigner toute une génération de jeunes décrocheurs à un statut d’assistanat et de relégation, et prononcer aussi tôt dans leur vie l’échec de leur recherche naturelle d’autonomie ?
Le rapport SIRUQUE prend en compte le fait que « tout va mieux » et prépare en fait la redistribution des bénéfices durement acquis du fait des efforts du début de quinquennat, dont nous savons à quel point ils ont payé en termes de croissance et d’emploi. Marqueur de gauche, pour un public oublié au cours du quinquennat, la généralisation du RSA aux moins de 25 ans coûtera 4 à 6 milliards de plus. On nous assure qu’on trouvera les économies budgétaires pour financer cette mesure électorale. Déliquescence, alors que nous voyons maintenant la loi EL KHOMRY vidée de toutes les mesures utiles pour faciliter l’embauche, et même aggravée par la surtaxation des CDD, lesquels constituent aujourd’hui la grande majorité des contrats de travail. On alourdit donc le coût du travail, on plombe la compétitivité des entreprises. Une sorte d’enfer pavé de bonnes (?) intentions. Intentions sans persévérance, si ce n’est celle, désespérée, de redresser la barre, en vue de l’iceberg électoral vers lequel se dirige le Titanic socialiste, et le pays avec lui.

Entrons maintenant dans le dur des transferts sociaux. les dépenses de protection sociale, qui représentent 31,7% du PIB, soit 672 milliards d’euros, principal poste de dépenses publiques en France. Depuis les années soixante, leur progression n’a pas cessé, à un rythme élevé dans les années 1960-1970, 14,3% du PIB en 1959 à 24,5% en 1981, puis 29,6% en 2006 et plus de 30% depuis 2010.
De plus, l’évolution des dépenses de protection sociale n’est pas identique selon les postes de dépenses.
Deux postes sont en forte progression :
Le poste vieillesse-survie, qui comprend principalement le versement des pensions de retraite (de base et complémentaires), passé de 5,1% du PIB en 1959 à 14,4% en 2010. Ce poste est particulièrement dynamique en raison des départs en retraite des « baby-boomers » et de l’allongement de la durée de vie des retraités.
Les dépenses du risque maladie ont également fortement progressé entre 1959 et 2013, passant de 3,1% à 8,7% du PIB. Le remboursement des soins de santé délivrés en ville et en établissements de santé, est la principale source de dépenses avec 139,3 Milliards d’euros en 2013, suivi de la prise en charge de revenus de remplacement (indemnités journalières principalement) pour 9 Milliards d’euros.
le risque « pauvreté-exclusion sociale », essentiellement pris en charge par le revenu de solidarité active, généralisé à l’ensemble du territoire le 1er juin 2009, constitue 2,5% des prestations.

Que nous proposent les candidats de droite pour trouver la centaine de milliards d’économies, (c’est une moyenne), qu’ils se font fort de rogner sur les budgets confondus de la dépense publique, incluant la protection sociale ?
Citons pêle-mêle, Bruno LEMAIRE : Instaurer une allocation sociale unique plafonnée à 2/3 du SMIC, qui rassemblerait toutes les aides sociales (le rapport SIRUQUE), Frédéric LEFEBVRE, après des emplettes programmatiques faites dans les pays anglo-saxons, auprès de nos compatriotes vivant à l’étranger, dont il est le député : Créer une allocation universelle, ouverte à tous, contrairement au RSA, sans condition, donc sans contrôle et cumulable avec un emploi, un revenu universel de vie, dont la généralisation couterait autant que la protection sociale actuelle, selon des estimations faciles à effectuer (mille euros par mois pour 65 millions de français). Mais alors il faudrait que cette allocation soit versée  » pour solde de tout compte », laissant les citoyens responsables de financer leur protection sociale dans un système assurantiel. Très restructurant, en effet, si on ajoute en plus la flat tax, recommandée par le même candidat. Je n’achète pas quant à moi. Nicolas SARKOZY : Conditionner le versement du RSA à l’exercice d’une activité au service de la communauté. Intéressant, mais utilisé à mauvais escient à visée punitive, et non comme pédagogie de renforcement du lien social, et dont la portée n’est que symbolique, sans impact sur les finances publiques, ce qui est quand même le sujet central.
Il ne faut pas oublier la dégressivité des allocations chômage, et toutes les variantes proposées par chaque candidat, suppression ou diminution après deux emplois refusés, dont les effets seraient epsilonesques en termes d’incitation à l’emploi, s’il n’y a décidément pas d’emploi dans le secteur marchand pour accueillir les chômeurs très motivés, car on leur aurait coupé leur allocation-chômage.
Il faut alors se tourner vers la fonction publique ?
S’attaquer au statut de la fonction publique : relever la durée de travail hebdomadaire, directement à 39, voire 40 heures, pour certains, ou à 37 heures payées 37 (durée de travail légale des fonctionnaires, et 39 heures (heures supplémentaires dans la tranche 37-39 ou 39 payées 39 ?). Discussions picrocholines, augurant d’une guerre du même nom, qu’on s’épuiserait à livrer pour un résultat incertain.
Réduire, ou supprimer pour certains, ou encore limiter à quelques fonctions régaliennes, les recrutements sous statut de la fonction publique, et particulièrement pour la fonction publique territoriale, pour permettre aux élus de pratiquer le système de la dépouille (Spoil system), créer un contrat de cinq ans, qui serait donc même dérogatoire aux contrats de travail de type CDI (!) ne pas remplacer les 700 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2020, instaurer un, voire trois jours de carence, lutter contre l’absentéisme, développer la rémunération au mérite, augmenter le salaire des fonctionnaires après qu’ils soient passés à la moulinette. Les fonctionnaires font l’objet d’un grand luxe d’attentions.
La fiscalité, c’est sur, on ne peut que la baisser. Suppression de l’ISF, en refaisant le coup de Chirac, rare moment de courage politique, qui lui fît perdre les élections, dit-on.
Certains ne renoncent pas à diminuer les impôts sur le revenu. D’autres, tournés vers les entreprises, veulent diminuer la taxation des dividendes, qui est confiscatoire, augmenter la TVA, ce qui va contrarier la consommation de produits importés, mais distribués dans nos réseaux commerciaux et contrarier la demande.
Frédéric LEFEBVRE veut la flat tax. Défiscaliser les investissements dans les entreprises (flécher un investissement sur le modèle périmé des niches fiscales). Réduire les impôts tous azimuts pour Jean-François COPPE, diminuer à la fois l’IRPP et l’impôt sur les sociétés, ou encore pour d’autres aligner l’impôt sur les sociétés sur les pays européens ( compétitivité), mais il faudra pouvoir suivre les anglais, qui seront bientôt à 15 %, réduire les charges sur les entreprises, diminuer les charges patronales (mais financer quand même la protection sociale).
On se prive de ressources budgétaires, dans l’espoir d’une dynamisation de l’économie, qui surviendrait sans autre effort que la diminution des impôts et la maltraitance des chômeurs, la dynamisation de l’économie, que même la monnaie hélicoptère n’est pas sure de nous procurer. Voila une équation qui n’a rien à envier à une certaine inversion de la courge du chômage.
Où va-t-on trouver des économies sur la durée du quinquennat alors qu’on n’égrène que des mesures de long terme qui mettront une décennie au moins avant de porter leurs fruits ? (confer l’effet de la RGPP).

Encore un effort, mesdames messieurs les candidats de la primaire.

Faire, certes, mais que faire ? et comment faire ?

Nous le savons maintenant, il va falloir passer à l’acte, en 2017. C’est une injonction que Robin RIVATON * lance collectivement « aux dirigeants », avec le culot d’un pas-encore-trentenaire, faisant preuve dans ses constats sur l’impuissance publique, et dans ses conseils aux gouvernants, de la même audace qu’un autre jeune loup politique, dans un autre temps et dans un autre registre, celui de l’action, précisément, lorsqu’il ravissait à Charles Pasqua la mairie de Neuilly, à 28 ans. Nous verrons là-aussi si « les fruits passeront la promesse des fleurs **», pour cette jeune tête bien faite, qui se met en position de venir apporter son « expertise » à celui qui est bien placé pour devenir le vainqueur de la primaire, et qui a fait du livre de ce jeune homme « son livre de chevet ».
Nous voyons bien le vocabulaire de la primaire occupé par les verbes d’action, sur le mode impératif et martial, il faut « faire », c’est le titre de l’ouvrage-programme de François Fillon. Il faut oser, le pays est prêt, c’est le message de Robin RIVATON.
Quant à la question du « que faire », nous voyons s’ébaucher un socle commun, au moins sur la politique économique, sur les 35 heures – qu’il faut supprimer- le code du travail – qu’il faut simplifier – la dégressivité des indemnités de chômage, la diminution des charges des entreprises – transformation du CICE en baisse durable des charges (Alain JUPPE), exonération des cotisations patronales sur les bas-salaires et dégressivité jusqu’à 1,7 SMIC (Alain JUPPE) – la suppression de l’ISF, la diminution des emplois publics et/ou de la dépense publique, le contrôle des dépenses sociales. Les différences entre les programmes considérés comme les plus « radicaux », tel celui de François Fillon, et les autres, sont bien minimes. Alain Juppé qualifie ces différences de «goutte d’eau», celle qui pourrait bien faire déborder le vase de l’acceptation par les français de cette avalanche de réformes, et il en sait quelque chose, ou bien encore cette goutte d’eau qui pourrait compromettre le « cadrage budgétaire », qui est l’horizon ultime de la politique économique, pour lui, contrairement à ce que nous avons compris du contre-choc fiscal de Nicolas Sarkozy, dont la téléologie est destinée à un autre usage, celui de créer une surenchère, rendant indépassable le programme de l’ancien président, laissant à plus tard la question de sa faisabilité. Il faut pourtant se mettre en position de pouvoir faire ce qu’on énonce dans son programme faute de retourner dans le vieux cycle des promesses qu’on ne tiendra pas et de la caducité des propositions, qui cette fois transparait dès leur émission sur la place publique, comme le nez au milieu de la figure, pour des citoyens dont on nous dit qu’ils ont atteint la maturité politique, et accessoirement, sont devenus experts en mensonge et incohérence politique. Je ne suis pas convaincu de ce dernier point, même si la faillite des « moi-présidents » a sonné le glas d’une victoire possible d’un programme politique, de quelque parti qu’il provienne, qui ne serait pas pragmatique, gravitant autour d’une version « de droite », ou « de gauche » du corpus de mesures mentionnées ci-dessus, dont le gouvernement actuel est d’ailleurs en train de se rapprocher.
Nous pourrions même évoluer vers une configuration inédite, une convergence sur le cœur des programmes économiques de tous les partis de gouvernement, et une différenciation sur d’autres marqueurs, mais lesquels ?
Imaginons un instant une primaire à gauche, faisant suite au retrait de François Hollande. Ce n’est pas de la fiction. Peut-être l’imperméabilité digne d’un plumage de canard du président sur lequel tout semble glisser, depuis les averses de sa ballade inaugurale du quinquennat, les lunettes embuées, et le front dégoulinant, jusqu’à la douche des sondages successifs, des embellies suivies de rechutes, des courbes du chômage qui refusent obstinément de s’inverser, des quolibets des agriculteurs, peut-être qu’un jour, il y a aura quelque chose, dans la grisaille désespérante du quinquennat, qui sera la goutte d’eau de trop, rendant tout à coup limpide pour lui, la décision de ne pas y aller. C’est ce qu’on peut lui souhaiter devant l’histoire.
Il y aurait alors dans la primaire de gauche, un tandem VALLS-MACRON, s’ils ont l’intelligence de s’entendre, placé en tête des sondages des sympathisants de gauche. Je serais même prêt à aller voter pour cette primaire, tant je me reconnais dans ces nouvelles « valeurs de gauche », telles qu’elles sont portées par ces-deux-là.
Le « Que-faire » est donc déjà solidement constitué, au moins pour les sujets centraux que sont l’emploi et la prospérité des français.
Mais la triangulation façon Hollande a fait du chemin également sur les sujets «régaliens », s’il ne faut citer que la déchéance de nationalité, l’état d’urgence, la « dissuasion » efficace de la venue des migrants en laissant patauger dans la boue et le froid indistinctement, jeunes hommes, femmes et enfants, dans la jungle de Calais et autres lieux. La droite pourra difficilement faire mieux, sinon les laisser mourir de la tuberculose qu’ils auront attrapée dans ces conditions de vie plus qu’insalubres, en refusant leur prise en charge médicale.
Ce n’est donc pas sur un plan idéologique qu’on pourra se différencier, par un mouvement vers toujours plus de droitisation sotte et méchante.
C’est donc sur le « Comment faire » qu’on attend les impétrants, sur une posture d’homme d’état –qualifions-là ainsi- alliant mobilisation enthousiaste du plus grand nombre des citoyens (pour être élu), autour d’une vision pour le pays et d’un programme portant une attention toute particulière aux détails et à l’exécution, avec un double souci de cohérence avec les valeurs portées par un homme, et cohérence interne, entre les parties de ce programme, et ses modalités d’exécution, qui doivent « faire système ».
Disons pour l’instant qu’il est un peu tôt pour Alain JUPPE, de se contenter de «faire des additions », et qu’il serait intéressant pour les français qu’il développe une grande histoire sur la politique de l’offre, la restauration de la compétitivité de l’économie, pas seulement par les petits bouts des « cadrages budgétaires », mais de façon globale, pour créer un environnement favorable aux entreprises, dans les dimensions les plus diverses, ayant toutes à voir avec ce sujet central, déclinées dans les domaines de l’éducation-formation, la politique énergétique, la simplification des normes, l’économie numérique, le développement des circuits courts, et bien d’autres sujets dont il faudrait faire une carte globale.
Le programme d’un homme d’état, comme nous l’aimerions, doit comporter à la fois cette vision, reposant sur un constat fort des grands enjeux, des voies pour le futur, et développer en même temps le dispositif proposé pour les années à venir, concret, incrémental, partant de la situation actuelle, avec les petits ou les grands pas à faire, dans la bonne direction.
Ce qui nous reste de l’exposé des programmes – de tous les programmes qu’on peut lire aujourd’hui – ce sont ces propositions « incrémentales », ces changements dont on pense peut-être que leur vertu individuelle réside dans le fait qu’ils font « bouger les lignes », sans montrer leur agencement global.
Tout programme qui fait l’impasse sur la vision (« the big picture »), apparait ainsi comme étriqué et défensif, y compris et surtout sur les sujets sociétaux.
C’était particulièrement ce qui ressortait de la lecture du programme d’Alain JUPPE sur l’école et l’éducation, considéré par lui pourtant comme « la mère des batailles ».
L’enjeu était d’aménager un cursus pour prendre en charge les décrocheurs, aussi bien que les élèves qui veulent s’engager dans des filières d’excellence, et de ne pas continuer à raisonner en « élève-moyen-statistique ». Faute de cette vision, le programme qui nous est présenté, n’est qu’une collection de petits ajustements certes intéressants, mais qui manquent de souffle et ne préparent pas notre système éducatif à répondre aux défis du présent.
On comprend bien évidemment la nécessaire prudence du candidat qui signe lui-même un document, dont l’aspect d’engagement contractuel doit l’ancrer dans une sorte de plus petit dénominateur commun entre tous les intérêts en jeu, de description de l’action à mener de façon défensive, et restrictive.
Ce qui manque, dans ce cas, c’est l’effervescence du débat dans l’entourage du candidat. Rappelons-nous la proposition qui nous est faite par Alain JUPPE, de « démocratie participative », le recueil de nos propositions, de notre ressenti sur tous les aspects du programme du candidat, l’éducation, le régalien, l’économie.
Ces documents qui sont sortis ou vont sortir dans les maisons d’édition, sont-ils l’alpha et l’omega de la parole et de la pensée du candidat, un document dont la formalisation signifierait qu’il se fige et devienne intangible. La vie va-t-elle s’arrêter de proposer de nouvelles configurations, de nouveaux défis, parce que le candidat a produit son programme ? La créativité de la démocratie participative doit-elle s’arrêter ? Le candidat doit-il s’interdire de modifier son point de vue ?
Ce débat sur ce qu’il faut faire et comment le faire, s’il se poursuit dans l’entourage du candidat (on peut l’espérer), n’est pas visible pour les citoyens, et n’est pas mobilisateur pour eux. Les membres d’Agir pour la France sont mobilisés pour faire du chiffre, trouver des fonds, faire nombre, mais ne sont pas visibles dans leurs productions ni leurs débats internes. Ils ne sont pas animés. Nombre d’entre eux occupent pourtant des « postes de vie », à partir desquels ils pourraient « challenger » les dires d’experts, qui susurrent à l’oreille du candidat, ou qui déposent leurs livres sur sa table de nuit. Aucun d’eux ne descend dans l’arène pourtant bienveillante des clubs d’Agir pour la France. On ne demande à personne de faire l’effort que je fais, de se forger une opinion, de tenter de l’exprimer sur un blog, et d’attendre quelques retours, qui ne viennent jamais, de personnes qui partagent un même engagement citoyen. Comment relancer la délibération, comment faire vivre le programme, non pas comme produit figé dans un ouvrage, mais en lui donnant la chair vivante qui manque sur ce squelette, c’est-à-dire, un processus continu d’engagement citoyen, dans une démocratie délibérative, où chacun continue de penser à la chose commune, en donnant une chance, ensemble, de constituer un courant d’opinion.

