Les nouveaux clivages à quelques jours de l’élection

Les commentateurs politiques nous parlent de nouveaux clivages, pour tenter de clarifier l’opposition entre les deux finalistes de la campagne présidentielle. Nous aurions l’ouverture d’un côté  et la fermeture-repli sur soi de l’autre côté. Une opposition qui organise une proximité entre le repli sur soi et la protection des plus vulnérables, que s’arroge le camp frontiste, comme s’il n’y avait besoin de plus ample démonstration. Il y aurait d’un côté, le candidat des gagnants de la mondialisation, et de l’autre, la candidate des invisibles, et, en menant un peu plus loin les présupposés de ce dispositif mis en place par les médias, l’idée que le programme frontiste, proclamant cet objectif de protection, aurait de meilleures chances de l’apporter effectivement à son public. C’est sur la distance, voire le divorce entre les buts proclamés par le FN et les moyens proposés dans son programme économique qu’il faut organiser un pilonnage intense et constant. Le risque d’un décrochage violent de l’économie et du pays tout entier, qui n’épargnera pas ses laissés-pour-compte, est devant nous.

Ce risque, pour ne parler que de celui-là, ne semble pas inquiéter les jusqu’au-boutistes des deux extrêmes, et de ce fait, le camp des abstentionnistes voit ses rangs grossir de ces  frustrés du premier tour, qui ne sont pas encore dégrisés de leur coup de foudre hypnotique avec le  leader maximo-bolivaro-poutiniste, dont les hologrammes se sont éteints, et dont il ne  reste rien – vraiment rien- des propositions fumeuses de son « programme », rien qui puisse nourrir un mouvement d’opinion, sur lequel bâtir un groupe parlementaire. Ce « dégagisme » n’était qu’un « pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette ». Le feu de paille n’a laissé que des cendres, les lampions de la fête foraine sont éteints. Pourtant le clown n’a pas enlevé son nez rouge, et veut faire sombrer le navire qui n’a pas voulu de lui pour capitaine. Laissons-le grossir les rangs des populistes en retraite. C’était son triste chant du cygne, qui se transforme en sinistre croâssemnt. Sa consigne d’abstention est un suicide moral.

Une autre démonstration tout aussi clownesque est celle de Christine BOUTIN, qui s’est trouvée une nouvelle icône du libéralisme des mœurs à vilipender, en la personne d’un candidat qui ne remettra pas en cause le mariage pour tous, pas plus que ne l’aurait fait le cauteleux candidat de la droite, se vêtant de la chasuble et du vêtement blanc de l’enfant de cœur pour masquer sans vergogne son ambition pour lui-même sous les airs de l’ambition pour le pays. Son programme était la production hors-sol d’une coterie, une proposition aventureuse pour le pays,  en phase avec le ton prophétique de l’effort, du sang et des larmes, mais qui s’avérait être aussi  peu intègre que celui qui la portait. Une fois au pouvoir, il se serait dépouillé de ces oripeaux. Pour autant, la  droite bornée continue sur sa lancée, et n’entend plus celui-là même qu’ils suivaient aveuglément quand il leur conseille maintenant de voter pour EM.  Comme Christine BOUTIN, 30 % des électeurs de FF déclarent maintenant vouloir voter pour Marine LE PEN.

Les quelques neurones disponibles chez Christine BOUTIN pour résoudre ce conflit cognitif de l’échec de l’OPA de Sens Commun sur son candidat en perdition, ont produit une formule alambiquée, où elle cache son adhésion au votre frontiste derrière un « combat » contre l’icône libérale EM, qu’il faut « faire perdre », comme s’il ne s’agissait pas de faire gagner l’autre camp. Lâcheté de masquer ainsi une adhésion pure et simple au front national ? rancœur de la représentante d’un isolat culturel minoritaire, qui veut faire sauter le système qui l’a pourtant nourrie, qui s’est fait l’écho de ses pleurs à l’assemblée nationale en d’autres temps. Ainsi, elle n’est pas démocrate ?

Il y a encore le rallié de debout la France, souverainiste vitupérant et pétaradant, qui a convaincu 5 % des électeurs sur une position d’indépendance et de souveraineté, à l’ombre du général de Gaulle, et qui devient collabo, sans vergogne, qui vend ses électeurs et ses plus que maigres troupes de militants, au FN contre le rêve, qu’il pourra poursuivre encore quelques jours, d’accéder aux affaires.  Rêve de pouvoir de ce petit monsieur pète-sec, à l’étroit dans sa petite municipalité, et qui conclut « un accord de gouvernement » avec le FN. Peut-être a-t-il encore l’espoir d’obtenir quelques représentants à l’assemblée nationale, pourquoi pas constituer un groupe parlementaire. Perrette et le pot au lait, qui n’entend pas ses administrés de sa ville d’YERRES, et ne voit pas la démission de ses quelques soutiens ayant une notoriété. Ce second couteau, maintenant un homme seul, offre sur un plateau à Marine LE PEN une « narration » pour renoncer à la sortie de l’euro, du fait de cet « accord de gouvernement », et  bientôt peut-être, pour s’affirmer pro-européenne, comme elle a colonisé la laïcité.

Il y a en fait un autre clivage en cours, entre ceux qui adhèrent au jeu démocratique, qui consistait jusqu’alors à désigner au deuxième tour celui qui représente le moins mal leurs convictions et ceux qui se réfugient dans une démission citoyenne infantile et désastreuse.
Ceux-là se sont shootés à l’indignation, à la dénonciation, au dégagisme, sans regarder même si les fumeuses propositions de leurs candidats avaient la moindre chance de résoudre les « situations scandaleuses » qu’ils ne sauraient tolérer plus longtemps, citons pêle-mêle, le capitalisme et le règne de l’argent, les professionnels inamovibles de la politique – qu’ils dégagent – (mais qui comptent dans leurs rangs un certain Mélenchon et une certaine Marine LE PEN), les complots en tout genre, les candidats du système, qui nous « enfument», car ils ne veulent pas remettre en cause l’ordre établi – lequel ne les maltraite pas autant qu’ils le pensent ou le disent. Ils pensent qu’ils pourront continuer leur trip, le caprice de leur petite individualité sans voir plus loin. Ces « sans moi cette fois » pensent qu’ils auront la satisfaction de ne pas contribuer à sauver notre modèle et nos institutions, mais s’il sombre, leur réveil sera douloureux.

Dans les derniers jours de la campagne, il faut examiner les forces en présence. Le candidat EM ne peut compter sur une multitude de relais pour coordonner  le pilonnage que j’évoquais plus haut. Les ralliements de raison et non de conviction ne lui permettent pas de promouvoir son programme en démultipliant les messagers.

Il doit donc compter sur lui-même, et dans cette dernière longueur, sacrifier les affirmations négatives « je ne suis pas un banquier », « je ne suis pas une émanation du monde politique », et trouver une affirmation positive, un qualificatif simple pour parler de lui-même. Il est le seul candidat possible.

Son discours ne doit pas faire dans la nuance.

Quand il est seul avec les journalistes, il doit régler la musique de son discours, installer des silences, pour acquitter une étape de l’argumentation, pour laisser le temps à son interlocuteur d’acquiescer ou de contester, et ne pas donner l’impression d’avoir peur de l’objection, et qu’alors son  discours s’effondrerait comme château de carte si on enrayait cette mécanique de l’argumentation qu’il donne parfois à entendre. Il ne doit pas donner l’impression d’une chaîne de raisonnement, filandreuse et incantatoire, mais s’arrêter sur une série de points successifs, qui témoignent de la justesse de son  raisonnement, et qui sont, pour chacun d’entre eux, une petite victoire, qu’il faut laisser le temps à l’auditeur de recevoir et de savourer avant que le puzzle de la discussion ne se résume en une formule qui relie tous ces petits territoires victorieux, une parole de conclusion qu’il doit savoir inventer.

Mais dans le débat à venir contre son adversaire Marine LE PEN ?

Faut-il donner de la considération à son adversaire ? S’agira-t-il d’une discussion civilisée, où on peut s’arrêter sur un point du raisonnement de l’adversaire, le contester, comme on se reprendrait soi-même, sans donner l’impression qu’on recherche ainsi une victoire définitive sur l’adversaire, sa disqualification parce que son erreur localisée permettrait de rejeter l’ensemble de ses convictions, et sa personne même. Faut-il adopter cette bienveillance, qui consisterait à se placer un instant dans la position de l’adversaire, comme si on se raisonnait soi-même et se convainquait soi-même de son erreur. L’empathie envers l’adversaire, qu’on prend dans l’empan du soi pour mieux le contredire, comme on se contredirait soi-même.

En un mot, faut-il être de bonne foi et supputer la bonne foi de son adversaire, et laisser ainsi « ouvert » le déroulement du débat, ou bien au contraire,  prévoir toutes les articulations du discours de l’autre pour enchaîner une attaque déterminée et maîtrisée des positions de l’adversaire, et pilonner, toujours, calmement, mais implacablement,  les points faibles, qui finiront pas céder, si on insiste.

Je penche pour la deuxième approche, et pour l’abandon de la bienveillance détachée, qui est la marque d’EM, et qui ne sied plus à l’affrontement qui s’annonce.

J’entendrais plutôt ce que nous dit Georges Picard dans son « traité à l’usage de ceux qui veulent toujours avoir raison »

« Seuls les naïfs peuvent croire qu’une discussion vise à résoudre un problème ou à éclaircir une question difficile. En réalité, sa seule justification et d’éprouver la capacité des participants à désarçonner leur adversaire. L’enjeu n’est pas de vérité, mais d’amour-propre. Le beau parleur l’emporte sur le bafouilleur, le téméraire sur le timide, le fonceur sur le scrupuleux. Être de bonne foi équivaut à additionner les handicaps, le scrupule s’ajoutant à la circonspection pour alourdir la langue. Qu’est ce que la bonne foi ? une conduite d’échec, un véritable suicide. Les débatteurs sérieux parlent sans écouter, piétinent tout raisonnement non conduit par eux-mêmes, méprisent les oppositions, ignorent les obstructions et arrachent, en quelque sorte, la victoire à la force du mot. Ils cultivent la mauvaise foi avec le professionnalisme du jardinier élevant une plante vénéneuse dont le poison a des suavités si profondes que, qui y a goûté une fois, ne peut plus s’en passer. Pour donner le meilleur résultat, la mauvaise foi ne doit pas être trop subtile. En effet, son impact ne serait pas suffisant pour déquiller autrui rapidement et pour longtemps. En cette matière, la finesse ne saurait remplacer la brutalité, qui, malgré sa réputation détestable dans certains milieux intellectuels, donne les résultats les plus sûrs dans un laps de temps nettement raccourci. »

Réformer la santé avec Emmanuel Macron

Réformer le système de santé,  c’est sans doute mener deux réflexions simultanées.
L’une consiste à élaborer un système idéal, en allant faire notre marché dans les autres pays développés, à la recherche de concepts, et à rêver à transposer chez nous des changements complets de paradigme, dont on attendrait qu’ils apportent une solution forte aux manquements  de notre système de soins.
L’autre consiste à rester dans la réalité de ce qui existe, ici et maintenant, et de proposer de petits ajustements, étape par étape, pour corriger les imperfections du système, sans vouloir le modifier de fond en comble. Cette  démarche « incrémentale », peut se réclamer d’un « pragmatisme » de bon aloi, et d’un souci de cohérence interne entre ces petits ajustements et le cadre des objectifs qu’on s’est fixés.
Prenons donc d’abord une hauteur stratosphérique, et examinons de là-haut les pays européens, dans leur grande diversité, qui permet de poser de grandes questions :
Quelle devrait être la part du financement par l’état, (par les impôts) de notre système de santé ?  financement intégral par l’état, sur le modèle du système beveridgien du NHS anglais ? Toutes les dépenses y sont prises en charge par la solidarité nationale, ce qui constitue un puissant moyen d’en contrôler les dérives (mais les files d’attente), ou bien devons-nous préférer  un financement assurantiel, bismarckien, allemand, dominé par une logique contributive d’assurance sociale ?

Le système allemand met en œuvre également les vertus de la mise en concurrence des acteurs de soins : concurrence entre les caisses d’assurance-maladie, (dont le nombre est passé de 485 à 160),  l’usager ayant à choisir entre ces caisses, ou entre des caisses de statut  entièrement privé (c’est le choix de 9 millions d’allemands). Les caisses  remboursent tous les soins sur une base commune (couverture universelle) dès le premier euro, se retournant vers leurs abonnés pour moduler leurs cotisations en fonction du panier de prestations, leur demander d’adopter une démarche de prévention, restreindre parfois leur liberté de choix des professionnels, et  demandent à ces derniers  une démarche vertueuse de modération tarifaire, voire échangent un référencement contre cette modération tarifaire (effet prix-volume, je me vois assuré d’un grand nombre d’actes, et je peux modérer mes prix). La loi limite les possibilités d’installation des médecins dans les territoires sur-dotés.

Le système français est mixte, les prestations maladie sont prises en charge selon une logique assurancielle, et les prestations sociales sont régies selon le modèle de la solidarité-redistribution, et  sont plus généreuses qu’en Allemagne, mais  les systèmes convergent d’ailleurs vers moins de  cotisations sociales assises sur les salaires, et plus de « fiscalisation » selon les termes d’une étude du trésor français comparant les deux systèmes français et allemand * et **

*https://www.tresor.economie.gouv.fr/File/374396
**https://www.sowi.huberlin.de/de/lehrbereiche/mikrosoziologie/comppol/pubb/pdfs/EMI2009.pdf

On voit bien dès l’exposé des cadres qui régissent les systèmes de soins de nos voisins ce qu’ils pourraient nous apporter  pour répondre à nos problématiques françaises.

Les proches d’EM en matière de politique de santé (Jérôme Salomon), se sont emparés du constat que nous sommes un des pays où l’espérance de vie après 65 ans est la plus élevée, mais en revanche, chez nous,  la mortalité prématurée « indue » est la plus forte, ce qui pointe la prévalence forte des comportements à risque (30 % de fumeurs dans les classes d’âge les plus jeunes, contre 15-20 % chez certains de nos voisins).
Tout cela démontre  in fine, l’insuffisance des politiques de  prévention dans notre pays. Pour autant, les médecins ne peuvent être seuls tenus pour responsables de cet état de fait, si les pouvoirs publics ne  s’emparent pas du sujet pour mettre en place des mesures incitatives fortes (je ne parle pas de ne plus rembourser les dépenses en rapport avec les cancers du fumeur). Il faut mettre en place des « externalités » vertueuses autour du système de soins, en  même temps qu’il faut développer les actions de prévention chez les médecins et chez tous les acteurs de santé.

Comment faire ?

Empruntons aux anglais leur modèle de médecin traitant et rêvons un instant à la transposition chez nous, du système anglais du médecin de famille.
Votre médecin traitant vous recevrait en cas de besoin, bien évidemment, mais vous pourriez le joindre au téléphone pour tout ce qui ne nécessite pas une présence physique au cabinet. Souvent, plusieurs communications téléphoniques pour suivre un problème, en temps réel, éventuellement pour préparer une consultation, valent mieux qu’une consultation au cabinet, sur rendez-vous, décalée par rapport à l’évènement ou au besoin. S’il ne s’agit que de renouveler l’ordonnance, de regarder des résultats d’examens, cela peut se faire en interaction téléphonique ou sur « Skype ». S’il s’agit d’un vrai problème nécessitant une démarche clinique, votre médecin vous garderait au cabinet tout le temps nécessaire, débarrassé qu’il serait des consultations inutiles et ponctuelles qui encombrent sa journée. Il pourrait réunir quelques patients chroniques, pour faire de l’éducation thérapeutique, leur envoyer des informations sur différents supports, adaptés à leur problème de santé. Il pourrait se coordonner avec ses confrères spécialistes pour des formations à partir de cas cliniques, et pour des échanges sur les conduites les plus adaptées, qu’il  aurait le temps d’apprendre. Il pourrait se former, réfléchir à ses pratiques, fonctionner en réseau, convoquer un patient en bonne santé, pour parler de prévention, négocier avec un réseau de spécialistes pour organiser la meilleure interaction spécialiste-médecin traitant, par télémédecine, par exemple, visiter un service hospitalier pour discuter de ses relations avec les médecins dudit service ou de l’hôpital. Il serait plus flexible, plus réactif, plus proche de son patient, finalement, en développant toute une palette d’interactions avec son patient.

Il pourrait faire tout cela, car il n’aurait plus l’impression de perdre de l’argent en effectuant toutes ces tâches. Il serait libéré de la dictature de l’acte médical, qu’il faut multiplier à l’infini, prisonnier de la forme unique de consultation avec présence physique, courte et superficielle, destinée à répondre à un problème ponctuel, et qui empêche très surement de s’occuper de problèmes de fond et de prévention.

Payer les médecins traitants au forfait, entièrement, ce n’est pas pour autant la nationalisation de la médecine libérale. Tous les assurés auraient l’obligation de désigner un médecin traitant ou un groupe de médecins associés et de se soumettre à un  examen de prévention par an, au minimum. Le médecin se verrait verser un forfait de base, qui ne l’inciterait pas à multiplier les actes non nécessaires, mais à s’adapter finement aux besoins réels de santé de son « client-abonné », faute de quoi le patient pourrait s’affilier à un autre médecin ou groupe de médecins l’année suivante. Le forfait serait plus important en cas de présence de co-morbidité, ou affecté d’un coefficient en fonction du nombre d’actes médicaux délivrés à ce patient plus demandeur ou plus lourd, les interactions seraient  comptabilisées sous forme d’une introduction  CPS (carte de professionnel de santé) et carte vitale du patient, comme aujourd’hui, dans un boitier portable, mais sans paiement à l’acte, avec une seule télétransmission quotidienne, sans lien direct avec un  flux financier. Le Big data permettrait  d’étudier les comportements de consommation de soins, non induits par un système inflationniste, le paiement à l’acte, qui incite aujourd’hui à multiplier lesdits actes.  Le médecin se verrait délivrer une  étude de son profil d’interaction, du nombre d’interactions avec un patient, de tel ou tel profil, ce qui serait une puissante source d’évaluation de ses pratiques.  Les contrôles de l’assurance-maladie porteraient sur les patients aux interactions nombreuses et atypiques en regard de leur typologie.
Le médecin désirant travailler beaucoup aurait beaucoup d’affiliés, et s’il devient de ce fait moins disponible, les patients pourraient changer d’affiliation.

Bien évidemment, il y a des externalités dans ce modèle de la juste réponse à un besoin, la plus forte étant la pénurie de médecins et les déserts médicaux.  Dans un désert médical, un médecin à vingt kilomètres, pourrait débrouiller au téléphone, ou à l’aide d’un relais local, IDE, assistance de vie, un problème médical et le suivre pas à pas, diligenter des examens, une prise de sang, faire mesurer les constantes, tout cela chez le patient, si on peut dire, avant de lui faire parcourir des kilomètres pour venir consulter. Le patient ne viendrait pas consulter sans que le médecin connaisse le motif de la consultation. Le médecin ou un personnel fe santé aurait débrouillé le problème avant la consultation. Le médecin pourrait se préparer à cette consultation, qui le laisse souvent surpris et mal préparé par la nature de la demande de son patient.
Le tiers payant va de soi dans cette configuration, il est automatique.
Cette agrégation des émoluments du médecin, en fonction de ses effectifs d’affiliés et de la comptabilisation des actes pour les typologies de patients particuliers, serait payée intégralement par la caisse d’assurance-maladie, sans  intervention des complémentaires.
Le médecin « gate-keeper », ordonne l’interaction de son patient avec les « professions prescrites », que sont les spécialistes, avec lesquels il travaille, ou qui sont choisis par son patient, et qui, eux, continuent à être payés à l’acte, mais qui peuvent aussi contracter avec un réseau de médecins traitants, en adoptant, pour les patients de ce réseau,  un paiement forfaitaire, pour  les actes de conseil non inscrits à la nomenclature, télémédecine auprès des patients du réseau, conseils téléphoniques délivrés au médecin généraliste. Ce forfait leur serait alloué par le groupe de généralistes, pour les assister, sur un budget géré par le groupe de médecins traitants. Les spécialistes pourraient se grouper, sur le modèle des médecins traitants, en obtenant eux-même un financement forfaitaire mutualisé, contractualisé avec des médecins traitants, fonctionnant ou non en réseau de médecins, avec la même comptabilité que mentionnée ci-dessus, détachée du paiement, mais destinée à comptabiliser les actes non inscrits à la nomenclature, les actes de médecine innovante (télémédecine).
Les actes classiques de consultation à la nomenclature continueraient d’être payés comme actuellement. Gageons que le nombre de consultations de spécialistes, pour des motifs mal préparés, inutiles, diminueraient nettement en volume, car on pourrait y répondre par une interaction courte de type conseil téléphonique. Un transfert serait ainsi amorcé vers plus de paiement forfaitaire pour les spécialistes, pour développer les formes innovantes de médecine.