* « Aux actes dirigeants » Robin RIVATON éditions Fayard

** François de Malherbe
Prière pour le roi Henri Le Grand

« Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

La fin de tant d’ennuis dont nous fûmes la proie
Nous ravira les sens de merveille et de joie ;
Et, d’autant que le monde est ainsi composé
Qu’une bonne fortune en craint une mauvaise,
Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise,
Conservera celui qui nous l’aura causé. »

L’administration centrale, nouveau bouc émissaire

Cécile CORNUDET, dans les ECHOS, se penche sur le « Syndrome de Benjamin Millepied » qu’elle décrit sans pour autant lui donner encore ce nom. Elle fait le récit emblématique de la façon dont une administration tatillonne et conservatrice, ici l’Opéra de Paris, « tueuse d’initiatives », étouffe toute velléité de changement et détient le vrai pouvoir, celui « de ne rien faire ». Et de généraliser le propos, en citant Emmanuel MACRON, qui « cherche d’autres moyens qu’une loi pour faire passer des réformes » et Laurent WAUQUIER « un ministre n’a aucun pouvoir ». Enfin, notre ancien président, parmi ses « retours d’expérience », qui s’apparentent parfois à des retours de flamme, ne manque pas de mettre sur le dos des pesanteurs administratives son indécision personnelle. Il serait favorable à un « Spoil system » à la française, (« système de la dépouille » à l’anglo-saxonne), en proposant de changer d’emblée les vingt plus importants directeurs d’administration centrale à son arrivée au pouvoir.
Ce n’est pas une bonne idée. Lorsque les politiques n’ont en tête que l’annulation des réformes de leur prédécesseur, et ne sont pas capables de concevoir une réforme sur le temps long ou poursuivre modestement, dans la continuité, les actions entreprises par leurs prédécesseurs, pour la seule raison qu’ils ne peuvent s’en attribuer la paternité, il n’est pas mauvais qu’il existe une continuité, un volant d’inertie, entre le vote, à chaud, de lois souvent partisanes et déséquilibrées, la parution des décrets, et la mise en œuvre concrète des «changements», si tant est qu’ils soient toujours d’actualité et pertinents à moyen terme. C’est le fonctionnement de la démocratie représentative qui est déficient, quand toute décision politique est instruite dans l’urgence, pour répondre à chaud à un évènement ou à un mouvement d’opinion, et passe ensuite à la trappe, quand les projecteurs de l’actualité se sont éteints. Heureusement qu’il y a une continuité dans la haute administration, pour faire vivre avec prudence le mouvement si mal impulsé par le politique, voire pour attendre et voir si les impulsions sont contradictoires et incohérentes. Faire de l’administration le nouveau bouc émissaire des faiblesses du politique, et instaurer un rapport de force avec l’administration, comme on l’a fait avec les corps intermédiaires, c’est le piège dans lequel est tombé notre ancien président.
Alain JUPPE verrait plutôt ses ministres en « managers », faisant corps avec les membres de l’administration centrale. Les ministres sortiraient de la tour d’ivoire du groupe des conseillers, lequel groupe se réduirait en effectifs, en même temps que s’allégerait le budget des ministères. Le ministre serait ainsi de plain-pied avec la réalité du terrain. On ne peut pas faire aux membres de la haute administration le procès d’intention de préférer le statu quo, et pourquoi ne pourraient-ils faire preuve de créativité et d’esprit d’innovation si on le leur demandait ? Au moins l’échelon politique y gagnerait en perception de l’état de la réalité, et toute proposition de réforme comporterait de facto son étude de faisabilité, puisque l’administration centrale y aurait été associée.

Faut-il diminuer les impôts ? (le contre-choc fiscal)

Qu’est-ce qui plait aux français dans la personnalité d’Alain JUPPE ? Telle est la question que je me posais en écoutant Nicolas Sarkozy à l’émission « Des paroles et des actes », et en constatant le manque de simplicité, et l’autocentrement du propos de l’ancien président. Une conviction de forcené comme seule forme d’expression, et revenant à chaque coin du discours, l’intérêt pour son propre destin, pour son action passée et présente, pour son image auprès des français, tout cela a pris chez lui une place dévorante, en même temps que le contenu de ses propositions pour la France connaissait un affaissement spectaculaire.
La condition sine qua non pour que puisse naître chez un homme politique, une parole politique inspirée pour notre temps, pour notre pays, est une sorte de décentrement de la part de celui qui l’émet, un détachement, propice à entendre et formuler les questions qui peuvent naître dans la société et à les reformuler, à en faire le terreau de sa propre réflexion. Il faut donner le spectacle d’une pensée en train de se former, d’une pensée qui exposerait avec clarté des enjeux, des choix, des priorités. En ce sens, cette parole politique, exprimée sincèrement et avec simplicité, doit être stratégique, détachée des affects de l’homme politique qui l’émet, et ne pas sembler n’être qu’au service de son propre avenir.
Nous lisons dans « les Echos » la proposition de « contre-choc fiscal massif » de Nicolas Sarkozy. Disons qu’elle a de quoi laisser perplexe le lecteur le mieux disposé.
Une loi de finances rectificative serait votée dès l’été 2017, mettant en œuvre immédiatement une baisse d’impôts de 25 milliards d’euros.
Il ne s’agit pour le petit lecteur-citoyen  que je suis, que d’examiner la cohérence interne de cette proposition, dont le financement reposerait sur le retour de la RGPP, mais cette fois élargie aux fonctionnaires des collectivités territoriales, également sur l’augmentation du temps de travail dans la fonction publique, l’allongement de l’âge du départ à la retraite, et enfin sur la dégressivité des allocations chômage.
Pourquoi faire voter dès 2017, sous forme d’une loi rectificative à la loi de finances, des mesures qui sont certes faciles à mettre en œuvre dans leur volet dépense fiscale tous azimuts (suppression de l’ISF, diminution de l’IRPP de 10 %, et baisse des impôts des entreprises) mais beaucoup plus difficiles à financer, au moins avec les moyens qu’on nous annonce : Le retour de la RGPP, l’allongement de l’âge du départ à la retraite sont des mesures de temps long, qui sont découplées d’une  loi de finances rectificative.
Il faudrait donc creuser très largement le déficit budgétaire sur l’exercice en cours et sur le suivant, en passant le reste du quinquennat à attendre que se réalisent les effets de ce choc fiscal, qui ne définit pas de priorité entre une action sur la demande (IRPP), et sur l’offre (allègement des charges des entreprises), et qui risque de se résoudre à un saupoudrage, une folle dépense fiscale hâtive et mal fagotée, mal pensée, pour tout dire. Cela nous rappelle l’attente irrationnelle de l’inversion d’une certaine courbe par le président actuel, et sa stratégie trop visible – mettre en œuvre une action de façade, peu importe sa pertinence, et attendre le retournement d’un cycle économique, qu’on feindrait de s’attribuer par son action. « Vous voyez bien que la croissance est en train de revenir, grâce à l’action du gouvernement »
C’est en soi une option possible de se trouver des marges budgétaires, ou de croire qu’on en dispose, mais d’une part il faudrait les utiliser à bon escient, et d’autre part, on peut craindre que le même candidat nous déclarera sans doute dans un autre épisode de son programme, sa volonté d’atteindre l’équilibre budgétaire à très grande vitesse.
Et d’ailleurs, même si on élargit la perspective à quelques années, disons le quinquennat à venir, peut-on raisonnablement espérer une réduction de la dépense publique de l’ampleur mise en avant par le candidat (passer de 57 à 50 % du PIB), avec les mesures mentionnées par le même candidat ?
C’est là que l’exercice du « retour d’expérience » dudit candidat aurait pu le conduire à examiner les résultats de  la mesure phare de son quinquennat passé. Il aurait pu consulter le rapport publié le 12 octobre 2011, par la mission d’évaluation et de contrôle (MEC) de l’Assemblée nationale, évaluant l’impact financier de la règle du « un sur deux » pour le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite.
« Mise en place dans le cadre de la révision des politiques publiques (RGPP), cette mesure devrait se traduire, sur la période 2008-2012, par la suppression de 150 000 postes.
« En termes budgétaires, cette mesure n’a pas eu l’impact escompté. Elle s’est traduite par une économie nette de 100 millions d’euros (contre 400 millions attendus) en 2009 et 264 millions (contre 444 millions) en 2010. Au total, sur les trois dernières années, la masse salariale (rémunérations et pensions de retraite) a progressé en moyenne de 1%.
Plusieurs éléments y ont concouru :
– Le non-respect, par certaines administrations, du plafond de 50 % des économies
réalisées reversées aux agents.
– L’effet « Glissement Vieillesse Technicité » : même avec le gel du point d’indice, la
rémunération des fonctionnaires progresse avec la carrière, les statuts et les changements d’échelons.
– L’obsolescence des données statistiques qui n’a pas permis d’établir des prévisions
fiables. »
Il en est de même pour la dégressivité des indemnités de chômage, formule mise en œuvre entre 1992 et 2001, où l’on était passé d’une allocation fixe jusqu’à la bascule en fin de droit, à une allocation dégressive dans le temps. La conclusion du rapport de l’INSEE, sur la période 1992-1996, est que « la dégressivité…aurait ralenti le retour à l’emploi ». La crainte en effet d’une forte perte de revenus à la fin des droits, dans le système actuel aurait un effet incitatif beaucoup plus fort en faveur du retour à l’emploi. C’est le cas surtout pour les allocations élevées. En revanche, pour les faibles indemnités, le retour à l’emploi est contraint par l’offre de travail. La conclusion de Bruno COQUET (OCDE), est que « la dégressivité tendrait à accroître le chômage de longue durée » (rapport pour l’institut de l’entreprise).
Les autres paramètres méritant un examen seraient la diminution de la durée de l’indemnisation, en fonction de la conjoncture économique ( ce qui se fait aux USA), consistant à connecter la politique d’indemnisation à l’offre d’emploi, car il ne sert à rien d’inciter les chômeurs à revenir en emploi, s’il n’y a pas d’emploi. On pourrait imaginer ainsi définir des durées d’indemnisation différentes selon les métiers ou les secteurs économiques, là où existent les emplois non pourvus, mais nécessitant peut-être une mobilité de la part du demandeur d’emploi. On pourrait aussi connecter la durée d’indemnisation avec un projet de formation, précisément pour diriger les demandeurs d’emploi vers ces emplois non pourvus, après une période de formation.
On pourrait aussi « caper » les indemnités, en montant ou en durée pour les hauts revenus, puisque ce sont les cadres en perte d’emploi, indemnisés jusqu’à 6000 euros par mois, dont on peut penser qu’ils auraient le plus de facilité à revenir en emploi, fût-ce dans un emploi moins bien rétribué, même si celui-ci n’est pas conforme à leur plan de carrière.
On pourrait aussi diminuer  l’allocation-chômage après une ou deux offres d’emploi refusées,  une dégressivité après refus, amenant l’indemnité à un plancher, où, s’il fallait choisir entre la reprise d’emploi, certes dans des conditions non optimales, et  la forte diminution des indemnités-chômage, l’incitation pour le demandeur d’emploi serait en faveur de la reprise d’emploi.
Et la liste est longue d’autres propositions possibles, dont certaines seraient plutôt destinées à rétablir les comptes (30 milliards de dette), ou d’autres à inciter à la reprise d’emploi (lutter contre l’affreux cancer de l’assistanat), ou au mieux, agir sur ces deux leviers. Peut-on parler des indemnités-chômage sans parler en même temps de la politique de l’emploi, et n’en faire qu’un levier d’ajustement budgétaire ?
Et la suppression de l’AME, citée également, sans autre commentaire, un autre ajustement budgétaire ? avec les drames prévisibles pour des personnes de chair et de sang, dont on nous demanderait de détourner le regard ?
On se dit qu’il n’y a donc rien de disponible que cette dégressivité des propositions dans le sac de l’ex-président, et l’on est navré que cette grande énergie s’use à grands moulinets, pour un si maigre contenu.
Non, il faut choisir entre soutien de la compétitivité et soutien du pouvoir d’achat, et donner la priorité aux diminutions de charges pour les entreprises. Laisser penser que nous avons les moyens de stimuler l’offre et la demande, c’est le signe d’une non-sincérité du programme économique de l’ex-président, de son caractère électoraliste, et du rejet qu’il inspirera aux citoyens informés. Et dans le cas où les militants ou les votants à la primaire s’en contenteraient, ce serait une mauvaise action contre la qualité du débat démocratique.
Il faut supprimer l’ISF, ne plus taxer la détention des actifs, mais taxer les flux en provenance de ces actifs économiques, il y a un consensus des candidats de droite sur ce cadre, dans une perspective d’harmonisation européenne et de stimulation de l’investissement en France. Pour autant, la « diminution des impôts de 10 % pour tout le monde » proposée par notre ancien président n’est pas à la hauteur des enjeux. Il faut une refonte complète de la fiscalité du patrimoine, sur le modèle de ce que propose  l’institut COE REXECODE.  Celui-ci constate que les prélèvements dépassent 65 % des revenus du patrimoine, contre 38 % en 1995. Une politique de l’offre ne peut se satisfaire de cette situation catastrophique pour l’investissement. Les niches fiscales supposées alléger cette  charge fiscale, orientent les investissements de façon non optimale. Il faut remplacer les trois impôts, ISF, impôt sur le revenu et prélèvements sociaux par une « flat tax » de 30 %, versée au premier euro, et, pour que cette réforme soit neutre pour le budget de l’état, supprimer les niches fiscales. C’est dans le domaine de la fiscalité du patrimoine que le big-bang fiscal s’impose. II faut sans doute également garder un élément de régulation, pour favoriser l’investissement dans les entreprises, et certes, revenir sur la taxation des dividendes, qui est confiscatoire et désincitative, mais il faut également inciter les entreprises à investir plutôt que distribuer aux actionnaires.