C’est donc clairement les modalités d’exercice des médecins généralistes, plus que le cadre de leur exercice qui les expose à une vraie souffrance, celle de conditions d’exercice sous-optimales.  Les maisons de santé sont-elles la panacée qu’on voudrait y voir, en permettant certes à un  médecin d’exercer dans un local aux normes, entouré de ses confrères, mais les consultations surchargées resteront surchargées et les interactions entre médecins, discussions de cas cliniques ne verront pas forcément le jour du fait de la promiscuité des cabinets de médecins.
Par ailleurs, ce qui manquera à ces maisons de santé, c’est la pluridisciplinarité et la présence des spécialistes disponibles à l’occasion d’un problème rencontré avec un patient (en temps réel) ou en différé, discussion à froid, à plusieurs, avec le spécialiste, pour apprendre de la résolution de ce problème et pouvoir l’assumer tout seul ultérieurement.
Si la maison médicale (quelques médecins dans une agglomération en comptant dix fois plus), devient la plaque tournante de cette multidisciplinarité, c’est bien, sinon, nous sommes dans la loi des rendements décroissants en allouant des ressources à quelques centaines de maisons médicales supplémentaires.

Les médecins des maisons de santé vont-ils assumer les urgences, dans un contexte de forte surcharge de leurs consultations chroniques, et alors qu’ils ont désinvesti de la prise en charge des urgences (qui est une spécialité) et quand on sait par ailleurs que c’est souvent une fausse sécurité d’être examiné par un médecin si on ne dispose pas d’un minimum d’examens complémentaires ( je tousse et j’ai 39°, il faut un dosage sanguin de CRP et une radio pulmonaire avant de commencer à raisonner, aujourd’hui). On a fermé de petits services d’urgence, car la prise en charge n’y était pas encadrée, allons-nous faire refluer vers la maison médicale les patients qui allaient autrefois dans ces petits services d’urgence de proximité ?

Pour autant, comment freiner l’arrivée aux urgences des hôpitaux ? demander aux patients de  téléphoner avant de venir, débrouiller le problème au  téléphone, avec un médecin urgentiste, responsable du tri, demander que le médecin traitant soit impliqué dans cette demande du patient pour se rendre aux urgences (pas sur le mode « allez, filez tout de suite aux urgences »),  et si c’est le cas, alors la décision collégiale médecin traitant et urgentiste expérimenté, permettra  de conseiller au patient un traitement d’épreuve, un examen fait en ville pour confirmer une hypothèse, évitant la venue aux urgences, tout en sécurisant la prise en charge conjointe de l’urgence, qui ne passera plus obligatoirement par la venue du patient aux urgences.

Parlons un peu de l’hôpital, pour s’inquiéter de la disposition du programme d’EM, qui consiste à « plafonner la T2 A à 50 % de la rémunération des dépenses hospitalières.

Ce 50 % nous rappelle furieusement les 50 % d’électricité d’origine nucléaire, exemple d’objectif au doigt levé, approuvé distraitement par le candidat et qu’on trainera ensuite comme un donné, une contrainte qu’on s’est imposée et qui limitera notre action.

Il faudra donc économiser 15 milliards d’euros sur le quinquennat sur les dépenses de santé, c’est un engagement fort d’EM, exprimé sous forme d’un écart sur une tendance. Je m’interroge sur cet usage peut-être un peu excessif  des « écarts attendus sur une tendance »,  et de la tendance à les considérer comme des économies budgétaires pérennes. Citons  les économies sur l’assurance-chômage, appuyées sur une baisse du chômage à 7 % en 2022, une sorte de réflexion tautologique, où la cause et l’effet attendu se renforceraient l’un l’autre, ce qui peut apparaître à d’aucuns comme un raisonnement pas forcément très robuste.

Il s’agit donc ici de l’économie de 15 milliards en « tendanciel » sur les dépenses d’assurance-maladie, lesdites économies sembleraient  découler tout naturellement, sans qu’il soit besoin d’en dire plus, d’une sanctuarisation de l’ONDAM à 2,3 %,  pour des dépenses dont la pente est à plus de 4 % actuellement.

Cette sanctuarisation de l’ONDAM serait  suffisamment rassurante pour qu’on puisse « se lâcher » en  empilant  des dépenses nouvelles, remboursement des frais d’optique et des prothèses (1,2 à 2,4 milliards d’euros), investissement de 5 milliards dans les hôpitaux,  embrigadement des étudiants en médecine dans une task-force pour la prévention, répandue dans les écoles, et abandonnant leur poste à l’hôpital et négligeant leur formation.

Tout cela, on pourrait le faire en se privant du seul outil de stimulation de la productivité desdits hôpitaux, qui est la T2A, qui fait se hérisser le poil de ceux qui ne « veulent pas qu’on gère l’hôpital comme une entreprise ».

Il faut donc plafonner à 50 % la tarification à la T2A, permettant ainsi aux hôpitaux publics de produire des soins beaucoup moins productifs pour la moitié de leur activité, pourvu que cette activité soit labellisée « mission de service public ».

Un séjour pour une appendicectomie portant ce label pourra ainsi coûter un tiers plus cher que dans une abominable clinique privée mercantile, orientée vers le profit, mais nous ne le verrons plus, grâce à ce voile vertueux d’ignorance.

On attend donc de la seule bonne volonté des acteurs de l’hôpital de raccourcir la durée des séjours, d’être en permanence sur le qui-vive pour obtenir en deux heures un avis d’un collègue spécialiste, ou un examen spécialisé, qu’on mettait deux jours à obtenir dans le temps majestueux des activités de service public, où il est malséant de compter. C’est ainsi que les bonnes idées exprimées par EM, qui indique que « Ce qui coûte très cher dans le système de santé ce sont les gens qui restent », et qui veut « faire un système où les gens restent le moins longtemps possible à l’hôpital », se trouvent un peu « suspendues », car on supprime en même temps le système de régulation qui donnait une visibilité et un levier sur le phénomène.

Notons d’emblée que les moyens proposés, à savoir  développer  l’ambulatoire et les prises en charge d’aval, avec des maisons de répit et de suite, ne disent rien de la façon de raccourcir et densifier les séjours, car ou bien le job est fait à l’issue d’un séjour hospitalier raccourci, au prix d’efforts de productivité, ou bien on transférera sur les soins de suite et services d’HAD une partie du processus de soins qui n’aura pas été fait à l’hôpital, et cela aura un coût.

A entendre certains lanceurs d’alerte de l’hôpital public, nous serions « à l’os » dans la réduction des dépenses hospitalières.
Pourtant,  nous dépensons 26,5 milliards d’euros de plus que les allemands en matière de dépenses hospitalières, pour une population moindre et avec moins de personnes âgées. Il y a 2750 établissements de santé en France contre 2084 en Allemagne. Il y a 1608 personnels hospitaliers pour 100 000 habitants en France, contre 1338 en Allemagne, mais en revanche, 8 lits hospitaliers pour 1000 habitants en Allemagne contre 6 en France. Un coût supérieur en France, pour une prestation inférieure, au moins telle qu’on peut l’appréhender sur l’indicateur du nombre de lits d’hospitalisation.

L’explication, c’est la taille moyenne des établissements, qui est en Allemagne de 323 lits, contre 154 lits en France.

Nous touchons là la pierre d’achoppement de la réforme hospitalière, notre exception culturelle « naître et mourir au pays » et nous entretenons des hôpitaux de proximité, qu’on investit de la noble mission de service public, c’est-à-dire de l’obligation de tout faire, dans toutes les disciplines, opérer, faire naître, hospitaliser, dans des unités, qui n’ont plus la taille critique, qui permettrait  un équilibre économique, et surtout, dont la sécurité de la prise en charge est défaillante.
Le critère de l’accessibilité aux soins a bon dos, c’est l’argument mis en avant pour retarder la fermeture de 150 blocs opératoires, dans autant d’hôpitaux publics, qui sont aussi des sujets épineux dans autant de circonscriptions, nourrissant le lobby des partisans du statu quo.

Dans une enquête de l’OCDE datant de 2011, les usagers allemands ne ressentent, dans leur immense majorité, pas de problème d’accessibilité aux soins hospitaliers, du fait de la fermeture d’un grand nombre d’hôpitaux de proximité, et de la nécessité d’un trajet plus long pour se rendre à l’hôpital (0.3 % de mécontents sur ce critère précis).

En vidant la T2A de son sens, on épargne aux petits hôpitaux d’avoir à s’adapter à de nouvelles modalités d’exercice, sur le modèle de ce qui est mis en place pour les urgences neurologiques : en périphérie, dans l’hôpital local, il y a un scanner, avec un manipulateur radio, pas même un radiologue, et un urgentiste, prenant en charge un patient atteint d’un AVC. A des dizaines ou centaines de kilomètres, il y a le centre d’expertise, qui reçoit les images sur un réseau, et diligente une expertise entre spécialistes d’imagerie, neurologues et neurochirurgiens du centre de référence, qui prononcera la décision de faire venir ou non le patient dans ledit centre de référence, et qui guidera la prise en charge locale.

Ce n’est pas dans le maintien à grands frais d’activités spécialisées dans des unités qui n’ont pas la taille critique qu’il faut chercher le salut des hôpitaux périphériques.

Ce n’est pas pas dans les conclusions du rapport produit par Olivier VERAN  sur « l’évolution du mode de financement des établissements de santé », mandaté par Marisol Touraine *** qu’il faut chercher un discours disruptif avec nos moeurs hospitalières actuelles.

***http://strategique-sante.fr/wp-content/uploads/2016/05/rapport-detape-T2A.pdf

La centralité institutionnelle d’Emmanuel Macron

Se mettre en marche, c’est partir de quelque part. On peut venir de la droite et du centre, c’est le nom que j’ai donné à mon blog, en même temps que d’autres font  un chemin symétrique, venant de la gauche sociale-libérale, ou même de plus loin. Dans tous les cas, il s’agit de converger vers un nouveau centre, qui n’aurait plus cette image floue et confuse, de groupement d’opportunistes, de force d’appoint attendant de voir comment le vent va tourner, de « marais », de « citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la division droite-gauche,  par volonté claire de ne pas se laisser embrigader ou par impuissance à se déterminer ? » (René REMOND).

Ce que nous voyons clairement, c’est que le mouvement En Marche acquiert une véritable « centralité institutionnelle », laissant une chance aux héritiers de François Guizot de construire une nouvelle sensibilité, composite, et d’en choisir les matériaux, libérale en économie, pour gonfler nos voiles au grand vent de la globalisation, mais étatiste, car le marché ne peut pas tout, et il faut protéger les citoyens, national, car il faut se sentir appartenir au pays, mais européen, car c’est notre horizon incontournable.

Ce chemin, fait d’équilibre entre des contraires, est moins lisible pour bien des français que les propositions tranchées des autres camps. Il reste à les convaincre de la gravité des enjeux (1) et du caractère impraticable des autres choix auxquels pourrait être confronté le pays. Imaginez le dilemme d’avoir à choisir entre Hamon-l’utopiste-surpris-d’être-là-les-yeux-écarquillés-comme-un-lapin-dans-les-phares-d’une-voiture, ou les nationaux-d’abord-on-est-chez-nous-sortons-de-l’euro-point-barre ? Ou entre  les sus-nommés et Fillon-les-casseroles-mon-programme-quand-on-le-regarde-d’un-peu-plus-près-il-était-déjà-impraticable-avant-mes-ennuis-alors-maintenant-n’en-parlons-plus.

L’alignement des planètes auquel nous assistons pour EM va-t-il conduire les marcheurs à une trop grande confiance en un choix des français par défaut ?

Au sein même du mouvement, au centre, il y a Emmanuel Macron. C’est la pierre d’angle. Il met sur la place publique sa délibération personnelle, et on le voit  chercher les symboles qu’il pourrait choisir pour parler de lui aux français, puisqu’en même temps, l’idéologie de son mouvement, il la construit devant nous.

Il est le premier des candidats à l’élection présidentielle à répondre à l’invitation d’Emmanuel Laurentin pour évoquer les références historiques qui nourrissent son action (2). Il n’a pas eu besoin de lire « l’histoire de France pour les nuls », comme l’avait fait François Hollande, surpris par un photographe, plongé dans cette lecture, sur un bateau pneumatique (justifiant le qualificatif de capitaine de pédalo dont devait l’affubler Mélanchon).

Emmanuel Macron avait déjà semé des petits cailloux, antérieurement, par ses propos sur le corps du roi et sa visite à la basilique de Saint-Denis, son dialogue silencieux avec les transis, alors qu’il venait lui-même de sacrifier le corps du monarque républicain. On se souvient de la visite à Jeanne d’ARC, à Orléans. On connait  ses déclarations hasardeuses sur le crime contre l’humanité de la colonisation, en Algérie, comme pour faire pendant  à ses déclarations antérieures sur les retombées civilisatrices de celle-ci, qui ne valaient pas quitus pour en endosser les aspects négatifs. Et toujours, c’est au sein de belles phrases bien balancées  que les malveillants vont extraire des citations sorties de leur contexte.

Discours brillant et convainquant, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, bien au dessus de ce qu’aurait sans doute produit François Fillon, qui apprend par cœur la liste des rois de France, ou de la polémique sur les gaulois ou la princesse de Clèves d’un ancien président. N’empêche que le discours sur le dépassement souhaité par EM entre d’une part le déni des crimes passés et le repli sur une identité fantasmée, et d’autre part la  repentance et l’abandon de notre identité par haine de soi, ressemblait bien à une manœuvre de correction de trajectoire d’un artilleur dont le canon aurait fait quelques dégâts collatéraux.

Il a manqué l’occasion d’endosser l’habit de la fonction à laquelle il aspire, avec nos amis algériens, qui ne demandaient pas qu’on emploie ce terme de crime contre l’humanité, mais dont il ne connaissait pas l’agenda : demande de reconnaissance des retombées malheureuses des essais nucléaires français au Sahara, et autres sujets très concrets qu’il eût fallu connaitre avant de rendre visite aux dirigeants algériens.

Emmanuel Macron est encore dans la délibération du philosophe. Il lui faut maintenant tenir un discours plus prudent et plus sobre d’aspirant à la fonction de monarque présidentiel, passer de la délibération au discours d’action. Se faire un peu plus rare, préserver une part de mystère (relire Balthasar GRACIAN)  ?  « il ne faut pas se piquer également d’habileté avec tous, ni employer plus de forces que l’occasion n’en demande. Point de profusion, ni de science, ni de puissance »

Certes, on ne peut pas dire qu’il n’agit pas, avec une audace extraordinaire et réjouissante, mais il ne faut plus trop se regarder avec satisfaction et commenter sans fin sa réussite,  dans la communion de ses fidèles, en employant la forme du nous, «notre mouvement». Il faut maintenant parler en direct aux français, les yeux dans les yeux, et tenir un discours plus carré.

Il s’active à décrire sa vision pour le pays, et c’est une belle fresque qu’il a produite dans son ouvrage,  » Révolution ».

Il a mandaté Jean Pisany-Ferry pour se donner un cadre budgétaire intangible, auquel on ne saurait déroger, et c’est un succès, à quelques détails près.

Il a lancé un mouvement pour construire un programme, qui semble ne pas lui appartenir totalement dans ses résultats, à l’issue d’un  dialogue avec des milliers de citoyens, consultés sur le pas de leur porte, ou dans des comités de travail locaux, et des collaborations d’experts -500- nous dit-on, pour mettre en forme un projet.

C’est le terme de projet qu’il semble vouloir employer plutôt que celui de programme, semblant manifester une certaine prise de distance avec cette feuille de route ?  Un programme, c’est le travail de l’entourage, c’est le produit d’une dynamique, qu’il ne faut pas décourager, certainement. Il le fallait, ce document sur papier glacé, et ses strophes et litanies bien scandées.

Ce document, on le voudrait parfait, car nous sommes convaincus du bien-fondé des intentions, des logiques sous-jacentes, de la vision d’avenir qui le nourrissent.

Hélas, on ressent un certain malaise à la lecture de ce qui pourrait ressembler à un catalogue dont on ne verrait pas les lignes de force.

Il faut ramasser tout cela en quelques points-clefs bien compréhensibles par les français, et ne pas tenir mordicus à des aspérités sur lesquelles vont se fixer tous les malveillants. Un projet est toujours perfectible, François Fillon nous en donne l’exemple avec son rétropédalage sur la sécurité sociale.

De quelle position, d’où lisons-nous le programme d’En Marche, nous les sans-grades ? De notre poste de vie, de notre territoire, dont nous sommes les experts, expertise citoyenne revendiquée depuis longtemps dans ce blog.

Depuis notre petit poste dans la société, dans notre petit secteur, nous pouvons ne pas percevoir, ici et là, que les propositions retenues dans le programme d’EM « adressent » complètement les problèmes et prennent en compte les lignes de force qui traversent la société.

Nous sentons les limites de la composition des membres de  l’entourage, qui ont produit les  propositions qui leur tenaient à coeur, en matière de transition énergétique, en matière  d’éducation(, de santé (3,4,5). Nous percevons un biais d’orientation du programme, que seule une consultation élargie de toutes les forces vives du pays pourrait corriger.

Nous pensons au conseil de BOILEAU « cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ».

Pour ce faire, il faudrait une sorte de révolution copernicienne, en continuant la consultation  une fois le programme finalisé. Ce qui serait au centre, ce serait la démarche citoyenne d’appropriation du programme à travers une critique constructive,  à l’opposé de la sanctuarisation du programme comme chose achevée et parfaite. Cela serait l’aveu implicite de son imperfection, mais aussi la manifestation du désir d’EM de progresser sans cesse, de ne pas s’arrêter, d’associer tous les citoyens de bonne volonté.  Rester En Marche.
EM n’a pas besoin de ralliés, mais de participants.

Un forum accessible à tous, pas à travers ces « fils » pour initiés, sur TELEGRAM, qui s’entremêlent comme du fil de pêche, tellement ils sont nombreux et confidentiels.
Un forum public où tous  les citoyens pourraient proposer leurs analyses, cela dans le cadre intangible de quelques lignes de force  fortes et définitives, bien lisibles.

Laisser enrichir le programme, l’infléchir et ne pas mener une guerre de tranchées sur un catalogue comportant des choses importantes et des choses futiles ou non pertinentes, mais tenir fermement sur les options essentielles.