Le programme économique en préparation d’Alain JUPPE

Alain Juppé concocte son programme économique. Il lance une consultation auprès des membres d’ »Agir Pour la France ».
L’appel à témoins lancé par son équipe s’apparente à une démarche de démocratie participative. On lance un filet à mailles larges, un questionnaire comportant un plan sommaire, des rubriques, des sujets génériques, on oriente la réponse des participants sur chaque sujet, préférez-vous plutôt telle action ou telle autre, ceci ou cela vous semble-t-il important, quelle est votre préférence.
On espère sans doute de courts récits, sur le modèle de ceux qui ont servi pour le précédent ouvrage, ou magistrats, policiers, décrivaient leur quotidien.
Il faudra ensuite coudre tous ces récits dans un tissu-programme, et enfin, en faire une synthèse, avec quelques axes. A moins que cette synthèse ne soit déjà construite, c’est du moins ce qu’on peut espérer d’un candidat – qu’il connaisse les grandes lignes de sa future politique économique – et alors, il s’agira de donner de la chair à ce squelette.
Peut-être espère-t-on ainsi identifier les sujets particulièrement douloureux pour les combattants de l’économie. Certains sont connus, et vont surgir de l’enquête, le RSA, les charges des entreprises, appelant appesantissement et approfondissement du candidat pour proposer des solutions abouties sur ces points douloureux. Peut-être aussi verra-t-on dans les filets quelques pépites, de celles qu’on ne trouve pas dans les articles des ECHOS, et qui permettront au candidat de se différencier, sur le mode « j’ai entendu des choses que d’autres n’ont pas entendu ».
Il faudra savoir sur quoi devra porter le focus d’un programme qui ne sera efficace que s’il met en avant des priorités, et en même temps décrit la « big picture », l’ordonnancement global (on me pardonnera cette facétie). Que faut-il approfondir, à quoi donner une priorité, telles semblent être les questions posées aux enquêtés.

Reproduisons pour en faire un examen plus tranquille, les rubriques du questionnaire :

1. Aujourd’hui, quelles sont vos principales préoccupations concernant votre situation, votre emploi et votre avenir professionnel ?
Par exemple : le pouvoir d’achat, le poids de la fiscalité, la concurrence, les bouleversements provoqués par le digital ou l’insuffisance des réformes en France, etc.

2. Quels sont selon vous les principaux handicaps de l’économie française responsables de notre niveau de chômage et de notre faible croissance ?
Par exemple : les 35 heures, le poids de la fiscalité et des charges, le poids de la dépense publique et de la dette, le droit du travail, le poids de la réglementation et des normes, le manque de qualifications, etc.

3. L’entreprise dans laquelle vous travaillez ou que vous dirigez a-t-elle embauché et investi ces dernières années, ou au contraire réduit l’emploi et renoncé à investir, et pourquoi ?

4. Pensez-vous que notre système de solidarité (indemnisation du chômage, minima sociaux) favorise suffisamment le travail et la reprise d’emploi ? Comment pourrait-on le rendre plus efficace ?

5. Considérez-vous que notre système de formation initiale et continue est aujourd’hui efficace pour aider à trouver ou retrouver un emploi, et comment l’améliorer ?

6. Pensez-vous que notre système de solidarité (indemnisation du chômage, minima sociaux) favorise suffisamment le travail et la reprise d’emploi ? Comment pourrait-on le rendre plus efficace ?

7. Quels efforts jugez-vous nécessaires, et seriez-vous prêt à consentir, pour contribuer personnellement au redressement économique de notre pays ?
Ces mesures peuvent, par exemple, concerner le temps de travail, l’assouplissement du droit du travail, la réduction des dépenses publiques, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, la dégressivité des allocations chômage, etc.

8. Quelle mesure concrète, tirée de votre expérience personnelle, suggéreriez-vous à Alain Juppé pour la construction de son programme économique et social ?

9. En cas d’alternance, qu’est-ce qui vous convaincrait que les décisions nécessaires au redressement de notre pays seront enfin prises, et quelle méthode préconisez-vous pour réussir les réformes ?

Je m’attelle à deux sujets, par ce beau dimanche soir,  où je ferais peut-être mieux de faire autre chose. Mais, obligation citoyenne, je suis de garde pour l’avenir du pays, ce soir, même pour enfoncer des portes ouvertes. Je suis dans l’obligation de me faire une opinion. Deux sujets dans ce post, aujourd’hui, les 35 heures, et la réduction de la dépense publique.  Je réfléchis sagement à une partie de la question 2 proposée par Alain JUPPE.

Les 35 heures. Elles ont occupé le débat politique depuis la loi AUBRY 2, (1999), marqueur de gauche, sujet de polémiques sans fin sur l’atteinte de leurs objectifs (partager le travail), sur le fait qu’elles aient pu contribuer à la création d’emplois, initialement, sans doute (3), puis annuler ce bénéfice initial,  par les rigidités et  pertes de compétitivité qu’elles ont introduites dans la vie des entreprises, nuisant finalement à la création d’emplois (2).
Autre sujet de polémique, le ratio coût-efficacité pour l’état (les 21 milliards d’euros de coût pour les finances publiques des allègements de charges pour les entreprises, qu’on attribue injustement aux 35 heures, ce qui serait un mauvais argument contre les 35 heures, si on évoque en particulier  la réforme de François FILLON, ministre du travail, généralisant les allègements de charges sans mention spéciale des 35 heures).
Les 35 heures ne pèsent plus sur les finances publiques (au moins pour le secteur marchand) (1). Ce n’est pas un sujet, nous dit-on.
Ce qui est d’actualité, c’est la responsabilité  des 35 heures dans le renchérissement du coût du travail. Le décrochage de compétitivité avec l’Allemagne correspond à l’époque de leur mise en place (2).
Alors, liquider une bonne fois les 35 heures  et le mentionner noir sur blanc dans le programme économique d’Alain JUPPE, comme l’a fait François FILLON ?
Nous ne sommes plus en 2008, où il fallait du courage politique pour agir frontalement sur le sujet des 35 heures. On peut s’en convaincre en relisant l’argumentaire en défense et illustration des 35 heures, produit à l’époque par « Alternatives économiques » (3).
Il y eut la défiscalisation des heures supplémentaires, on peut le regretter ou se dire que c’était la seule voie possible à ce moment-là, la polémique appartient à l’inventaire du quinquennat, et maintenant,  à une histoire déjà ancienne.
Aujourd’hui, les 35 heures, c’est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, qui ne sont plus payées 25 % plus cher pour les huit premières, puis 50 % plus cher pour les suivantes, mais 10 % en cas d’accord de branche.
Après le rapport COMBREXELLE, Myriam EL KHOMRI s’attaque à la refonte des 125 pages du code du travail concernant le temps de travail. Le dernier rempart des 10 % de surcoût des heures supplémentaires n’est plus intouchable, on pourrait le faire sauter, le renvoyer aux accords de branche, ou même redonner la main aux entreprises coincées dans des accords de branche contraignants, pour négocier un accord majoritaire au sein de l’entreprise, liquidant de facto purement et simplement le seuil des 35 heures en termes de surcoût pour l’entreprise. L’heure est à la simplification du code du travail sur le sujet du temps de travail (contourner aujourd’hui les 35 heures est possible avec le dispositif actuel, mais c’est un travail techniquement difficile, et pas à la portée des TPE), et à la diminution des coûts marginaux du travail entre la 35 ème heure, et la trente-neuvième ( durée moyenne du travail hebdomadaire en France) (4).
Faut-il une surenchère maximaliste dans ce domaine, ou accompagner le processus en cours, en faire un sujet de consensus des gens de droite modérée et du centre gauche ?
Je pencherais pour se laisser porter par le potentiel de la situation, selon l’expression empruntée au philosophe François JULLIEN (CF son livre « la logique de l’efficacité »), et agir sans agir. Prétendre liquider les 35 heures est contre-productif, dans ce contexte de « triangulation », où la bande des trois (Emmanuel MACRON, Manuel VALLS, François HOLLANDE, dans cet ordre), va faire le job, retirant le tapis sous les pieds des politiciens de droite.
Il faut en revanche accélérer le débat sur les sujets plus englobants que sont tout d’abord la simplification du code du travail (alors que nous continuons à vivre un choc de complexification et que le secrétariat à la simplification et l’action gouvernementale du même nom sont enlisés autant qu’avant lui  le redressement productif. Il faut ressortir de son placard le rapport COMBREXELLE.
L’autre sujet plus global, c’est le coût du travail.
Les 35 heures constituent, pour chacun de ces sujets, une rubrique particulière, et le candidat Alain JUPPE doit élargir le débat.
Une incise sur le rapport de la commission BADINTER, destinée à « définir les droits fondamentaux qui seront le socle du futur code du travail » la réforme du code du travail, et qui apparait comme un magnifique exercice de neutralisation, auquel nous a maintenant habitué le président actuel. Résumons la situation. Le code du travail dans sa forme actuel est un « job-killer ». Les français sont majoritairement acquis à cette idée.
On suscite un premier rapport (COMBREXELLE), qui aboutit à des préconisations qu’on n’a pas le courage de suivre. On mobilise une commission de juristes (apprécions le biais de sa composition, une grande figure de la défense des droits à sa tête, des juristes spécialisés dans l’herméneutique du code du travail, et qui sont comme des poissons dans l’eau dans cet inextricable forêt réglementaire, et, apparemment, leur mission (qu’ils ont définie eux-mêmes?) serait de « raisonner à droit constant » (pour la méthode) et « d’assurer le respect des droits fondamentaux de la personne humaine au travail », formule grandiloquente, assortie d’une autre formule, permettre aux entreprises d’affronter  » la révolution numérique et l’irrésistible mondialisation des échanges ». Le résultat est un magnifique exercice de langue de bois: les salariés ont droit à une « durée normale », mais on ne précise pas laquelle. Est-il contraire au droit d’aligner la durée légale sur la durée effective du travail (39 heures), on ne nous le dit pas. Une « durée différente » peut être instaurée dans un secteur ou une entreprise (heureusement que nous avons la caution morale de ces messieurs pour permettre aux employés de travailler 39 heures, comme le font déjà la majorité des employés), et enfin « tout salarié dont le temps de travail dépasse la durée normale a droit à une compensation », le salaire, par exemple ? (travailler plus pour gagner plus ?) ou un salaire majoré ? C’est donc un droit fondamental de la personne humaine au travail de plomber la compétitivité des entreprises, car il ne s’agit pas d’une maltraitance de demander aux employés de travailler 39 heures payées 39 heures et d’accorder le droit à ceux qui ne veulent travailler que 35 heures de travailler 35 heures sans être inquiétés (5). Y-a-t-il un pilote dans le cockpit élyséen pour commander ces rapports ou une stratégie délibérée d’entretenir la confusion tout en prétendant « rétablir la clarté .. et faciliter ainsi les embauches ». Tout cela est une insulte à l’intelligence des français.

1. http://www.latribune.fr/economie/france/derriere-la-polemique-sur-les-35-heures-les-heures-supplementaires-501539.html

2. http://www.coe-rexecode.fr/public/Rencontres-et-debats/Communications-exterieures/Reduction-de-la-duree-du-travail-quels-impacts-Audition-de-Michel-Didier-a-l-Assemblee-ÉtiquettesNationale

3. http://www.alternatives-economiques.fr/reforme-du-temps-de-travail—les-3_fr_art__35858.html

4. « 35 heures : Hollande sème le trouble, El Khomri tente de rassurer » LES ECHOS, 20 janvier 2016

5. http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021645678327-code-du-travail-les-principales-mesures-du-rapport-badinter-1194985.php

 

Mon deuxième sujet du jour : Réduire la dépense publique

Les pays qui ont le plus réduit la dépense publique sont ceux qui ont été les plus sélectifs dans leur approche, à l’opposé des tenants du « coup de rabot », (diminution proportionnelle, sans arbitrage, de l’ensemble des dépenses) (1).

1. http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/note-28-selectivite-reduction-depenses-publiques.pdf

Quelques considérations générales, lues souvent sur le sujet :
Il est admis que la part de la dépense publique dans notre PIB (57%) est atypique, qu’il faudrait la réduire à la moitié du PIB, mais on ne dit pas sur quelle durée, et on ne dit pas grand-chose sur la conjoncture dans laquelle cette mesure pourrait se révéler bénéfique ou désastreuse sur d’autres paramètres, selon les « réglages » adoptés pour mener cette réduction.
Il est en général suffisant de citer l’exemple des Pays-Bas, du Canada, de la Suède, qui ont mené au pas de charge cette réduction de la dépense publique.
On cite également l’Allemagne, et le différentiel de plus de dix points avec la France, mais on ne cite pas le dénominateur du ratio allemand, l’économie florissante et le contexte de plein emploi en Allemagne, qui ont accompagné et permis (et qui sont la conséquence de) la réforme Schroeder, menée sur une période de dix ans, dans un contexte de croissance soutenue.

Examinons les choses à l’échelle d’un quinquennat et disons d’emblée qu’il faut faire adopter au pays une perspective longue, et faire partager à tous les français, la conviction qu’il faut réduire le déficit et la dette. Il faut en faire un consensus national, et régler le rythme du mouvement de réduction le plus finement possible, au sein d’un dispositif plus global de stimulation de l’économie, à même d’en éviter les conséquences récessives.
C’est sur ce deuxième volet qu’il faut se différencier. Le tenant du quinquennat serait jugé sur la façon dont il aura géré cette contrainte longue sur un horizon court.