Ce serait  une nouvelle façon de faire de la politique,  la démocratie délibérative, explosant le plafond de verre des proches et des experts, la fin d’une hypocrisie sur « Le Programme », dont on sait que c’est un objet bien imparfait, mais néanmoins qu’on va défendre pied à pied, et qui n’est, en dehors de quelques points importants, qu’un support de communication, qui permet seulement d’occuper la posture de la conviction véhémente, d’avoir réponse à tout, quitte à le jeter après usage, en s’empressant de le trahir.

Action résolue sur les choses incontournables, délibération et recul  du candidat, sur les choses perfectibles, opération vérité sur les limites de l’action d’un président, qui ne peut pas tout connaître et tout maîtriser dans un programme de gouvernement. L’aveu de la fragilité de l’homme politique, à la tête d’un mouvement, à l’opposé de l’Hubris qui mène à leur perte ceux qui se sont baricadés, dans leur campagne et dans leur conviction de forcenés.
 » Dureté et rigidité sont compagnons de la mort. Fragilité et souplesse sont compagnons de la vie. (Lao-Tseu)

Prendre le risque d’une petite phrase, certes, « le président ne peut pas tout connaître » (mais il  a le désir de progresser),  qui  serait bien différente du  » l’état ne peut pas tout », (et il baisse les bras),  qui fit perdre Lionel Jospin.

C’est un risque à  prendre  pour un candidat,  par ailleurs totalement déterminé et parfaitement au clair sur les choses essentielles. Emmanuel Macron est suffisamment brillant pour mener l’exercice à bien, guidé par la phronesis de ses maîtres philosophes.

Humilité et vérité devant les français.

Je discute  les orientations du programme, donc, comme un petit marcheur, assis devant mon ordinateur, dans la posture du soutien critique.

Pour commencer par l’école, tout d’abord,  il faut dire qu’on a envie de dépasser le clivage droite-gauche et les positions idéologiques sur l’école, entre les conservateurs de droite,  tenants des apprentissages fondamentaux, lire-écrire-compter, plus le récit national, et les idéologues de gauche pour lesquels le salut de l’école viendra des recrutements d’enseignants (les 60 000). Emmanuel Macron en a fait un marqueur de son programme, avec les 12 élèves par classe dans les ZEP.

Or, ce n’est manifestement pas un déficit de moyens qui peut expliquer que 20 % des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à la sortie de l’école primaire, puisque la France reste le pays où les fondamentaux, français et mathématiques bénéficient de la plus forte dotation horaire, 37 % du temps pour la lecture, contre 22 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, et 21 % pour les mathématiques, contre 15 % pour l’OCDE.

Le CNESCO, conseil national d’évaluation du système scolaire vient de livrer les conclusions de la conférence de consensus qu’il organisait. Conclusion des travaux, «après trente ans de travaux, nous n’avons pas assez d’éléments convergents entre la taille des classes et les résultats des élèves» (Nathalie MONS, citée dans Le Monde (6)

Les préconisations retenues par le CNESCO,  ce sont : la personnalisation de l’enseignement, l’identification des enfants à risque, pour mettre en place une pédagogie personnalisée, la création d’un poste «d’enseignement des fondamentaux», qui suivrait les élèves tout au long de leur cursus, le tutorat par les pairs, à la japonaise, élèves plus âgés, expliquant aux plus jeunes, bénéfique pour celui qui explique et pour celui qui crée un lien avec le plus ancien, (développement du collectif à l’école) et surtout la formation professionnelle des professeurs des écoles.

Le programme d’EM apparait inspiré par la loi de PARETO des 80/20, mettons des moyens sur les ZEP, où sont 80 % des problèmes, mais cette analyse n’est pas pertinente, car il y a des enfants en difficulté dans toutes les classes, dans tous les milieux. On laisse ainsi entendre que la ségrégation scolaire est un fait acquis, et qu’il ne faut faire porter l’effort que sur des classes-ghettos.

Et que dire des 80 % d’enfants autistes qui ne sont pas même scolarisés ?

Le père de cinq enfants que je suis, très éphémère responsable de la FCPE dans le lycée d’une de mes filles pendant quelques mois, il y a deux décennies, ayant suivi un peu le sujet, avec une lecture des médias, quelques clicks sur internet, et quelques posts sur le sujet dans ce blog (7,8), perçoit l’insuffisance des propositions d’EM sur l’école, du point de vue de son poste de vie de parent d’élève, et questionne les  experts qui ont concocté la recette de son programme.
Et s’ils descendaient dans l’arène et venaient s’expliquer ?

Sur la transition énergétique, maintenant, je voudrais essayer d’y réfléchir après avoir écouté studieusement la présentation de Corinne LEPAGE à ORSAY, entourée de deux professeurs et d’un membre du CEA, (intervenant à titre privé).

Je me rappelle une émission de C dans l’air sur la fermeture de la centrale de FESSENHEIM, où Corinne LEPAGE était opposée à Jean-Marc JANCOVICI, deux protagonistes mentionnant à peine  leurs conflits d’intérêt, la première défendant en tant qu’avocate les collectivités locales riveraines de FESSENHEIM, et l’autre travaillant pour l’industrie nucléaire  (9 ) Le débat à l’époque m’avait semblé un peu surréaliste. Le grand tremblement de terre de Bâle en 1356, était cité par Corinne LEPAGE comme une épée de DAMOCLES sur la pauvre centrale. J’avais fait une petite recherche sur WIKI, et j’avais noté que ce grand séïsme avait  fait débat quant à sa magnitude, 6,2 pour les français, 6,8 pour les allemands. Il aurait détruit quelques châteaux, et la ville de Bâle. Il y a des discussions sur l’orientation de la faille, qui semble moins menaçante pour le site où est implanté la centrale. Cette évaluation du risque (la centrale résisterait-elle à un séïsme (millénal ?), d’une telle amplitude, et peut-on chiffrer la probabilité d’une telle occurrence pendant la décennie ou un peu plus de durée de vie « normale » de la centrale ? Ce n’est pas ce genre de débat rationnel qu’avaient les protagonistes.
Autre débat de l’époque, le coût de fermeture d’une centrale nucléaire, quelques centaines de millions pour Marc Jancovici (à l’époque), quelques milliards pour d’autres. S’il fallait fermer FESSENHEIM de toute urgence, on aurait vite consommé les cinq milliards consacrés à la transition énergétique, sans avoir avancé d’un pouce.

Il m’avait également semblé que la promesse de campagne de François Hollande de faire passer la proportion d’électricité produite par l’énergie nucléaire de 75 à 50 % n’était pas sérieuse, préparée au doigt mouillé. Un ancrage initial non pertinent, aurait-on pensé, et maintenant que nous voyons que nous n’avons même pas pu fermer la centrale de FESSENHEIM, nous pourrions faire les ajustements nécessaires pour corriger cette erreur d’appréciation.
Ne pouvait-on faire au moins comme nos amis suisses, qui s’orientent vers la dénucléarisation, et qui pensent que les centrales doivent aller jusqu’au bout de leur temps de vie, sous un contrôle strict des autorités nucléaires. Et bien non, Corinne LEPAGE nous dit que la loi de transition énergétique et écologique d’août 2015 est une bonne base, sur laquelle il faut s’appuyer.

Nous commençons à avoir une idée de ce que coûterait la dénucléarisation de la production d’énergie dans toute l’Europe (10), quelque 225 milliards d’euros, C’est un projet centennal.

Quant à EDF, l’estimation du coût de la mise en conformité avec la loi de transition énergétique et écologique, qui sanctuarise les 50 % de production d’énergie électrique d’origine nucléaire, est  largement sous-estimée dans les chiffres officiels fournis par EDF. Elle  serait de l’ordre de 100 milliards à l’horizon 2030) (11)

Par ailleurs, il y a plus de cinquante centrales nucléaires en construction dans le monde, et nous avons une filière industrielle capable de produire les centrales les plus sûres au monde (après quelques aléas).

Enfin, il est nécessaire de créer une filière de démantèlement, qui fera besoin. Est-ce trop demander de donner une perspective à cette filière, plutôt que de passer son chemin en se bouchant le nez ?

Si nous voulions dénucléariser notre production d’énergie, il nous faudra de toute façon une source d’énergie permanente, associée aux énergies renouvelables, intermittentes. Même si nous voulions que la part de ces énergies renouvelables, 7 % au niveau mondial, monte à 17 ou jusqu’à 30 % un jour, il faudra une source de production constante (créer des centrales à charbon ?). Il est intéressant d’aller en Allemagne et en Suède, voir les difficultés de la transition énergétique, le coût colossal investi dans cette transition, 28 milliards d’euros par an pour l’Allemagne, sans avoir progressé beaucoup vers la décarbonation et avec un coût du KWH à 30 centimes d’euros contre 15 chez nous.

Pour le dire brièvement, nous n’avons pas les moyens de décarboner et dénucléariser en même temps notre production d’énergie. Ce qui est urgent, à l’horizon d’un quinquennat, c’est de lutter contre le réchauffement climatique.
Nous avons un budget un peu serré pour ce faire (5 milliards).

Investir dans les énergies renouvelables ? et  faire payer aux abonnés locataires des appartements HLM et aux entreprises, de par l’augmentation des tarifs de l’électricité,   les installations solaires des pavillons, en subventionnant  les installations des CSP + propriétaires de leur toiture ?  Notre budget n’est pas à la hauteur des enjeux et le résultat de 5 milliards d’euros investis dans cette aventure  serait epsilonesque.

Ou bien faire de l’isolation des logements une grande cause nationale, puisque nous savons qu’il y a entre l’Allemagne et la France, un différentiel de près d’un tiers dans la note moyenne de chauffage du simple fait du retard dans l’isolation des logements dans notre pays.
Alors, faut-il faire porter la charge des travaux d’isolation aux propriétaires immobiliers, les méchants rentiers ? Il ne nous a pas échappé que la disposition de la loi pour la transition énergétique et écologique d’août 2015, qui obligeait ceux-là à isoler leur habitation a été retoquée par le conseil constitutionnel.