Discours de vérité et élaboration d’un consensus tout d’abord sur la nécessité de maîtriser les déficits et diminuer la dette. Il faut s’accorder dans tous les secteurs de l’offre politique sur cette impérative nécessité, dans la mouvance VALS-MACRON-HOLLANDE, et au sein de la droite et du Centre, dont le candidat naturel, Alain JUPPE, en serait le promoteur le plus décidé. Inscrire dans la constitution la nécessaire réduction de la dette ?
Il ne faut chercher du clivage que sur les moyens, le rythme, le dispositif d’ensemble, d’accompagnement de cette réduction du déficit et de la dette, porté par des projets de droite ou de gauche.

Réduire la dépense publique, c’est réduire l’emploi public. Encore faut-il que ces emplois publics soient convertis en emplois dans le secteur marchand pour éviter l’effet récessif, dénoncé par certains économistes, jusqu’au FMI. De même en réduisant les prestations sociales, en dégonflant notre amortisseur social, qui a une utilité certaine pour les laissés pour compte, on porte atteinte à la consommation de produits de base (par définition), et on n’a pas la certitude de favoriser, par cette seule diminution, le retour à l’emploi (le traitement du tristement célèbre cancer de l’assistanat, qui passerait par la diminution des prestations et constituerait en soi une politique de dynamisation de l’emploi).

Réduire le déficit public, et à terme, la dette, et donc les intérêts du service de la dette, c’est un processus de long terme, et dont l’effet sur l’économie n’est pas immédiat (réaffectation de ressources pour les politiques économiques). La vie des grands équilibres macro-économiques est lente et l’espérance de l’emploi et du pouvoir d’achat est violente.

Alors, faisons la chasse aux dépenses de fonctionnement de l’état, réduisons les postes de fonctionnaires, mais pas partout (de façon sélective). Pas dans la justice (confer l’ouvrage précédent d’Alain Juppé), pas dans la police, pas dans l’éducation.
Dans les collectivités locales, certainement, en menant une vraie réforme territoriale, en supprimant l’échelon départemental (mais la taille des nouvelles régions constitue un obstacle), en faisant monter en puissance, les regroupements de communes, en leur donnant la taille critique de 200 000 habitants en zone urbaine, peut-être un peu moins en zone rurale (ce que font déjà les préfets), en regroupant les services à cet échelon de relative proximité, l’élu local devenant le représentant de l’ancienne commune à la communauté d’agglomération. Favorisons la mobilité des fonctionnaires, la fongibilité entre les territoires anciennement étanches de la fonction publique. Enfin, il ne s’agit pas de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux ou sur trois, il s’agit d’effectuer les recrutements à venir sous la forme d’un emploi salarié de droit commun, en découplant l’articulation entre secteur régalien et statut de fonctionnaire. Transformons la fonction publique en peau de chagrin.
L’ère numérique est supposée détruire des emplois ? Faisons en sorte que la fonction publique soit un secteur phare où les gains de productivité grâce au numérique soient précisément à l’origine d’une baisse de l’emploi public, ce que l’on ne souhaite pas pour l’emploi marchand. On peut lire avec profit à ce sujet le travail d’Elisabeth GROSDHOMME LULIN, dans le cadre de l’institut des entreprises (6).

6. http://www.paradigmes.com/wp-content/uploads/Gouverner_Ere_Big_Data_IDEP.pdf

Je garde pour un autre post le point des prestations sociales, de la réforme de l’assurance-maladie, qui ont pu amener certains audacieux à identifier des gisements fabuleux d’économies pour la dépense publique (tout en proposant de diminuer les impôts).
Gardons en tête qu’aligner 50, 100, ou 140 milliards d’économies sur la dépense publique, cela ne fait pas sens en soi, mais dans un plan d’ensemble de dynamisation de l’économie. Les discours entendus ou lus ici ou là manquent cruellement de pensée systémique.
Alain JUPPE doit décrire un dispositif systémique, une grande image, qui fait le lien entre les va-t-en guerre de la réduction de la dépense publique, les défenseurs des entreprises et de l’activité économique, et au milieu de tout cela, le citoyen.
Encore un détail d’importance, il faut que le dispositif soit prêt et connu de tous au début du quinquennat, l’équipe dans les starting-blocks, l’opinion préparée à l’issue de la campagne présidentielle, le socle des partisans et votants de la droite et du centre convaincu des options choisies, connues et les milieux économiques prêts à accorder leur confiance. Dans ce cas, il faudra passer en force et sans débat supplémentaire, sur la base du mandat accordé par le pays.

Après le choc des attentats

 

Se remettre à réfléchir, ne pas rester dans l’émotion et l’hébétude, de peur de voir naître en moi un sentiment de haine, «mimétique», et diffus, cherchant son objet  au-delà de ces terribles machines à tuer.
L’heure est au brainstorming, à l’exploration sans frein et sans autocensure de cet évènement qui fait irruption, mais que nous pressentions.
J’ai choisi pour explorer ce terrible champ de bataille, une méthode, décrite par Edward de BONO, les «chapeaux pour penser», que j’évoquais dans un précédent post. Il s’agit de mettre sur sa tête, successivement, un chapeau de couleur différente, chapeau noir pour la pensée négative et pessimiste (intelligence du pessimisme), chapeau jaune pour les pensées et actions positives, qui pourraient constituer des pistes pour une sortie de crise, et qu’il faut essayer de mettre en actes (l’optimisme de la volonté), chapeau vert pour  la créativité, et enfin, le chapeau bleu pour le  processus de synthèse et pour agir sur le monde.
Tant qu’on a sur sa tête un « chapeau », on n’est pas vraiment responsable de ce qu’on pense, et c’est après avoir parcouru tous les chapeaux, une fois tête nue, qu’on peut  faire le tri de ce qu’il est raisonnable d’exprimer, à visage découvert, après avoir exploré tout le champ du possible. Nous portons sans le savoir, en permanence, un chapeau idéologique et un déterminisme socio-culturel, qui restreignent notre pensée et nous interdisent d’explorer des champs interdits. En cela, nous ne sommes pas très différents de ceux qui portent, vissés sur leur front, le chapeau d’une appartenance à un groupe, qui leur a enlevé le fardeau d’avoir à penser par eux-mêmes.
Porter le chapeau noir, c’est avoir une pensée nue, et s’engager dans toutes les voies qui se présentent, sans avoir peur de l’obscurité, là où le lampadaire du politiquement correct n’éclaire pas.  Porter ensuite un chapeau vert, c’est pousser le raisonnement  à partir d’un fait hypothétique, par exemple : « et si le  khalifat était destiné à persister dans la durée, quelles en seraient  les conséquences ? », c’est ce que Edward de BONO appelle la pensée latérale *.
Chapeau noir, explorons sans crainte ce qu’il y a derrière ces jeunes assassins, tuant indistinctement nos jeunes, élevés, eux, dans le respect de la différence. Regardons en face leur terrifiante manière de  s’effacer littéralement derrière leur acte, ne plus laisser de traces d’eux-mêmes, de leur humanité, ne plus avoir de visage, plus de mains, plus de corps, déchiquetés par leur bombe. Des zombies victimes volontaires d’un mouvement sectaire mondialisé ?
Une des grandes religions de l’humanité atteinte dans une de ses franges par un phénomène épidémique de nihilisme déréalisant perdant les repères du bien et du mal ?
Une aspiration à une pureté paranoïaque, à un royaume d’utopie, dont le remède serait peut-être de laisser les foules de djihadistes se heurter à la réalité d’avoir à vivre dans une telle société, et plus seulement mourir pour son avènement ?
Leurs commanditaires. Anciens tortionnaires du parti BAAS de Saddam Hussein, formés aux méthodes de manipulation mentale et d’organisation d’un état totalitaire, méthode KGB, et d’anciens activistes religieux formés à l’école de la haine dans les prisons américaines en IRAK. Ce ne sont pas les dirigeants qu’on peut rêver pour l’avènement du khalifat du prophète, mais si nous faisions le pari de laisser se poursuivre l’expérience, sur un territoire limité, et faire confiance à l’usure du réel pour laisser se tarir la fascination qu’exerce aujourd’hui ce mouvement, qui ne serait plus qu’un misérable état totalitaire habillé des oripeaux de la religion pour opprimer son peuple ?
Au moins, sur le papier, explorons cette hypothèse. Que veulent-ils ? un khalifat, sur un territoire. Il faut un instant en examiner la possibilité. Une étendue désertique, ponctuée de villes en ruine, vidées de leurs habitants ou de toute capacité à reconstituer un tissu social par la sauvagerie successive du gouvernement de ce qui était leur pays, et n’a plus de légitimité à le rester, puis par la sauvagerie de l’occupation de DAESH. Constituer un territoire limité par les contours de la destruction la plus achevée, la plus irrémédiable, dont ces territoires stérilisés ne se relèveront pas pendant des décennies, même si DAESH en est chassé. Instituer dans ce désert où la haine a sévi comme dans peu d’endroits dans le monde, un état confessionnel dans sa version wahhabite, pourvu que les habitants fassent le libre choix de vivre dans cette belle société – et alors il faut accueillir dignement les réfugiés qui ne désirent pas vivre cette expérience très spéciale – Ils sont déjà sur les routes, au moins ceux qui pouvaient payer les passeurs.
Si nous excluons de ce khalifat les quelques grandes villes qui tiennent encore debout, reprises à DAESH, autour desquelles se construirait l’état syrien d’après BASHAR, distinct du khalifat, dans un climat de paix armée, en face lui-même d’un KURDISTAN, qui est aujourd’hui notre plus fidèle allié, seul apte à mener cet endiguement qui restera nécessaire. C’est bien cette politique de fixation du phénomène DAESH sur un territoire et d’endiguement que nous (communauté internationale), avons menée jusqu’à présent.
Profiter aujourd’hui de cette terrible tabula rasa, et prendre en considération les dernières convulsions achevant l’éclatement des nations nées au XIX ème siècle, et construire autour des dynamiques qui existent aujourd’hui, un état résiduel syrien, autour des anciennes minorités alaouites, un Kurdistan, un Irak construit sur l’autonomie de deux régions confessionnelles, sunnite et chiite, et enfin, ce khalifat, auquel une chance pourrait être donnée d’abandonner son fonctionnement de trou noir de la violence mondialisée, en construisant sur ses ruines un état confessionnel sunnite, car c’est bien sur la base de la revendication d’une identité sunnite que le djihadisme a pu trouver un territoire.
Il n’y a pas d’autre horizon politique que la création d’états confessionnels, et pourquoi sacraliser la configuration des états actuels, qui n’est rien d’autre que la suite des accords secrets Sykes-Picot, découpant la région en zones d’influence des puissances de l’époque, une zone française d’administration directe (Liban et Cilicie), une zone arabe d’influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul), une zone anglaise d’administration directe (Koweït et Mésopotamie), une zone arabe d’influence anglaise (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine), une zone brune d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haifa et Jérusalem.
La création de ces états confessionnels n’est-elle pas l’horizon politique qui manque pour donner un sens à la lutte contre DAESH ?
Parvenir à une paix provisoire, dans un périmètre stabilisé, après un effort de guerre conséquent de la coalition, qui aurait grandement affaibli les velléités d’expansion et raboté les illusions de DAESH, et obtenir le renoncement à la révolution mondialisée, puisqu’il serait possible à tous les monomaniaques de la pureté religieuse – c’est ainsi que se présentent ces incultes, en recherche en fait d’une fraternité fusionnelle, ne supportant pas notre individualisme, et notre liberté – de venir vivre dans cette nouvelle terre promise, revigorer leur ego malmené dans nos sociétés.
Cette nouvelle expérience de nation building, aurait sans doute un sens, à l’opposé de ce qui s’est passé en IRAK. La transition au sein du khalifat pourrait se faire un jour entre la génération des assassins-fondateurs et les bâtisseurs d’une nation, qui a déjà une armée, mais qui aura besoin de quelques commodités supplémentaires. Diluer le phénomène djihadiste dans une reconnaissance de la revendication sunnite à constituer un état confessionnel, qui aura fort à faire à organiser la vie quotidienne, et à faire évoluer la culture de mort de DAESH vers une culture de vie en société. L’idéologie du whahabisme, en tant que principe organisateur d’une société, trouverait à terme les compromis qu’il faut avec les résidents volontaires, et transformerait le désert en jardin, irrigué par les finances saoudiennes, mettant fin aux humiliations sans fin des peuples de la région, sunnites, kurdes.
Et si tel était notre espoir secret avant les attentats ?  Et si ce n’était que parce que nous sommes  touchés par le prosélytisme de ces fanatiques dans nos pays, que nous leur déclarons notre  hostilité ? agirions-nous autrement que ce que nous faisons, en appuyant les forces locales hostiles à DAESH, l’opposition syrienne démocratique, les groupes islamistes n’ayant pas fait allégeance (pas encore ?) à DAESH, et les kurdes, dans un jeu triangulaire avec les forces de BASHAR. Attendons-nous autre chose qu’une sorte de solidification de cette zone en fusion, en pratiquant le «containment», et en espérant que le meilleur possible en sorte, ou le moins pire**.
Après cet endiguement, conduisant à la reconnaissance d’un territoire confessionnel sunnnite, il faudrait espérer voir survenir la dilution du djihadisme dans cet ensemble sunnite.