On en vient donc à considérer le problème du logement dans notre pays, retracé dans un article récent du Monde (12), pénurie de logements, limitation de l’accession à la propriété pour les jeunes générations.

Et on se penche à nouveau sur les méchants rentiers propriétaires immobiliers, et on consulte un travail de la société FIDAL, de 2014 (13), qui pointe que la fiscalisation d’un investissement immobilier de 200 000 euros, exemple utilisé, par un accédant à la propriété, est fiscalisé sur les dix ans de cet investissement, à hauteur de 56 %, contre 26 % en Allemagne, tous types de prélèvements fiscaux inclus. Quant à un propriétaire qui aurait la mauvaise idée de louer deux ou trois appartements qu’il posséderait, voire plus, il serait de plus  soumis à l’ISF, dont le principe est de fiscaliser la détention des actifs, et non pas les flux financiers qu’on en retire, archaïsme que nous sommes seuls à maintenir en Europe. Et si on ajoute à cela la taxation des revenus du capital, qui serait fixée à 30 % et qui viendrait s’ajouter (?) à la taxation précédente ? Je ne suis pas concerné, mais je me mets à la place d’un vilain investisseur-rentier, et je me dis que ce n’est pas demain que je ferais isoler mes logements. Le dispositif est même clairement désincitatif.

J’ai donc sagement écouté les professeurs et Corinne LEPAGE, dont je ne sais pas si elle représente, pour EM, l’évangile et ses prophètes en matière de transition énergétique, mais je n’ai rien entendu de toute cette problématique dans cette longue présentation.

Et puis, si on quitte ces deux exemples de politique sectorielle, c’est surtout, me semble-t-il, en matière d’arbitrages budgétaires entre politique de l’offre et de la demande, qu’il faut infléchir le programme et clarifier les enjeux, car c’est la condition sine qua non  de l’atteinte des objectifs de réduction du taux de chômage à 7 % en fin de quinquennat.

L’arbitrage qui semble s’imposer,  c’est de pousser les  feux sur  la reconstitution de l’appareil productif, la reconquête industrielle, et se fixer une ligne minimale pour la politique de la demande, qui serait le maintien du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, une sorte de statu quo en somme, avec des mesures ciblées sur les plus faibles.

Cette ligne minimale ne sera acceptée par  les français que s’ils comprennent le grand dispositif de stimulation de la croissance qui la justifie, et les bénéfices qu’on peut en attendre à terme. Ouvrir plus grandes  les vannes de la redistribution ne ferait que pousser les français à acheter les produits de nos concurrents.

Nous sommes instruits par l’expérience de 1983, où nous avions creusé nos déficits en distribuant du pouvoir d’achat aux citoyens qui ne pouvaient que se tourner vers les entreprises étrangères, du fait de l’insuffisance de l’offre du système productif français. On nous parle depuis des années du décrochage de compétitivité de nos entreprises, qu’on ne résoudra pas seulement par une réduction du coût du travail, mais par un investissement massif pour agir sur la compétitivité « hors-prix », montée en gamme, innovation, économie du savoir et de la technicité.

Cet investissement nécessite une orientation délibérée des ressources budgétaires disponibles vers ces investissements. Ce que nous avions retenu  du cadre budgétaire global,  inspiré par Jean Pisany Ferry, c’est qu’il laissait des marges de manœuvre, précisément, dans le respect des engagements européens.

J’avoue être effrayé par le catalogue des «mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs», qui sont de facto, de pures mesures de dépense fiscale, qui fleurent l’électoralisme le plus débridé. J’essaie d’en trouver qui aient du sens, dont on puisse attendre quelque chose en retour.

«Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires». Veut-on en faire une incitation à « travailler plus », et alors les employés qui joueraient le jeu seraient gratifiés par cette exonération ? Est-ce une incitation aux gains de productivité des employés, qui pourraient considérer comme avantageux le fait de dépasser le cadre des 35 heures et  cette incitation fait-elle besoin, plus encore a-t-elle du sens, au titre de mesure isolée ? Est-ce une pièce dans un dispositif de réduction du coût du travail, pour les heures supplémentaires au-delà des 35 heures, dont on voudrait diminuer le coût, puisqu’on ne veut pas toucher à la durée légale du temps de travail ? Mais alors, il faut en faire bénéficier aussi les employeurs.

Dans le même temps on prétend vouloir renvoyer aux négociations de branche la possibilité de « banaliser » les heures travaillées entre 35 et 39 heures, ce qui pourrait aboutir à supprimer le taux de majoration de 10 % entre 35 et 39 heures et finir de contourner les effets pervers des 35 heures sur le renchérissement du coût du travail. Point ne serait besoin de diminuer les cotisations sur ces heures supplémentaires.

Le dispositif Sarkozy, en somme, moins la défiscalisation, alors qu’on a glosé sur ce cadeau fiscal aux insiders de l’entreprise, sans effet bénéfique pour les entreprises et pour l’activité, et qu’on qualifiait de gaspillage d’argent public.

« Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs, sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs, Nous réduirons les cotisations payées par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires : près de 500 euros supplémentaires nets par an pour un salaire de 2200 euros nets par mois !

 « Nous augmenterons le pouvoir d’achat des ouvriers, des employés et des salariés les moins bien payés. Tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent  d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois. »

 « Nous ouvrirons les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent.

Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. En contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations ».

On entend dans cette énumération une coûteuse et résolue politique de la demande, sans qu’on puisse entrevoir autre chose qu’une aggravation du poids de la dépense publique, alors qu’on veut en même temps faire entrer le financement des indemnités du chômage dans le budget de l’état.

A cela, on doit ajouter la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. C’est l’état qui prendrait le relais – en augmentant la dotation des collectivités locales ? Où est l’incitation des élus à maîtriser leurs dépenses, s’ils n’ont plus à redouter la sanction des urnes, devant des électeurs devant qui il suffira de prétendre que c’est l’état qui serre les cordons de la bourse. L’état finance et n’a pas le pouvoir d’orienter les dépenses des collectivités locales vers l’investissement et non pas vers le fonctionnement et l’entretien d’un collectif de fonctionnaires territoriaux pléthorique. Où est le reste du dispositif, qui a l’allure d’une reprise en main, étatiste, mais qui, faute d’aller jusqu’au bout d’une logique de clarification des objectifs, porte le risque d’un enlisement de la puissance publique ?
Tout cela aurait un très fort «coût d’opportunité» (ce que nous gagnerions en pouvoir d’achat nous le perdrions en marges de manœuvre budgétaires pour favoriser la croissance).

Il y a certainement de brillants esprits, « business-minded » qui ont passé au crible d’une évaluation économique beaucoup de ces mesures : quel objectif, quel retour sur investissement attendu, quel effet systémique, quelle priorité, quel calendrier, quelle interaction avec le cadre budgétaire global. Le petit marcheur que je suis maintenant, n’en perçoit pas grand-chose.

Et surtout, après cette profusion sur les travailleurs, pas grand-chose sur les « outsiders », les hors-système, les fragiles, les handicapés, les parents d’enfants autistes,  les sécessionnistes des quartiers, pas grand-chose  pour leur donner espoir, et rien pour leur tracer une perspective. Rien sur les territoires abandonnés, les petites villes comme ALBI, décite, le coeur serré par un journaliste du New York Times (14).

Emmanuel Macron ne devrait pas mettre sa main à couper pour défendre la pertinence de toutes les mesures de son programme. Il devrait rester En Marche !

  1. Le monde des Idées du Samedi 11 mars « la tentation centriste » de Gérard Courtois
  2. https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/limaginaire-historique-demmanuel-macron
  3. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/?s=sant%C3%A9+
  4. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2014/02/16/reduire-les-depenses-de-sante/
  5. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/03/Le-bilan-du-President.pdf  La réforme des hôpitaux
  6. http://lirelactu.fr/source/le-monde/05333793-0036-4d9f-b413-7e29b60df687        Le Monde du jeudi 9 mars  » Les fondamentaux à l’école à l’heure du débat »
  7. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/2015/08/31/les-chemins-pour-lecole-dalain-juppe/   Le projets pour l’école d’Alain Juppé
  8. http://lescitoyensdeladroiteetducentre.fr/wp-content/uploads/2012/01/Apprendre-sa-vie-durant.pdf   Apprendre sa vie durant
  9. https://www.youtube.com/watch?v=R5UX_cMnT-I
  10. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  11. https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021816207151_nucleaire—l-enorme-cout-de-la-fermeture-des-centrales-en-fin-de-vie.htm
  12. http://lirelactu.fr/source/le-monde/a410f3ad-a5d8-4a2d-aba4-25cecd703
  13. http://fpifrance.fr/fr/content/etude-fidal-sur-la-fiscalite-immobiliere-en-europe-rapport-complet
  14. http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/01/2526907-new-york-times-prend-exemple-albi-illustrer-lente-mort-centres.html

Le programme d’Emmanuel Macron

Je n’ai pas voulu l’étudier, mais laisser venir à moi les commentaires, pour laisser une chance à une information qui ferait saillie. J’ai entendu des bribes, quelques chiffres, 60 milliards de réduction des dépenses publiques, 15 milliards à trouver sur l’assurance-maladie, rien sur la retraite, sinon un concept de retraite à points, ce qui fera l’objet d’une longue transition, bien au-delà du quinquennat, si cela doit être mis en place, (mais qui ne se traduira pas par une économie pendant la durée du quinquennat, et c’est probablement une faiblesse du programme), une réduction raisonnable, de 120 000, du nombre de fonctionnaires, le déficit maintenu dans les 3 %, une réduction du taux de la dépense publique vers 50 % du PIB sur le long terme. Enfin, 50 milliards d’investissements,  et dans la ligne de mire, un taux de chômage à 7 % en 2022 , objectif qui serait compatible avec ce cadrage budgétaire,  mais qui n’en découlera pas mécaniquement.
Un cadre budgétaire qui laisse des marges de manoeuvre pour des actions résolues sur l’économie, et qui va aussi loin qu’on peut dans le cadre de nos engagements européens (3% de déficit), pour éviter les effets récessifs d’une trop grande rigueur, tout en prenant le risque d’un alourdissement de la dette.
Au total, un projet raisonnable, mais dont on entend dire déjà qu’il lui manque une cohérence interne, ici où là, et qu’on puisse douter du montant de réduction de dépenses authentiquement obtenu si l’on ne touche pas aux retraites (Agnès Verdier Molinié), mais qui dans l’ensemble, n’offre pas d’aspérités particulières, et ne condamne pas la société française à rentrer dans le corset de l’ultra-orthodoxie budgétaire à la Fillon, dont on doute fortement qu’il puisse  atteindre automatiquement, de par son « extrêmisme », ses objectifs de « faire de la France la première puisssance économique européenne », dont on doute qu’il soit accepté et dont on craint qu’il ne mette les français dans la rue, et enfin dont on conteste qu’il soit  la seule et unique voie pour sortir le pays de l’ornière, ce qui serait déjà un objectif intermédiaire. Là où le programme de F Fillon ne dépare  pas la collection des programmes utopiques-apocalyptiques  des candidats de gauche et d’extrême-droite, le cadrage budgétaire de EM semble ne pas insulter l’avenir.