Si nous poursuivons la métaphore du chapeau, nous voyons que Manuel VALS, après les attentats,  a porté le chapeau rouge, celui de l’émotion, qui, selon DE BONO «n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion». Le problème, c’est que la passion retombe, et quand on a proclamé que nous étions en guerre, et que nous allions «détruire» nos ennemis, ces paroles d’un dirigeant restent inscrites dans la mémoire collective, et sonneront, n’en doutons-pas, comme des paroles téméraires et des fausses promesses.
François Hollande prend à pleines brassées tous les concepts disponibles pour mettre en scène un « virage sécuritaire », et bénéficie d’un « effet d’aubaine », qui lui permet de sortir de l’inaction et de l’indécision. Que n’avait-il puisé dans ce que lui proposait la société française dans toutes ses composantes pour demander l’union sacrée pour le sauvetage de l’économie ?
Cette posture lui vaut une reconnaissance provisoire de la nation. Il feint d’être à l’origine, à l’impulsion de cette formidable action des forces de police, de la mobilisation exemplaire des secours et des hôpitaux. Il moissonne les maigres récoltes conceptuelles de la droite, y compris jusqu’à la déchéance de nationalité pour les binationaux radicalisés. Tout ce qui est disponible est mobilisé. La droite, piteuse, balbutie, s’agite sur les bancs de l’assemblée. Laurent WAUQUIER tente sa chance, au milieu de la fusillade, au téléphone, comme s’il sortait de son lit, proposant l’internement de tous les détenteurs de la fiche S, sur un ton qu’il voulait solennel, mais parasité par ce petit zézaiement qui prête à sourire, en même temps que le fond du propos et le timing renforcent l’impression d’impréparation, pour ne pas dire d’inaptitude à penser le phénomène. Même impression pour Bruno LEMAIRE à l’émission « Des paroles et des actes », débitant un monologue grandiloquent, mais sans consistance, en miroir de celui de MELANCHON. Et ne parlons pas de celui qui proposera, dans les heures qui suivent les attentats, le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes, une version actualisée de la double peine, en somme, pour les petits gars qui se sont fait exploser. Celui-là même qui court à Moscou, et ne sait où donner de la tête pour exister dans cette tourmente. « Il faut revoir complètement notre politique de sécurité » c’est encourageant de la part de  la personne qui a construit précisément la politique de sécurité du pays pendant une décennie d’action publique, a eu tous les leviers de commande, a fusionné RG et DST, et donc a supprimé les renseignements généraux et la police de proximité, a construit sa carrière politique sur le sujet. Un début d’inventaire du quinquennat précédent ? Je crains que nous devions déclarer également inapte provisoirement, notre ancien président (arrêt de travail pendant quelques semaines ?), et le prier, dans l’intérêt de son camp, de prendre du recul.
François FILLON, à TF1, a produit un petit objet de communication politique, exprimé comme une opinion de bon sens, sans grand charisme, un peu détaché, il faut le dire, pas vraiment à la hauteur de l’évènement, et qui fait l’impasse sur une série de dilemmes. En bombardant DAESH en Syrie, nous aurions commis «un acte de guerre» et il fallait s’attendre à des représailles. Puisque nous sommes en guerre contre DAESH (cette guerre est-elle justifiée à ses yeux ?), si nous voulons gagner cette guerre, il faut la mener en Syrie, et pour être efficace, il faut s’allier au sanglant dictateur BASHAR et à son protecteur russe. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le problème, c’est que le grand frère russe tape sur l’opposition démocratique, et ne cherche qu’à conforter BASHAR. Voila bien l’angle aveugle de la déclaration de François FILLON, le poutinisme rampant dont font preuve quelques politiques de droite, rejoignant sur ce point la droite extrême. POUTINE me fait horreur, j’aime bien FILLON, et je désespère de certaines de ses positions du type jeu de billard à plusieurs bandes. Autre point aveugle de son argumentation, cette coalition (élargie à POUTINE et aux iraniens), où nous nous impliquerions résolument, mériterait d’être examinée sérieusement sous l’angle des motivations et ambigüités de ses composantes, avec une grille de lecture à la SCHMITT – qui sont les ennemis de qui – le Kurdistan, cible de la Turquie, plus que DAESH, et ce n’est que lorsque ce dernier a commencé à déstabiliser la Turquie qu’une hostilité est née contre lui dans ce pays, qui était jusqu’à ce moment, une base arrière pour ses opérations. La Turquie va-t-elle pour autant se lancer dans une « lutte à mort » contre les tenants du khalifat ? La même question se pose pour le régime syrien, qui voudra conforter son existence sur un territoire plus restreint, et pour ses protecteurs, qui n’auront pas la volonté «d’éradiquer» DAESH. Les américains voudront-ils se mettre dans ce nouveau guêpier ? nos alliés européens, qui n’ont plus d’armée et ne sont pas des cibles de DAESH vont-ils s’impliquer ? Avons-nous les moyens de nous retrouver en première ligne en SYRIE ?
L’argument de François FILLON n’était pas convainquant au moment où il l’a émis, puis les évènements se sont accélérés, le CHARLES DE GAULLE appareille, l’allié POUTINE discute avec le président HOLLANDE, chef de guerre planétaire. Le président français « intensifie » les frappes, triple (mazette) le nombre d’avions, lesquels font des sorties tous les jours. Peu d’efficacité prévisible, comme le laisse voir l’accueil flegmatique, bien qu’amical, de l’ami BARAK, qui doit penser que les petits ruisseaux font les grandes rivières, lui qui tape bien plus massivement sur DAESH depuis des mois. Pas de vision du président HOLLANDE, qui remet à plus tard la question de BASHAR, tout à son alliance avec les russes. On tire à vue, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir après, au moins, ça défoule.
Nous ne sommes pas partis pour résoudre l’équation DAESH en Syrie, dont les experts nous disent d’un ton pénétré, que c’est là-bas qu’il faut agir, aux racines du mal.
Les commentateurs pensent la chose en catégories. Sur France Culture, il y a les bellicistes, dont fait partie le président, qui mise sur les frappes aériennes, à défaut d’autre chose, et qui pense que ça finira par marcher, comme l’inversion d’une certaine courbe, mais cela risque d’être long, là aussi. Il y a les pacifistes (laissons-les se débrouiller entre eux et les choses s’arrangeront spontanément, du fait précisément de notre inaction). On relaie les propos d’un philosophe qui nous dit d’un air docte que bien des français auraient voulu s’unir autour d’un symbole différent du drapeau bleu blanc rouge. Ils n’ont de cesse de s’effacer, il ne leur reste plus qu’à ne plus parler, nous ne les regretterions pas. Et enfin, il y a les « réalistes », pour lesquels, il s’agit en somme de faire ce qui est possible, sans se faire d’illusion sur ce que l’on fait. Une sorte de « fais ce que doit, et advienne que pourra », telles sont les catégories utilisées dans la discussion entre Hubert Védrine et Guillaume ERNER aux matins de France Culture. On peut craindre que notre redoutable offensive militaire dans les cockpits des avions et intellectuelle dans les studios et les médias dominants ne débouche sur rien d’autre que le constat de notre impuissance en Syrie.

C’est donc sur le plan intérieur, en France et en Europe, que nous avons à faire porter notre effort, avec également, des dilemmes sur lesquels « élaborer » une vision pour nos pays européens.
Je continue à porter le chapeau noir, et je vois se déliter le rempart conceptuel élevé par nos élites, avec de laborieuses et insuffisantes mises à jour de notre logiciel démocratique, dans sa version upgradée, bardée de patchs, n’empêchant plus les bugs, au risque de l’affaissement du système fondant le vivre-ensemble.
Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans le « vivre séparés », c’est la question que je me suis posé en faisant mes courses, et en surprenant, chez une femme menue et gentille, portant le voile, s’adressant à un commerçant coreligionnaire où j’achète mon pain, l’expression d’un contentement du coup porté à une entité ennemie, cohabitant avec eux sur un même territoire, et vis-à-vis de laquelle l’intensité du ressentiment est telle qu’on se réjouit de voir massacrés ses femmes et enfants.
Des lycéens rapportent des propos semblables, tenus ouvertement dans les classes, approuvant l’attentat de Charlie Hebdo. Voyons un peu cette fois si la haine du pays d’accueil s’arrêtera et si ce ne seront pas les mécréants fêtards et non adorateurs du prophète, qui auront été punis. On le dira peut-être un peu moins fort.
Je constate que les parents de ces lycéens n’ont pas été convoqués, et les enseignants se sont retrouvés seuls, abandonnés. Quelle est l’analyse des pouvoirs publics ? le phénomène est-il trop massif pour qu’on puisse lutter contre lui ?
Doit-on s’étonner de voir naître un rejet symétrique, chez de paisibles citoyens confrontés à ce phénomène, beaucoup plus répandu et rampant que ne le pensent ou veulent l’admettre nos élites.
Nous sommes pris entre la sécession des quartiers et la progression du front national.
Le communautarisme est un rapport de force. Les membres de ces communautés se trouvent, pensent-ils, en marge de l’attribution des places dans la société et occupent des postes subalternes dans l’économie de marché, mais pour autant, au lieu de jouer le jeu de la société méritocratique, ils préfèrent instaurer un rapport de forces pour obtenir autrement, pensent-ils, ce qu’ils n’obtiennent pas par le jeu démocratique, et construire leur identité politique et sociale sur l’opposition aux valeurs de la France.
Le ressentiment contre le pays d’accueil amène à se réjouir de ce qui l’atteint, et l’affaiblit, espérant pouvoir encore pousser leur avantage, et leur sécession. La réaction aux attentats dans les quartiers manifeste cruellement la rupture du lien national comme un phénomène de masse.
Il faut regarder cette réalité en face.
Il ne suffira pas de fermer quelques mosquées intégristes,  déchoir de la nationalité quelques fanatiques-assassins en puissance, enfermer ou maintenir en résidence surveillée cinq milles radicalisés, ou même 11500, (autre chiffre entendu dans les médias), car les chiffres ne représentent que la partie visible d’un processus beaucoup plus répandu, au sein de communautés entières se coupant de la société française et vivant dans la théorie victimaire du complot occidental contre l’islam. C’est un phénomène de masse, terreau fertile pour le pire. La prise de pouvoir par des groupes de salafistes dans beaucoup de mosquées est en cours, et l’islam dur porteur d’un projet politique, est en pleine expansion. Nous laissons les musulmans modérés faire face, seuls, à ces groupes déterminés.
Il est symptomatique de voir le débat se déporter vers le contrôle des frontières, alors que ces jeunes assassins sont originaires de nos banlieues. Le non-dit est de limiter quantitativement le phénomène communautariste, en limitant le nombre des immigrés s’installant chez nous, faisant l’hypothèse sans le dire que le combat pour intégrer ces nouveaux-venus dans la société laïque à la française est perdu d’avance, avant même d’avoir été livré.
Portons maintenant notre chapeau bleu, et voyons ce que doit faire la communauté nationale : exercer un rapport de forces symétrique,  exiger un implacable respect de la laïcité, et condamner sans appel certaines positions communautaires, qui ne tombent aujourd’hui, sous la coupe d’aucune loi.
Alors une police de la pensée, l’instauration de lois interdisant le blasphème contre les valeurs démocratiques ? des lois liberticides ?
Faire monter le rapport de forces, c’est savoir jusqu’où il faut aller, entre persuasion, campagnes d’opinion, incitations positives, union sacrée et implication de tous les citoyens pour les solutions d’endiguement du communautarisme, sans perdre nos valeurs démocratiques.
Les pistes à creuser pour les politiques, par exemple les candidats à la primaire, c’est avoir le courage de regarder les faits en face, faire campagne publiquement pour l’intégration dans la nation et l’adhésion à nos valeurs, qui concerne, heureusement, une majorité des musulmans, faire bloc pour persuader, et en dernier recours, intimider, à notre tour, les sécessionnistes. Les musulmans modérés ne pourront que voler au secours de la victoire de la laïcité.
Il faut examiner jusqu’où pourrait aller la montée en puissance du rapport de forces, pour une minorité (on l’espère) d’opposants à cette grande cause nationale : convocation des élèves et des parents d’élèves devant une instance extra-scolaire, si c’est au sein de quelques familles mal informées, qu’il faut trouver le milieu idéologique d’hostilité à la société, il faut les éduquer solennellement, comme un rappel à la loi. Il en est de même pour ces jeunes scolaires, se croyant autorisés à porter une parole publique de soutien à la radicalisation dans le milieu scolaire, qu’il faut admonester de la même façon, et ne pas donner le spectacle du désarroi et de la faiblesse de professeurs dont ce n’est pas le rôle de s’opposer à leurs provocations.
Il faut un combat idéologique contre les croyances favorables à la sécession, exercer des pressions de toutes sortes contre les sécessionnistes, allant jusqu’à l’exclusion du périmètre de la solidarité de ces français communautaristes (minoritaires) qui veulent ce développement séparé. Des sanctions financières prononcées contre des citoyens récalcitrants, politique du donnant-donnant, et peut-être, obligation de travaux d’intérêt général qui leur seraient demandés pour prendre la mesure de l’effort consenti par ce pays honni, où ils habitent, pour les loger, les éduquer, les soigner, et à qui il faut donner quelque chose en échange.
Et pour ces mêmes sécessionnistes, de nationalité étrangère, ce qui serait disponible, déjà, c’est une politique de maintien conditionnel sur le territoire, qui, pour constituer une menace crédible, devrait être une mesure de masse, pour peu que l’administration puisse être seule juge de l’opportunité de conserver un droit de séjour à des étrangers non intégrés, hostiles à leur pays d’accueil, dont la scolarité de leurs enfants pourrait bien se poursuivre dans leur pays d’origine. Il faut changer la loi sur le séjour des étrangers, en faisant un bon usage de cette mesure, car mieux vaut brandir une menace que la mettre à exécution.
Le soutien implicite des héros négatifs de l’islam par une base sociale communautariste est l’ ennemi de la Nation.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_des_six_chapeaux
**http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-l-etat-islamique-va-t-il-bouleverser-les-frontieres-du-moyen-orie-0

Le système de santé dans le programme de François Fillon

Je n’ai pas beaucoup d’énergie pour produire mon post hebdomadaire. Je m’en explique.
Je suis invité par l’équipe de François FILLON, comme tous les professionnels de santé figurant dans la base de données dans laquelle a été puisée mon adresse mail, à réagir aux propositions du candidat pour défendre et pérenniser notre système de santé. Je dois donc déroger au cahier des charges de mon blog citoyen, où je prétendais me consacrer exclusivement à des sujets citoyens sur lesquels je ne dispose d’aucune autre source d’information que mes lectures, et d’aucune compétence de départ, et sur lesquels pourtant, je dois me faire une opinion, poussé par une obligation citoyenne.
Ce qui m’a décidé, c’est, dans le courriel d’invitation, la mention suivante, que je reproduis in extenso, tellement elle me semble inhabituelle sur les sites internet des candidats :  » Si vous souhaitez apporter une contribution plus longue que la publication d’un commentaire (en bas de page), à l’Atelier sur la Santé, vous pouvez nous envoyer vos propositions et les accompagner d’une pièce jointe via le formulaire de contact « .
Je ne suis donc pas condamné à ramasser mon argument en 140 caractères, ou à Tweeter une petite formule, ou encore à déclarer si je suis plutôt d’accord ou plutôt en désaccord.
De fait, je suis  atteint d’un accès d’agoraphobie, devant cet espace qui se libère et l’abondance des informations qu’il faut trier, puisque la médecine, c’est mon poste de vie. Je vois la difficulté palpable à produire une synthèse pour la régulation du système de santé à la française, du point de vue  du décideur politique que pourrait être le gouvernement nommé par François FILLON (F.F.), un jour, peut-être.
F.F.  et son Atelier Santé, ont réussi à produire quelque chose de solide, qui ne soit pas une « réforme de la santé », mais un programme «incrémental», tirant quelques leviers, poussant les feux sur quelques rares sujets, sans changement de paradigme. Ils se comportent en jardiniers, élaguant quelques branches, rajoutant du terreau, et ils ne proposent pas une «taille dure», de cet arbre harmonieux, qu’est notre système de santé. C’est à mettre à leur actif.
Le propos décliniste ou alarmiste, dans le domaine de la santé en France, n’est pas vraiment de mise, on en est rapidement convaincu quand on va faire un tour à l’étranger. Il y a, ici ou là, quelques craquements dans la superstructure, des acteurs de santé en souffrance, et des problèmes d’accessibilité aux soins qui commencent à poindre, mais il ne faut pas négliger l’immense travail accompli dans les décennies précédentes. Certes, notre santé nous coûte cher, et il y a des domaines «d’inefficience», mais la santé gratuite pour tous et la qualité des soins constituent ensemble un pilier de notre modèle social, et un exemple vivant de l’égalité républicaine.
Le propos de F.F. est plutôt de nature tactique que stratégique. Il semble avoir intégré la possibilité d’une synthèse harmonieuse entre les composantes disparates de notre système de santé, pour peu que l’on propose des améliorations marginales.
Réformer la santé, à l’opposé, ce serait en effet avoir tout d’abord une vision du système idéal, du nouveau paradigme vers lequel il faudrait nous diriger, faute de quoi, nous dit Sénèque, il n’y a pas de vent favorable et pas de plan de route possible.
Les ajustements incrémentaux seraient ainsi, dans cette perspective,  des petits pas qu’on fait dans un voyage qu’on a en tête, et qui peut durer mille lieues avant d’être à destination, alors qu’ici, dans l’ouvrage de François Fillon, nous avons de petits ajustements empiriques, pour conserver l’ordre des choses.
Ces paradigmes qui changeraient les choses, on ne pouvait attendre que François FILLON  les intègre dans son programme, car ils sont à l’état d’idées générales, et la crispation des acteurs de santé est telle qu’un examen serein de ces voies pour le futur est probablement impossible en dehors de réunions à huis-clos d’un atelier santé.
Quels sont donc les non-dits du programme de F.F. et parions-le, de tous les programmes des candidats de la droite et du centre ?
 Le paradigme du financement de la santé, tout d’abord.
La régulation des grands équilibres financiers du système de santé proposée par F.F. consiste à rendre incontournable et à inscrire dans la loi l’équilibre des comptes de la santé, déclinant ainsi au niveau des comptes sociaux l’obligation plus globale d’équilibre budgétaire, appliquée également à l’état et aux collectivités territoriales.
Notre système «Bismarkien» fait reposer sur les revenus du travail la charge du financement de l’assurance-maladie, et contribue à un coût différentiel du travail défavorable pour notre économie, comparé à nos concurrents européens. Le système « Beveridgien », le NHS à l’anglaise (système de santé financé par le budget de l’état), est très décrié pour ce qui est de la régulation de la médecine de ville, mais il constitue un très efficace moyen de mettre en lien le budget des hôpitaux voté au parlement et la gouvernance des hôpitaux publics, directement exercée par l’état. Il pourrait s’agir chez nous, de «nationaliser» réellement la gestion des hôpitaux publics, en mettant en œuvre à leur niveau l’obligation légale d’équilibre budgétaire, ou de respect d’un taux de progression des dépenses, inscrit au budget de l’état, obligeant à définir un périmètre de santé «régalien», et laissant au système libéral, financé par les cotisations assises sur le travail, les mutuelles et assurances privées, la liberté de proposer des soins de ville et hospitaliers privés, régulés, et de garantir l’accessibilité à ces soins de base pour tout assuré social, dans le système de santé libéral, ce qui est le cas aujourd’hui, avec quelques nuances près. Le secteur à honoraires libres peut poser un problème d’accessibilité aux soins là où il constitue la seule offre de soins, si l’offre de soins au tarif de la convention de secteur 1 n’est pas disponible (confer infra).
Dans le système de soins hospitaliers, le secteur privé conserverait toute sa place, et continuerait à assurer une grande part des soins,  en chirurgie et dans d’autres domaines de la médecine hospitalière. L’assurance-maladie, collectrice de cotisations, financerait un panier de soins de base, excluant les soins en hôpital public. L’ANS, (Agence Nationale de Santé), proposée par François FILLON, aurait ainsi  un objet social clair,  la gestion en direct de l’hôpital public. Cette agence nouvelle, et jacobine (au sens directif du terme) aurait à traiter la question de la légitimité du surcoût des soins à l’hôpital public, à prestation équivalente. L’impossible convergence tarifaire entre l’hôpital public et l’hôpital privé (un séjour pour une appendicectomie devrait coûter le même prix dans tout établissement, privé ou public) devrait conduire à des conclusions, quant au désinvestissement par l’hôpital public de certains domaines des soins. C’est déjà le cas dans certains grands hôpitaux publics, d’où sortent des norias d’ambulance, envoyant des patients hospitalisés pour obtenir rapidement dans les structures privées périphériques, des examens qui ne sont plus disponibles à l’hôpital public, mettant en pratique la complémentarité et la notion de taille critique (comment justifier la pérennité d’un bloc opératoire dont les taux d’occupation sont de moitié inférieurs aux établissements du privé ?). Définir donc un partage des tâches entre les deux systèmes hospitaliers, et renforcer un fonctionnement en réseau, où chacun fait ce qu’il fait le mieux. Et pourquoi pas des vacataires spécialistes privés dans les hôpitaux publics pour assurer la présence de leur discipline au sein d’un grand hôpital, qui n’a pas la taille critique dans leurs domaines de soins pour entretenir un personnel médical dédié (confer infra).
 La fronde dans la médecine libérale :
Les médecins généralistes de ville, paupérisés, comme le note F.F., sont confrontés à d’immenses défis. Le premier est celui de l’explosion des connaissances médicales, et l’inadaptation du parcours de soins tel qu’il est organisé aujourd’hui.
Le modèle est celui du médecin généraliste référent, prescripteur de dépenses pour son patient, qu’il s’agisse d’examens complémentaires, de prescriptions médicamenteuses, d’hospitalisations (demandées souvent pour des raisons de non-disponibilité d’un avis spécialisé qui permettrait d’éviter l’hospitalisation) ou de consultations demandées à des spécialistes, lesquelles surviendront parfois à des mois de distance, du fait de problèmes logistiques d’organisation des consultations classiques, alors que des médecins spécialistes de ville ou des services hospitaliers de référence, pourraient inclure dans leur cahier des charges, comme le font d’ailleurs certains, d’aider un médecin traitant à «débrouiller» un problème, par téléphone, problème qui s’avèrera souvent être trivial et ne nécessitant pas un déplacement coûteux auprès d’un spécialiste ou une hospitalisation. Les avis de « débrouillage » en zone rurale, particulièrement, seraient une occasion de formation continue en situation pour les généralistes et d’allègement du coût des soins de ville, examens inutiles ou mal cadrés, ou à l’inverse, perte de chance du fait d’attentes pour des patients dont la prise en charge est utile à brève échéance. Donc, un développement forcené de la télémédecine, rémunérée pour les médecins spécialistes et les hôpitaux, selon une formule prenant en compte les moindres coûts de ce type d’exercice (certains spécialistes pourraient disposer d’un iphone 6 pour donner un coup de main à un médecin traitant en peine, et se faire rémunérer par un tarif moindre qu’une consultation avec présence physique du patient).
L’autre problème posé aux médecins de famille est le paiement à l’acte. Nous sommes le seul pays à disposer encore de cet antique système de rémunération, obligeant le médecin à multiplier les actes médicaux (consultations), courts, souvent insuffisants car ne permettant pas d’aller au fond des choses, pour payer les charges du cabinet. Les médecins payés à l’acte vivent sous la tyrannie de la montre, comme le lapin d’Alice.
La solution est-elle le salariat et l’étatisation de la médecine de ville ?
Certes non. On imagine ce que cela pourrait signifier en matière d’incitation à soigner, de disponibilité et productivité que de fonctionnariser les médecins de famille (voir le système anglais).
On peut imaginer, dans un cadre d’exercice libéral, un paiement du médecin « référent » au forfait par patient. Il  serait fait obligation à tous les assurés sociaux de désigner un médecin traitant, lequel se verrait attribuer un forfait de base, lui faisant obligation de répondre aux sollicitations du patient, et si le patient n’est pas satisfait, il pourra  changer de médecin référent tous les ans.
Le praticien pourrait ainsi avoir la liberté d’élargir sa patientèle sur le mode libéral du travailler plus et néanmoins servir correctement ses patients par sa disponibilité, en ne mégotant pas son temps lorsque le besoin se fait sentir d’une consultation plus longue, et ne s’interdisant pas d’utiliser tous les moyens informels pour suivre le patient, appel téléphonique, Skype, tout ce qui n’est pas au format de la consultation rémunérée en face à face, mais qui permet de répondre à nombre de questions des patients, sans qu’ils aient besoin d’attendre des heures dans une salle d’attente.
Néanmoins, il faudrait que toutes ces actions soient tracées, et surtout  les consultations, pour trouver un équilibre entre le paiement du forfait et le supplément de rémunération en rapport avec les consultations et autres actions mentionnées, et garder un caractère incitatif pour le médecin à aller au contact de son patient de façon pro-active.
Le tiers payant ? dans le cadre d’un forfait délivré au médecin sur une base mensuelle, corrigé de la télétransmission des actes de consultation, amenant au médecin un revenu complémentaire, le tiers-payant serait effectif de facto, mais ce système ne pourrait encourir la critique d’une étatisation de la médecine de famille, et serait  sans douleur pour le praticien, à la condition de la création d’ une caisse-pivot, qui garantisse un paiement immédiat au praticien, laquelle caisse-pivot  se chargerait d’aller rechercher auprès des mutuelles le reliquat de prise en charge au-delà de la part de l’assurance-maladie, voire de percevoir auprès du patient un ticket modérateur pour responsabiliser les patients quant à leur niveau de dépenses, et pour faire connaître aux patients ce que coûtent  leurs soins, à moins qu’il ne suffise de leur communiquer mensuellement un relevé des coûts de leur prise en charge des soins de santé, ventilés par nature (transports sanitaires en particulier) pour les responsabiliser.
Il y a des moyens de régulation pour éviter qu’un médecin ne puisse s’orienter vers une patientèle « dormante », ne sonnant jamais à sa porte, et décourageant ceux qui viennent trop souvent. Les réseaux sociaux pourraient bien aider à corriger ces vilains travers et il ne serait pas obligatoire de trouver un dispositif contraignant. Si l’on veut être médecin libéral, il faut peser ce qui découle de cet adjectif de libéral, en termes de liberté et de contraintes pour servir des usagers de santé, devenant de plus en plus des consommateurs de santé exigeants.
Les médecins spécialistes du secteur 2 ne peuvent ignorer les problèmes d’accessibilité aux soins qui se posent dans certains secteurs, du fait des honoraires libres, appliqués néanmoins, il faut le dire,  avec tact et mesure, la plupart du temps, et sans que le tarif appliqué n’atteigne, et de loin, le coût de la consultation d’un spécialiste dans nombre de pays européens, sans parler des USA.
Le tarif conventionné secteur 1 des spécialistes, bloqué depuis vingt-cinq ans, ne correspond plus à notre époque, c’est une antiquité, comme le paiement à l’acte du médecin généraliste, mais c’est un moyen bien commode de stigmatiser les méchants libéraux.
La liberté tarifaire actuelle du secteur 2 –relative- pourrait faire l’objet de contreparties, au niveau d’un bassin de vie, obligeant les spécialistes à se grouper, pour permettre, au sein de leurs cabinets ou au sein des hôpitaux publics et privés, d’organiser une filière de soins au tarif de la convention de secteur 1, sous forme du tiers payant intégral pour ceux dont il est avéré qu’ils ne peuvent faire une avance de trésorerie, ou pour les patients en ALD. Le système serait régulièrement évalué et redimensionné, en ouvrant de nouvelles plages de prise en charge, si les temps d’attente de consultation excèdent certains délais, ou selon d’autres critères.
En échange de son fonctionnement en secteur 2, le spécialiste de ville pourrait aussi consacrer une demi-journée de sa semaine à l’hôpital Public de son secteur, payé à la vacation (200 euros par mois, c’est le coût pour l’hôpital public d’une vacation hebdomadaire de consultation de spécialiste, ce que j’ai fait pendant des années), pour occuper les magnifiques salles de consultation de certains hôpitaux publics, qui sont un peu vides, parfois, voire les salles d’opération, qui accueillent bien moins d’actes chirurgicaux que les cliniques, où les praticiens se disputent les plages opératoires.
Décloisonner, associer, faire réseau, ne plus vivre selon des stéréotypes dépassés, inventer de nouvelles manières de soigner, de s’informer, le mouvement est en marche, et les politiques doivent l’accompagner, et non pas le bloquer en voulant l’encadrer, comme aujourd’hui.
 La régulation :
Trop souvent synonyme de production de règles, et particulièrement dans le domaine de la santé. On ne peut que relever la contradiction entre un François FILLON  vitupérant contre le rouleau-compresseur réglementaire à l’œuvre dans notre beau pays,  les 400 000 textes réglementaires ligotant toute action, dans tout domaine que ce soit, et son conseil de «renforcer l’accréditation et la certification» et de «multiplier les contrôles» des hôpitaux. Disons clairement que le système-qualité à la française est à revoir totalement, même si des évolutions favorables se dessinent.
Globalement, notre système-qualité n’est pas orienté vers les résultats de soins, les «outcomes» selon le terme anglo-saxon.
C’est vrai à un échelon très global de santé publique. Nous avons l’espérance de vie la plus élevée au monde, mais en même temps, nous avons des indicateurs de mortalité précoce tout à fait défavorables, en raison de styles de vie à risque, tabagisme, alcool, accidents de la route. Cela devrait nous conduire à mettre le paquet sur ces comportements à risque, par une action résolue qui dépasse le système de santé, mais pose la question de l’accessibilité à des actions de prévention médicalisée pour les populations actives et les jeunes, qui ne consultent pas. Le chapitre du programme de F.F. sur ce sujet est un peu light, et pas à la hauteur des enjeux, car tout simplement, ce point des réalités épidémiologiques conçus comme des indicateurs de la performance du système de santé, n’est pas pris en compte par les régulateurs de santé.
Plus généralement, nous avons en matière de démarche-qualité, la religion des processus encadrés au millimètre par des protocoles et procédures, ce qui nous détourne de l’examen des résultats de soins. Le manuel-qualité d’accréditation-certification des hôpitaux est tentaculaire et totalement inadapté, les bilans annuels à remplir sur des supports informatiques sur les sujets les plus divers sont d’une ergonomie défaillante, sur la politique de lutte contre les infections, sur les médicaments, et sur d’autres sujets, on ne capture pas la réalité de ce que vous faites et le risque d’un dysfonctionnement auquel vous exposez vos patients. Tout cela est tout à fait formel, et disons-le, kafkaïen. La lettre a tué l’esprit.
Les infections nosocomiales sont un problème grave à l’hôpital. Les indicateurs recueillis pour voir si vous faites bien les choses, sont les factures prouvant que vous avez acheté les bonnes quantités de SHA (solution hydro-alcoolique), et vous pouvez prétendre que les infirmières s’enduisent frénétiquement  les mains de solution hydro-alcoolique (SHA) trois cent fois par jour ou plus, et jeter les récipients à moitié vides, pour faire semblant, pourvu que vous produisiez la facture, et, satisfaits de s’être conformé à la règle, ne plus voir que  distraitement, la fréquence dans votre service des infections nosocomiales. Mon propos est peut-être un peu caricatural. Je ne prétends pas que les hôpitaux jettent des cargaisons de SHA, comme les camions de l’armée faisaient tourner leur moteur autrefois pour conserver leur budget de carburant, et tout cela serait bénin, si nous n’avions pas autre chose à faire. Il faut ajouter que ces normes, recommandations et autres protocoles n’ont pas démontré, pour la plupart d’entre eux, leur lien avec les résultats de soins qu’ils sont supposés chercher à obtenir.
Au cours de la certification d’un hôpital, vous aurez à répondre à un manuel très exhaustif, donnant une part exorbitante aux  aspects «transversaux», le grand mot, ce qui vous oblige à passer beaucoup de temps à penser à vérifier que vous avez bien communiqué aux autres « acteurs » de l’hôpital, tout ce que vous faîtes pour prévenir des risques  qui ne vous concernent que très indirectement, et dieu sait qu’il y en a, de ces problèmes que nous pourrions rencontrer un jour, et qui sont décrits dans ces milliers de circulaires, mais en revanche, pour le cœur de votre métier, le questionnaire est indigent, et vous pouvez être très mauvais, mais avoir produit du texte, et des pages, sur tout ce que vous rencontrerez un jour comme problème et que vous êtes prêt à affronter, jusqu’au plan blanc d’une guerre nucléaire, en étant tout à fait satisfait et adoubé par les experts-visiteurs. Tout cela a un terrifiant coût d’opportunité.
Il faut donc recentrer l’examen des procédures sur le cœur du métier des professionnels, avec une approche par discipline, qui est tout à fait négligée,  augmenter le niveau d’exigence des manuels-qualité orientés métiers et spécialités, chercher à vérifier que les normes édictées pour encadrer les pratiques  ont un lien avec les  résultats des soins, et sont basés sur « l’Evidence-Based-Medicine », et pas sur les délires technocratiques des ayatollahs de la qualité, qui ont transformé la démarche-qualité en un rituel de soumission sociale pour les professionnels de santé.
Pour ce faire, il faut donner la main aux sociétés savantes, et faire de l’HAS une chambre d’enregistrement et de mise en œuvre de recommandations appuyées sur des éléments de preuve, produits directement par les sociétés savantes.