Reste à voir le contenu de ce programme, dans ce cadre budgétaire, qui s’est donné des marges de manoeuvre, limitées néanmoins, et dont les dépenses  doivent de ce fait, être soigneusement pesées, et lisibles. Il faut faire des arbitrages, certainement, privilégier une politique de l’offre et de stimulation de l’économie (It’s economy, stupid), choisir soigneusement les mesures de redistribution, peu nombreuses, à fort contenu symbolique, et à ce titre plus crédibles  qu’un empilement à la Prévert de promesses électorales tous azimuts. La redondance des promesses et leur excès tuent les promesses.  Pour  chaque dépense fiscale, il faut peser soigneusement le besoin et la souffrance sociale que représenterait le fait de ne pas la faire.

EM est « le candidat du travail ». Pour autant, les mesures macro-économiques d’amélioration du pouvoir d’achat pour les insiders, doivent faire l’objet d’une analyse marginale :

Quel est le gain marginal pour les bénéficiaires ?  un petit plus en termes de pouvoir d’achat, pour une classe moyenne de gens en place, dans l’emploi, pour lesquels on ouvre la boite de pandore de la défense de leurs intérêts, sans leur donner la perspective de pouvoir adhérer à un programme qui privilégierait l’intérêt public et la justice sociale, et qui arbitrerait en faveur des outsiders, pour favoriser le retour à l’emploi. Certes, le pouvoir d’achat des français a faibli dans la période récente, mais seuls 37 % des personnes sondées désirent en faire un sujet central dans la campagne présidentielle ( et probablement pas les électeurs qui s’apprêteraient à voter pour EM), à l’opposé du chômage, qui est Le sujet.
Quelle méthode doit-on employer pour améliorer le pouvoir d’achat ? Distribuer à toutes les catégories de la dépense fiscale (les cadeaux), dont les français savent que nous n’en avons plus les moyens, où asseoir les baisses d’impôts ou de charges sur des économies ?
Le coût marginal d’une politique privilégiant fortement la demande, dont les insiders de l’emploi seraient les principaux bénéficiaires, serait donc sévère, du fait des sommes considérables en jeu, saupoudrées sur un grand nombre, peu significative pour les bénéficiaires et pas décisives pour les convaincre, sans autre logique que celle de cadeaux, et donc soumise à la suspicion du calcul électoral. Le coût d’opportunité (nous sommes dans un jeu budgétaire à somme nulle), serait considérable, car cela condamnerait aux mesurettes pour les outsiders, qui aspirent au retour à l’emploi et à une vie décente.

Au contraire, laisser à voir qu’on privilégie l’intérêt public, et que c’est la seule logique sous-jacente à un programme, c’est se donner la chance de rallier l’électorat de droite en déshérence,  qui a  horreur du  « spend » laxiste et irrésolu des politiques budgétaires  de gauche.

Ces électeurs, qu’il faut rallier, pourraient voir dans le programme d’EM une  filiation hollandaise  et un marqueur du fait que EM n’aurait pas dépassé le clivage gauche-droite. Ce n’est que sur un programme solide et transpartisan que pourront s’effectuer ces ralliements, à un homme montrant qu’il est ce qu’il prétend être : « pragmatique ».
C’est donc l’inquiétude qu’on pourrait avoir en entendant  Emmanuel Macron proclamer que «c’est une erreur de penser que le programme est au cœur de la campagne».  Au contraire,  le cadrage budgétaire doit nous être  présenté pratiquement comme une contrainte extérieure, un donné avant toute réflexion sur la future action gouvernementale, un cadre qui entravera le moins possible la liberté du futur président, le plus résilient possible en cas de difficulté imprévue. Il doit être la manifestation incontestable du principe de réalité.
Cet objet qui se voudrait sans doute modeste et  réaliste, ouvre néanmoins à  une interprétation contrastée chez les premiers commentateurs :
Mathieu MUCHERIE *, économiste de salle de marché, sur le site ATLANTICO, emploie le qualificatif d’ « homéopathie fiscalo-sociale« . Pour lui, ce cadrage témoigne de l’absence de volonté d’Emmanuel Macron de faire quelque réforme que ce soit, et nous serions repartis dans l’attente d’un cycle économique favorable, ou d’un rattrapage conjoncturel, sur le modèle de son mentor François Hollande.
On peut signaler quand même que les prévisions de croissance sur lesquelles est assis ce cadrage, 1,4 % pour 2017, ne sont pas d’un optimisme excessif. Mathieu Mucherie est pessimiste, constatant que les fondamentaux de l’économie française sont très dégradés, que nous ne sommes pas à l’abri d’une crise de la zone euro et que les prévisions de croissance pourraient bien se trouver largement invalidées, et atteindre 0,8 %. Il signale au passage que le taux de réduction de la dépense publique de 3 % sur le quinquennat n’est pas suffisant pour nous faire revenir dans la moyenne de la zone euro (il faudrait 5 à 6 %).
Il faudrait selon lui, des actions plus résolues, aller à Francfort demander une dévaluation de l’euro, et poursuivre, voire accentuer la politique accommodante de la BCE. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette proposition, peu réaliste, dans un contexte où l’euro est faible pour l’Allemagne, avec ses 8 % d’excédents commerciaux, mais fort pour la France. D’abord les efforts sur la compétitivité, avant de demander quoi que ce soit à l’Allemagne, semble dicter le réalisme.
On se souvient des candidats qui porteraient le fer à la commission européenne, et qui renégocieraient le traité européen et on verrait ce qu’on verrait. On a vu. Le réalisme d’EM s’installe entre une fuite en avant vers plus de fédéralisme, où nous nous engagerions en position de faiblesse, et que nous risquerions de faire capoter, et un rapport de force avec les institutions européennes. Il semble avoir choisi la prudence.
Un proche d’EM répondait aux critiques sur la publication tardive du programme en prévoyant qu’il «aura tout le temps de se faire attaquer». C’est une prévision qui se réalise, quand on lit sous la plume du même économiste : «Dirigée par une agence de communication, cette campagne Macron ratisse donc large et ratisse bien. Il y a de quoi siphonner l’électorat simpliste du centre, tout en attirant les paumés de la gauche modérée et de la droite modérée (ça tombe bien, pour diverses raisons, il y en a plein). C’est plutôt bien joué. Pour les gens un peu plus sérieux, qui auraient aimé lire quelques mots sur la question des retraites (un des seuls sujets économiques importants, et où nous pouvons/devons agir), rien, NADA ».
Jean-Paul BETBEZE sur le même site ATLANTICO, voit au contraire dans ce cadrage l’inscription résolue d’une action de restauration de la compétitivité prix et hors-prix, en s’attaquant au mal dont souffre notre économie, et de ce fait, une relance bénéficierait aux importations, comme en 1983, creuserait notre déficit.= et n’est pas souhaitable.  Il s’agit d’inscrire les mesures de long terme, dont le dispositif lui semble cohérent, restauration de la marge des entreprises, passée de 29 à 31%, aujourd’hui déjà, contre 35 % pour les entreprises allemandes, modération salariale, qui rentre dans les mœurs, et politique de long terme pour l’éducation, l’innovation, conditions de la montée en gamme de nos produits.
Comment qualifier finalement ce programme-cadrage ?
Alexandre DELAIGUE «Pour le contenu du programme lui-même, si vous preniez les différents rapports du conseil d’analyse économique ces dernières années, si vous demandiez à leurs rédacteurs de rédiger le programme à même de faire consensus parmi les économistes mainstream, vous ne tomberiez pas très loin du compte. Votre jugement sur ce programme peut s’arrêter là. Si vous pensez que l’économie mainstream est déconnectée du réel et incapable d’apporter quoi que ce soit, qu’il faut changer d’époque, alors ce programme est voué à l’échec. Si vous pensez que la France ne eut s’en sortir qu’en renversant la table et avec des changements drastiques, ce programme n’en est pas un. A l’inverse vous pouvez considérer ce programme comme une manière réaliste de maintenir le système français en l’adaptant, en faisant le type de réforme employé dans les pays nordiques dans le passé, comme la Suède ou le Canada, voire l’Allemagne avec les réformes Schröder. Dans ce cas, Il est difficile de trouver mieux que ce programme dans l’offre actuelle. »

On nous annonce un nouveau focus, à la focale plus précise, pour le 2 mars, où nous connaitrons les idées-forces et les arbitrages au sein de ce cadre contraint, qui nous empêche de rêver, mais nous rassure sur la solidité des filets de sécurité.
Nous rassure? pas vraiment, en l’absence du levier sur l’âge de départ à la retraite (64 ans), et dans l’incertitude où nous sommes sur le moyen de trouver ces 60 milliards d’économie. On attend aussi le mode opératoire pour trouver 15 milliards sur l’assurance-maladie.