Pour plus de lecture sur le sujet de la réduction des coûts de santé, voir un autre post :
Permalien : http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2014/02/16/reduire-les-depenses-de-sante/ ‎

« Faire » de François Fillon

Les premières impressions sont souvent intéressantes à jeter sur le clavier, car elles pourraient bien s’effacer après une plus longue maturation, si tant est qu’on ait envie de poursuivre cette dégustation pour  voir ce qui reste en bouche,  si j’ai envie de reprendre certains chapitres du livre de François Fillon après une lecture superficielle et rapide.
Le substantif d’identité personnelle prend corps à la lecture de ce que François Fillon nous raconte de son passé, de ses passions, de sa carrière. L’humble paysage sarthois, et le contraste entre l’horizon resserré du bocage et l’échappée du regard vers les sublimes sommets pyrénéens, sont les terroirs contrastés de ses années de formation, espaces confinés d’une sociabilité de fils de notaire, élevé dans la foi catholique d’une part et communion avec la nature, qu’on explore en progressant vers les sommets, accroché en solitaire sur une pente vertigineuse, d’autre part. Cela pour l’espace. Pour le tempo, le même contraste nous est présenté, entre le goût de conduire des bolides de course, et le rythme long et tempéré d’une carrière politique, qu’on mène avec calme et détermination, sans se précipiter, sans démissionner, même si François Fillon nous raconte avoir présenté à plusieurs reprises sa démission au chef de l’état – en gardant prudemment cette information secrète, sans en faire mention auprès des médias.
Ce qui est frappant, c’est cette linéarité d’un parcours qu’on nous présente comme inspiré par de solides valeurs, mais que l’on a la tentation de percevoir fugitivement comme organisée autour d’un calcul constant, comme une seconde nature. François Fillon n’est pas impulsif.
Comment se forge-t-il une opinion ? A l’occasion de rencontres, provoquées par lui, auprès de quelques artisans, pour se faire une opinion sur leurs difficultés, ou encore au hasard de ses déplacements sur le terrain qu’il parcourt inlassablement, et qui l’amènent à glaner quelques faits, auprès des humbles et des sans-grades, ou auprès d’élus intègres et dévoués. Il s’arrête auprès des « invisibles », et se forge une opinion à leur écoute, nous dit-il. Ces anecdotes sont-elles la justification ex-post de convictions déjà forgées, où s’est-il vraiment donné l’opportunité de changer d’opinion à l’occasion de ces rencontres ? Applique-t-il la même méthode pour élaborer son programme ? il est légitime d’en douter, à la lecture de la liste des membres du comité directeur de FORCE REPUBLICAINE, qui ne comporte que des élus, et pas un membre de la société civile. Quelle est la place des experts et des conseillers dans son entourage, nous ne le savons pas, mais on la juge d’autant plus forte qu’il n’est à aucun moment fait mention dans le livre de ceux qui ont inspiré son programme, et  surtout aidé à l’écriture du livre, très abouti,  avec tous les critères d’un bel objet de communication.  Cherche-t-il une confirmation de l’adhésion à ses options pour la France auprès de ses sympathisants, une confirmation de l’impact de cette action de marketing politique, ou peut-être un réconfort, si on en juge par l’intérêt qu’il porte aux chiffres de vente de son ouvrage ?
L’ambiguïté n’est pas levée après la lecture de son ouvrage, qui ne comporte pas beaucoup de questions ouvertes, et qui de ce fait, semble un peu trop lisse à une première lecture.
Même linéarité pour nous montrer sa constance dans les épreuves, et la justesse de ses positions successives lors des dissensions avec le président, puis lorsqu’il est apparu que la présidence de l’UMP lui avait échappé à la suite d’une fraude massive organisée par la bande de copains-coquins qui occupait à l’époque les bureaux directoriaux du parti. Peut-être n’avait-il pas porté un effort suffisant à la constitution de réseaux de pouvoir au sein de l’appareil UMP, et surestimé ce qu’il pensait être son influence naturelle d’ancien chef du gouvernement.
Linéarité également dans le programme du futur candidat. L’affirmation de convictions citoyennes et républicaines, cela est bien. L’affirmation qu’il faut faire porter l’effort sur la politique macro-économique, et faire enfin ce que l’on n’a pas fait, sur les 35 heures, l’ISF, la simplification du code du travail, tout cela est dans l’air du temps à droite. L’objectif ambitieux de faire de la France la première puissance économique européenne est une bonne base. Diminuer la dépense publique de 100 milliards d’euros, est un cadre ambitieux, supprimer deux couches dans le mille-feuille territorial est également un projet ambitieux, cohérent avec l’objectif de diminuer la dépense publique. Simplifier le régime d’assistance en regroupant toutes les aides dans une allocation unique, permettant de vérifier que les revenus d’assistance ne sont pas supérieurs, pour un individu donné, aux revenus du travail, c’est bien si l’accès à l’emploi est possible.
Desserrer les contraintes qui entravent les agents économiques, en simplifiant, allégeant les normes réglementaires, le concept est déjà là, et le secrétariat d’état du même nom, également, mais comme une coquille vide, qui n’a pas empêché le choc de complexification de se poursuivre. Il suffit de donner à cette idée une véritable impulsion, mais tout est question d’exécution.
Ne pas s’investir dans les problèmes de société, et revenir sur le mariage homosexuel, en excluant la filiation du périmètre du contrat de mariage qui lie deux personnes du même sexe, cela est raisonnable, et pour le reste, laisser se faire l’évolution des mœurs, tout cela est bien, mais que fait-on après avoir constaté la sécession communautaire de certains quartiers et y avoir consacré un chapitre, en restant au niveau des constats. N’est-ce pas un véritable problème de société, qui ne trouve pas sa solution simplement dans le contrôle de l’immigration, comme semble l’indiquer François Fillon. La lecture du programme de François Fillon sur le site de Force républicaine ne nous convainc pas sur ce point.
Quelques marqueurs forts d’un programme de retour aux fondamentaux de l’équilibre des finances publiques et de dynamisation de l’économie, donc, et pour le reste, un vibrant plaidoyer pour le fonctionnement des institutions, et en particulier pour la fonction de premier ministre, vers qui convergent tous les arbitrages concrets de mise en œuvre de la politique gouvernementale. A ce titre, l’exercice de cette fonction pendant cinq années devrait permettre au candidat à la primaire de proposer un programme abouti, ciselé dans ses moindres détails par la connaissance des problèmes, un kit du «prêt-à-gouverner», du «prêt à Faire», alors que curieusement, François Fillon reste dans son livre souvent au niveau des constats et des principes, la liberté, l’autorité, le fonctionnement des institutions, ce qui, certes est susceptible de faire consensus, mais n’apporte pas une démonstration éclatante de son aptitude à «Faire» précisément, car nous attendions une vision en profondeur et systémique de l’action du futur président.

Marine Le Pen au parlement européen

C’est en termes de «sortie de route» qu’il faut parler de la performance de Marine Le Pen au parlement européen. On nous dit que Marine Le Pen n’a pas ouvert un livre depuis longtemps, et elle ne pouvait avoir en tête les recommandations de Balthazar GRACIAN, sur la nécessité de laisser flotter autour de soi un certain «mystère» quand on veut être un homme de pouvoir (une femme, pardon d’avoir oublié un instant son exquise féminité).
Ce qui restera de cet épisode, c’est une lumière crue jetée sur ce parti et sur cette femme qui l’anime. Une parole martelée et brutale, poussant jusqu’à la caricature la rhétorique grinçante de l’extrême-droite, un texte millimétré, articulé autour du terme «vice-chancelier», qui tombe comme une condamnation, alors qu’on a en tête les images de la même personne allant festoyer en Autriche, avec d’autres admirateurs d’un certain chancelier du Reich. Une mimique de dénonciation furieuse, se voulant être une estocade qu’on porterait à des dirigeants qui ont en charge la réalité difficile de la crise européenne, et qui n’ont pas démérité en regardant en face la réalité de cette crise des réfugiés. On gardera en mémoire les plans des caméras montrant Florian Philippot chuchotant le texte en même temps que sa marionnette le criait à la tribune, les yeux mi-clos, avec une expression de jubilation contenue.
Il est indigne de tenir de tels propos à une tribune européenne, où il ne s’agit pas de ferrailler pour se faire élire, mais de faire avancer l’idée européenne, y compris vers le choix légitime d’une Europe des nations versus une Europe fédérale. Il est indigne d’agresser grossièrement notre principal partenaire européen, et surtout quand il prend plus que sa part dans la solution de la crise des réfugiés, à l’inverse d’épisodes précédents où la France s’est retrouvée seule.
Un contre-modèle de la démocratie, voila ce qui nous est montré. Là où il faut humilité et modestie, pour penser des problèmes complexes, et exposer ses idées à une tribune publique d’une telle envergure, on nous montre un  populisme sordide en action, des procédés oratoires appelant à tout sauf à l’intelligence des situations, et manifestant une indignation de façade, mais une satisfaction d’avoir un groupe au Parlement européen et les subsides qui l’accompagnent. Tout cela étalé à la tribune, alors qu’on ne vit que de faux-semblants, et qu’on n’a à proposer que des programmes ineptes comme des décors en carton. Le pire est sans doute cette sinistre appropriation sans vergogne de notions dont ils ne sont pas dignes,  laïcité, souveraineté, identité.
Quelle est la réalité ? l’Europe est en train de se faire, le partage de souveraineté est en débat, ainsi que  les modalités de subsidiarité entre niveau national et niveau européen. Nous sommes dans la gestation longue d’une grande idée, d’une grande image européenne, qui n’a pas encore de forme, et la crise des migrants met sous tension la maison européenne, et disons-le, des dirigeants un peu perdus et perplexes, venant affirmer à la tribune la nécessité de nous rassembler pour trouver notre chemin européen. Ce n’est pas le moment pour un représentant de la France de monter à la tribune pour aboyer comme s’il se trouvait devant une troupe de militants frontistes à Hénin-Beaumont.

Répliques d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Jacques Julliard

Décidément, le sujet est tenace, et il est difficile de tourner son regard ou son écoute vers un grand média sans se trouver confronté aux remous de la vague migratoire, qui fait tanguer la société française et ses médias, et trouble l’eau de ce qui n’est plus le long fleuve tranquille et apaisé de l’intégration de tous les citoyens dans la nation française.
Ce qui est mis en question, c’est notre capacité –supplémentaire- à accueillir de nouveaux arrivants, au-delà du flux annuel actuel, de 200 000 nouveaux arrivants.
Les réfugiés syriens, soudanais et érythréens, poussés par le désespoir, ne peuvent être repoussés, mais faut-il mettre en œuvre pour eux une exceptionalité de l’accueil, alors que nous avons quatre cent mille personnes vivant dans la précarité, pour certains, dans la grande misère, même aidée, et dont le profil pourrait aussi nous mobiliser pour mener une action vigoureuse de solidarité, mais nous ne les voyons plus, ces gens qui vivent sous des tentes, sous des ponts, au bord de l’autoroute, dans des baraquements, des squats. Nous ne les voyons plus, car ils sont parvenus à l’échéance d’un long processus de relégation sociale, sans plus même de liens avec les services sociaux. Ce sont les perdants absolus, méprisés, malades dans leur chair (espérance de vie de 40 ans), dans leur esprit (beaucoup sont atteints de pathologies psychiatriques), et nous ne sommes pas exempts de leur attribuer une part de responsabilité dans cette longue et désespérante série d’échecs qu’est leur vie. Ils auraient mal employé leur capital de départ, ce que nous appelons l’égalité des chances. Ceux-là ne font pas partie de la classe dangereuse, leur malheur ne nous inquiète pas. Ils ne sont pas près de rompre les grands équilibres de notre belle société. Ils ont simplement été laissés de coté dans un lent et complexe processus d’intégration commune, proposé à chaque citoyen, par l’école, le monde du travail, la compétition sociale pour les postes. C’est la pointe extrême de ces décrocheurs, qui n’ont pas la combativité nécessaire pour demander même les revenus de solidarité, ou se réfugier dans les liens de solidarité de proximité, et qui flottent au fil des jours, parfaitement seuls, comme des cadavres sur le fleuve, les pauvres absolus, sans force, dédiés au froid et à la faim, que seul l’alcool peut leur faire oublier. Une descente aux enfers sans retour. A quand un reportage photographique-choc, dans les morgues des grands hôpitaux pour montrer ces corps décharnés d’hommes de quarante ans, faisant sur eux, morts dans la rue, pour réveiller nos consciences.
Je n’appelle pas, bien évidemment, à une sorte de préférence nationale pour nos miséreux, car bien d’entre eux sont des migrants, mais les jeunes couples d’ingénieurs syriens, avec enfants, aux moyens financiers suffisants pour payer les passeurs, vivent au péril de leur vie un rite de passage par la misère et la précarité, dont on peut espérer qu’ils renaîtront aussi forts s’ils parviennent à s’établir dans notre ilot de stabilité et prendre leur part de prospérité.
La question posée, au-delà de leur accueil dans notre pays, est notre contexte économique et démographique, différent de celui de l’Allemagne, ou règnent  la panne démographique et  le plein emploi, et où nombre d’emplois ne sont pas  pourvus. Le concept opératoire pour intégrer ces membres de la société éduquée syrienne devrait être voisin de celui de l’immigration choisie, immigration de travail, et les quotas de répartition devraient se faire en fonction des besoins des marchés du travail locaux. Dans la mission des Hot-Spots que nous voulons installer en périphérie, cet aspect précis des besoins du marché du travail et par voie de conséquence, des chances d’intégration des réfugiés, devrait constituer le point-clef. Une répartition en quotas de compétition compassionnelle entre une Allemagne très généreuse, mais en fait avant tout soucieuse de ses intérêts,  et une France frileuse, que les instances européennes doivent rappeler à ses valeurs, est une duperie. Dans cette affaire comme dans d’autres, il y a d’abord l’intérêt des états.
Les réfugiés viendront-ils alors «s’intégrer» dans notre classe moyenne, ou du fait de leur déclassement, sur un marché de l’emploi et dans une économie en berne, iront-ils renforcer les groupes sociaux des insatisfaits, hostiles à notre modèle de société, ceux à qui nous attribuons des comportements «communautaires», et que nous qualifions de «musulmans», car la religion constitue pour eux la seule identité de repli.
On sent bien qu’il y a un danger à renvoyer sans cesse dans le débat public, au qualificatif de sa religion d’appartenance, celui ou celle, confrontée aux difficultés du travail ou aux mœurs de notre société individualiste, où l’on ne pratique aucunement la civilité chaleureuse de leurs sociétés d’origine, mais au contraire, une sorte de méfiance de tous contre tous, sinon de guerre (Bellum omnium contra omnes), pour paraphraser HOBBES. Pour des amis turcs, prenant pour la première fois le métro, le comportement des passagers, fuyant le regard des personnes assises en face d’elles, répugnant à tout contact, fût un vrai choc culturel.
Nous avons le tort de porter un regard homogène sur un groupe qui ne l’est pas, et ce regard renforce la méfiance réciproque, et rend précisément impossible ce que nous appelons de nos vœux, un espace public où le regard posé sur l’autre soit libre de tout présupposé, donnant toutes ses chances à une sociabilité et laïcité inventive.
C’était le sujet de l’émission Répliques sur France Culture, ce samedi matin (Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Jacques Julliard).
La pensée de Pierre Manent ne se laisse pas approcher avec des gros sabots, et de ce point de vue, l’émission était un peu décevante, du fait d’une pensée par catégories abstraites et trop tranchées des participants, alors qu’il aurait fallu une herméneutique du subtil Pierre Manent,  exercice qu’on n’attendait pas de Jacques Julliard et par ailleurs, il manquait un «méta-point-de-vue» de la part de Pierre Manent, au moins dans l’exposé qu’il a fait de son livre, où il  nous propose, pour résumer son sujet, de renouveler notre contrat social en intégrant autrement le fait musulman dans la société laïque française.
En quelque sorte, il nous dit que «la laïcité à la française n’est plus pertinente dans la situation dans laquelle nous nous trouvons», car «les présupposés de la laïcité étaient une Nation partagée, une longue éducation commune, un partage de la littérature (pour les élites), et une familiarité réciproque». Il fallait pour l’école, «assurer une éducation libre de toute attache».
Historiquement, il fallait «écarter l’église, diminuer sa puissance sociale».  C’était possible, pour les membres d’une même société, ajustant leurs positions au fil des interactions. Aujourd’hui, nous dit Pierre MANENT, il manque aux nouveaux arrivants, par nature, ce long compagnonnage avec la société,  par l’école et l’interaction avec une société laïque,  et «les groupes (musulmans), sont consistants, les individus ne sont pas libres d’attache»
L’optimiste Jacques JULLIARD, citant Lucien FEBRE (le problème de l’incroyance au XVIème siècle), semblait penser que ce qui est arrivé à l’église arrivera pour les musulmans, et qu’il n’y a pas motif, au contraire, à désarmer les principes de la laïcité.
Faut-il instaurer, voire renforcer un rapport de force entre la civilité à la française (l’apprentissage des valeurs et des codes sociaux de notre pays) et l’appartenance constituée du nouvel arrivant ou de celui qui continue à se comporter comme tel, en vivant ici comme s’il vivait là-bas. Dans ce cas, les choses ne se feront pas spontanément, et les leviers sur lesquels nous comptons, voire même sur lesquels nous nous déchargeons, à savoir l’école et les services sociaux, sont malheureusement en échec, diront les pessimismes.
Nous pouvons toujours continuer à penser que « la France est un pays auquel on peut s’attacher par la langue et par l’esprit, sans renoncer à ses racines », mais il ne faut pas s’attarder à la nostalgie d’un temps révolu. C’est peut-être néanmoins un concept opératoire pour quelques réfugiés syriens appartenant à l’élite culturelle de leur pays, et qui pourraient reproduire chez nous ce type d’appartenance au pays, par la nouvelle langue et la nouvelle culture qu’ils habiteraient.
Pour Alain Finkielkraut, il faut regarder en face la méfiance organisée et défensive des quartiers communautaires, contre cette chance du compagnonnage avec les valeurs du pays d’accueil pour les enfants à qui on apprend dans leur famille, à contester tout propos sur l’histoire de notre pays. A cette méfiance, la réponse serait d’effacer des programmes d’histoire, les Lumières, et bientôt de réduire la substance de notre passé à l’oppression coloniale et à l’agression constante de l’occident contre les «pays d’origine». Plus d’ethnocentrisme, plus d’histoire de la Nation française, plus de Nation française. Belle réponse à ce rapport de forces, que de s’effacer, en espérant que le vide ainsi créé puisse sans doute amener un hypothétique bon vouloir de vivre ensemble des seuls signataires du contrat social que seraient les communautaires, aux marges, qui voudraient imposer au centre de l’espace public, leurs pratiques et leurs volontés.
C’est le propos de Pierre Manent, si nous l’avons bien compris au cours de l’émission Répliques, que d’abandonner du terrain sur certains principes laïcs, en laissant entendre ainsi que ces valeurs ne sont pas essentielles, au sens fort, pour notre société, et que nous puissions nous satisfaire de quelques principes résiduels, de pure forme, l’interdiction de la Burqa et de la polygamie. Quant au statut d’infériorité de la femme, nous pourrions l’accepter comme une particularité culturelle admise par toute la société française, une variante de l’égalité à la française, sans doute. En échange de quoi, nous pourrions formuler quelques exigences, trouver un «compromis», exprimé par Pierre MANENT en des termes tellement généraux que cela pourrait prêter à sourire, mais qui trouvait un écho chez Jacques JULLIARD, puisqu’il ne s’agissait, dans cette belle discussion, que de rester au niveau des principes.
Ce repli sur des positions préparées à l’avance, qui consisterait pour Pierre MANENT à laisser de la place aux musulmans, qui se présenteraient comme tels, et non pas en tant que nouveaux citoyens, peut sembler à beaucoup comme une reddition en rase campagne, un abandon, une lâcheté de clerc, pour pouvoir penser tranquille, sans dissonance cognitive, dans une cervelle éprise d’harmonie et répudiant au combat pour les valeurs, trop physique et trop vulgaire, sans doute.
Cette volonté de ne pas bouger d’une appartenance figée et définie en termes religieux et culturels, en opposition aux ténèbres extérieures d’une société dont ils retirent néanmoins une subsistance, est un donné qu’il faut prendre en compte, chez certains musulmans.
Néanmoins, cette attitude d’hostilité envers la société française n’est pas majoritaire, ou du moins pas encore, et il faut faire le constat que l’intégration a fonctionné pour une majorité d’anciens immigrants, que les couples mixtes sont très nombreux en France, et qu’il y a un attachement, pour ne pas dire plus, à notre pays commun, pour ceux-là dont les racines sont devenues mythiques, et sans consistance, français quand on est en visite au Bled, et franco-maghrébins en France.
Il faut dire aussi que notre regard collectif a changé, au fil de ces dernières décennies, sur ces «franco-maghrébins» ou «franco-africains », occupant des postes importants, souvent, et dont on oublie la consonance de leur patronyme, charmés souvent que nous sommes, de les voir prendre leur place et occuper parfaitement les codes de civilité de notre pays, et maîtriser souvent avec une élégance que nous n’osons plus, la civilité et l’élégance à la française. Il faut dire aussi que, pour les plus simples d’entre eux, ceux qui sont venus travailler chez nous aux basses besognes, et dont les enfants sont intégrés et épanouis dans la société française, nous avons aussi bénéficié de leur apport libérateur quant au regard que nous portons sur les critères de la hiérarchie sociale, alors que nous étions dans notre «entre-soi-entre-nous» régi par le principe de «la distinction» magnifiquement décrit par Pierre BOURDIEU, qui nous assignait une place dans l’échelle sociale, avec une désespérante rémanence, reposant sur un code social qui nous poussait à faire semblant d’être ce que nous n’étions pas, à aimer le concerto pour la main gauche, à mépriser les nains de jardin. Avec quel plaisir nous avons pu envoyer à la poubelle, dans la classe moyenne, ces antiquités, avec les nouveaux arrivants, qui ne s’exposaient pas au jugement social de cette façon-là, du fait de leur nouvelle citoyenneté. Nous aurions dû certainement ne pas fabriquer de nouveaux stéréotypes d’infériorité culturelle, ou ethnique, mais je constate que ceux-ci  sont en train de tomber, et qu’un accent maghrébin ou africain a le même charme pour nos oreilles aujourd’hui, que l’accent québécois, nous sommes de la même famille francophone. La méfiance, ressentie en des termes ethniques, est en train de tomber. Poursuivons notre effort collectif, sans qu’il soit besoin de le penser dans les termes de Pierre MANENT, mais au contraire, occupons le terrain, ensemble.
Et donc,  il faut penser cette nouvelle offensive identitaire religieuse, et ses risques de retour en arrière et de sécession, pour ce qu’elle est, un appel à un renforcement de la compétition pour les valeurs du vivre-ensemble à la française, et non pas à un désarmement de notre camp.
Ce qu’on peut reprocher à nos trois intellectuels, deux anti-modernes et un homme de la gauche des lumières, c’est un manque d’inventivité et de goût pour formuler des propositions détaillées pour sortir de l’impasse.
Je voudrais les ébaucher dans ce post déjà trop long.
Ne pas assigner «les musulmans» à une représentation unique auprès des autorités de la République, fût-elle celle des «musulmans de France», un organisme officiel et unique, qu’il faudrait renforcer, au point qu’il deviendrait l’interlocuteur unique et obligé entre ceux dont la désignation exclusive serait les « musulmans » et la Nation. Il ne s’agit pas de rendre homogène une communauté, mais au contraire, de permettre aux citoyens une identification ou une reconnaissance à travers des sensibilités diverses, sur le modèle que nous présente la biologie, au sein des chromosomes, allèle fort et allèle faible, alliés pour définir un phénotype (faites un wikipédia). Il y a ainsi les Français laics-musulmans, les Musulmans anti-laics-français administrativement, les Musulmans laics-français par le cœur, et les Musulmans-musulmans-antifrançais. Echappons au conflit, bloc contre bloc. Favorisons l’expression de toutes ces nuances, car il faut comprendre la pression de conformité et les racines du conformisme intégriste, dans les termes que nous propose Eric MAURIN, dans un livre déjà cité dans un précédent post. Ce sont les multiples interactions de notre réseau de proches, et de moins proches, avec les personnes et le groupe auquel nous pouvons nous identifier, que nait notre désir de nous conformer aux valeurs et pratiques majoritaires dans notre espace social. Il faut qu’il y ait une place, un espace d’identification pour les différents phénotypes mentionnés ci-dessus, pour ceux qui feront vivre la synthèse entre les valeurs françaises et leur religion et qu’ils soient bien visibles.
Cela ne se fera pas tout seul. Il faut prendre des initiatives et  intervenir publiquement pour réprouver tout  groupe ou toute  communauté qui se définirait en opposition et franche hostilité aux valeurs du pays d’accueil, la première d’entre elles étant une laïcité incontournable.
La discrétion des autorités publiques n’est plus de mise. Renvoyer les imams intégristes, proposer un cursus de formation des imams en France, à la faculté catholique de Paris, par exemple, et ne pas déléguer au Maroc la formation des imams, faire vivre un courant associatif exprimant la diversité, et permettant d’échapper à la pression de conformité étouffante, que vivent les «phénotypes» compatibles avec notre société, décrits ci-dessus.
Reconnaissons publiquement, en tant que citoyens, chacun d’entre nous, le conflit en cours, pas pour l’envenimer, mais pour proposer, par la persuasion et par l’accueil sincère, le modèle français. N’attendons pas seulement de l’école qu’elle soit seule à jouer ce rôle d’intégration. Multiplions, dans le monde associatif, les occasions d’interaction avec ceux qui vivent dans leur isolat et surinterprètent les signes de la société française, montée du FN en particulier, les confinant à vivre, comme dans l’isolat FN, dans la théorie du complot.
Enfin, quand on écoute réellement les nouveaux arrivants, comme j’ai eu personnellement l’occasion de le faire, on est émus de la sincérité de leurs sentiments lorsqu’ils expriment leur surprise, leur déception même qu’on ne leur demande rien, en échange d’une place dans la société.
Les revenus d’assistance et de redistribution représentent dans notre pays un tiers ou presque du PIB. La solidarité est effective, au bénéfice, en particulier, mais pas seulement, de ceux qui sont dans la situation du non-emploi, mais au-delà, dans la situation  du chômage citoyen, en position pas seulement de recevoir, mais de donner, ce qui serait une bonne interaction pour se sentir appartenir, non pas sur le modèle de la Big society, mais selon des modalités de service citoyen, à définir, pour tout citoyen qui ne travaille pas ses 35 heures, et qui reçoit un revenu de complément de la part de ladite société.
Et si nous voulons renforcer un enracinement dans un lieu, dans un quartier, pourquoi ne pas faire vivre des comités de quartier, venant exprimer leurs spécificités auprès des citoyens de la ville entière, réunis dans des lieux d’échange et de respect communs ? Tels pourraient être des leviers pour renforcer ces interactions entre citoyens.
Et pour le reste, n’ayons pas peur d’être cyniques, et d’appliquer certains principes de l’art de la guerre, mentionnés dans un de mes précédents posts, pour un autre usage.
Terrorisons quelques-uns pour intimider le plus grand nombre, et plus exactement, pour libérer le plus grand nombre, s’il faut aller jusque là pour faire monter en notre faveur le rapport de forces. Je pense au vote d’une loi qui prononcerait la déchéance des titres de séjour pour les étrangers qui ne se mettraient pas en conformité avec les valeurs de la société françaises, les prêcheurs de haine, ou les radicalisés authentiques bombes à retardement, et néanmoins hébergés gentiment dans notre pays, puisqu’ils n’ont encore rien fait. Je rejoins Bruno LEMAIRE dans sa proposition d’expulser tous les étrangers qui ont attiré l’attention des services de renseignement par leur classification en sujets à risque, et constituent un danger pour la nation.