Ce qui serait intéressant, c’est de connaître le «making of» du programme. On connait la particularité de la méthode Macron : de multiples consultations en périphérie, sur le modèle de la démocratie participative, exercice déjà mené par Ségolène Royal, et qui aboutît à l’époque à une collection hétéroclite de « bonnes idées », dont il était bien difficile de voir comment elles auraient pu « faire système ».
Comment se saisir de ce qui remonte ainsi du « terrain » ?
S’en servir pour pondérer les arbitrages, en faisant l’hypothèse que ce qui remonte du terrain sous forme de frustration, de souffrance, de passion triste, désigne les secteurs prioritaires pour mener une action ? Utiliser comme matériaux les propositions positives, les mesures proposées par le terrain ?
Un programme, c’est un système, avec une structure, dessinant une politique, assise sur quelques grandes lignes de force, dont on décrit le déploiement, avec ses moyens, ses effets attendus, et son cadrage de niveau N-1, et in fine avec le cadrage budgétaire global.
Les « bonnes idées » qu’il faut caser dans la structure, enlèvent de la visibilité à la grande idée, attirent le regard et attirent la critique : « on a déjà fait cela (le pass culturel de 500 euros pour les jeunes),  ça n’a pas marché en Italie », et on en profite pour rejeter la totalité du programme,  en même temps qu’on  rejete un contenu anecdotique, car cette « mesure » mal pensée témoignerait d’un « amateurisme » des concepteurs du programme. Les multiples redondances, les clins d’oeil appuyés à toutes les catégories et corporations qui se sont manifestées sont contre-productives, exposant au risque d’image d’un programme irrésolu, qui n’a pas voulu trancher.

Le programme doit-il être pour autant un bel objet de communication, cohérent et percutant à la fois, mais suffisamment lisse et prudent pour ne pas donner trop de prise aux remarques malveillantes et aux accusations de naïveté ou d’insuffisante maîtrise ?

Un papier intéressant dans le supplément Week-End du monde de Samedi 25 février, sous la plume de Laurent TELO **, décrit ces « usines à programme », sous-commissions d’énarques, emboitant leurs notes multiples comme des poupées russes, avec des arbitrages dans les sur-commissions, et enfin, le document de synthèse sur le bureau du candidat. Une telle approche condamne à l’empilement de mesures, à un « effet catalogue », si l’architecte final n’a pas de plan d’ensemble, et ne choisit pas entre politique de l’offre ou de la demande, entre des mesures sectorielles multiples et créatives, mais non compatibles entre elles et non compatibles avec le cadrage budgétaire. Irrésolution, procrastination, absence de choix clairs, c’est bien le risque d’image auquel s’expose EM en préférant les  principes, et laissant son entourage empiler les mesures dans leur programme.  Le candidat est-il en effet contraint par cet objet, qu’il n’a pas puisé en lui, dans ses convictions, et qu’il pourrait considérer avec cynisme, comme un « projet de gouvernement », qui pourrait bien être soumis aux aléas de la conjoncture ou à l’atterrissage dans la réalité, alors même que les choix budgétaires globaux,  sont, quant à eux, intangibles et incontournables.
S’engager sur des actions précises, dont nous savons que nombre d’entre elles ne seront pas pertinentes, et passeront à la trappe des futurs arbitrages,  c’est à la fois un exercice obligé et une navrante figure de style pour notre démocratie du spectacle.

Donc, que pourrait-on proposer pour dépasser cette contradiction ?
Fixer les contraintes absolues, le cadrage budgétaire dont on ne pourra s’écarter, c’est fait (?). Mais pour les mesures et les arbitrages au sein de ce cadrage, rien ne doit être sacralisé ou figé, rien n’a le statut de « one best way ». Peut-on pour autant donner trop longtemps le spectacle d’une délibération en cours au sein d’En Marche, d’un programme qui ne se figerait pas sur quelques mesures fortes ? Dans ce cas, l’erreur à éviter est la prolixité, l’abondance, la créativité débridée.

Il faut donc appeller à la phronesis du philosophe, la frugalité et la prudence, pourvu que le cadre budgétaire global démontre toute la solidité de fondations pour une maison dont les plans ne sont pas encore définitifs, mais dont les choix fondamentaux sont exposés.

Que manquera-t-il au programme d’Emmanuel MACRON ? d’être soumis au débat, de se tremper dans la « sagesse des foules », car les citoyens de base, militants ou sympathisants,  experts de leur poste de vie ne manqueront pas de signaler des points qui ont échappé aux énarques, si on leur laisse la parole.

Une association qu’on proposerait aux citoyens, en les conviant à un grand débat, à une nouvelle forme de démocratie délibérative, pas seulement dans le hot spot de l’élection, mais durant toute la mandature présidentielle.
Telle serait la révolution attendue par la société civile. Toute décision serait  soumise au feu de la critique, examinée dans son détail, avec suffisamment de temps pour que le décideur politique puisse trancher en toute connaissance de cause de l’état de l’opinion sur chacun de ces sujets.

Hélas, nous entrons dans une période finale où nous, sympathisants,  n’allons plus recevoir que des éléments de langage, et où toute remise en question du contenu du programme, de l’intérieur au moins autant que de l’extérieur, sera perçue comme un affaiblissement du candidat.

Alors peut-être pour les législatives, ou pendant le quinquennat ?

La démocratie participative pour ébaucher le programme d’EM, la démocratie délibérative pour le discuter et le faire vivre, tout au long du quinquennat,  une grande cause nationale pour le quinquennat d’Emmanuel Macron ?

* http://www.atlantico.fr/decryptage/vrai-point-fort-programme-economique-emmanuel-macron-enfin-bon-diagnostic-et-relatif-point-faible-solutions-2974431.html#3cAAcKziz8c6ySmo.99

** http://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2017/02/24/elaborer-un-projet-presidentiel-c-est-tout-un-programme_5084651_4500055.html?xtmc=laurent_telo&xtcr=2

Transition écologique

Une journée de flânerie, pour moi, ce samedi ensoleillé, où il eût fallu se résoudre à sortir dans les bois, ce que je ne me suis décidé à faire que dans l’après-midi.
Regarder, donc, le beau ciel pur par la fenêtre, à l’heure du café matinal, dans ma cuisine. Le fond sonore était l’émission de Caroline Broué *, la matinale du samedi, sur FM 93,5 MH (je la capte aussi sur 98 dans mon coin perdu de l’Essonne). Une voix bien scandée, qui m’est familière, et ce n’est qu’en rédigeant ce post et en cliquant par hasard sur « images » dans Google que j’ai découvert son beau visage, mais je ne veux pas m’y arrêter et préfère ne percevoir que cette belle conversation avec son invité, Bruno Parmentier **, spécialiste de l’agriculture. Je prends au passage quelques notions sur les changements en cours dans nos façons de manger, sujet comparé par l’invité à l’exception culturelle française. C’est une bonne façon d’entrer dans le sujet de l’agriculture que de parler de nos façons de manger, et du budget que nous y consacrons, en France, 14 % du budget des ménages, 9 % en Allemagne, 7 % aux USA. Manger pour vivre, un morceau de jambon carré, dans un sandwich de même forme, ingéré devant son ordinateur, ou s’adonner au plaisir de manger, y consacrer un peu plus de temps et un peu plus d’argent, tel est le choix que nous avons devant nous. Allons-nous ingérer notre vie durant, notre dose quotidienne de pesticides et produits phyto-sanitaires, et préparer sagement notre petit cancer, en ingérant distraitement les produits d’une agriculture de plus en plus intensive, aux intrants toxiques (merci MONSANTO), délivrant des extrants tout aussi toxiques, à une industrie agro-alimentaire, constituant la filière de la malbouffe bon marché ?
Si nous voulons préserver notre exception alimentaire, partagée avec les pays latins, il faudra lutter contre cette terrible entropie, qui fait de nous des instruments jusque dans notre façon de manger. Il faut voir en face cette aliénation rampante, et corriger les « imperfections du marché », comme disent les économistes.
La nourriture est-elle une marchandise comme les autres ?
Le politique doit répondre par la négative, et voir ce sujet comme un domaine de souveraineté nationale, pas moins. Le citoyen doit s’en saisir, dans les médias, à l’école, dans les cantines, lorsqu’il va faire ses courses, et se donner les moyens d’organiser une défense civile. C’est un sujet de la subsidiarité nationale, contre la machine européenne à produire des normes, nous menant vers notre malheur, vers l’univers aseptisé et inhumain de la concurrence pure et parfaite. Puisque nos voisins européens semblent diverger, dans leurs mœurs, nous avons la responsabilité de constituer notre propre modèle, et tout d’abord favoriser, par nos choix de consommation, quand nous le pouvons, cette agriculture « résiliente », qui ferait le choix de la qualité. Manger de la viande cinq ou six fois par semaine, et des portions de 100 grammes au lieu de 150, sans écorner notre budget, cela permet aux agriculteurs de gagner leur vie et de nous servir de meilleurs produits.
A quand une éducation à la nourriture, dans les écoles, dans les cabinets des médecins, dans les médias, dans les entreprises ?
Manger différencié, y consacrer du temps et de l’argent, ériger cela en modèle, en façon de vivre, tendance, « fashion », cinq ou six couleurs dans l’assiette, diminuer les quantités, augmenter la qualité. Utiliser sans vergogne le marketing social, la communication d’état, et faire de ce sujet une grande cause nationale. Trouver un modèle transversal, infusant toute la société, pour créer une demande.
C’est ce modèle pour le futur et déjà pour le présent de l’agriculture, que Pierre Hivernat ***, nous propose sur son site « alimentation générale » appel au droit de bien manger, avec un appel à militer sur le site du journal Libération.
Et l’offre de ces produits alimentaires ?
Bruno Parmentier développe la belle image d’une agriculture « écologiquement intensive », aux processus sophistiqués, aidant le sol à produire, sans plus labourer et arroser les sols de produits chimiques, en tuant tout ce qui vit, pour y laisser survivre les semences génétiquement modifiées. Rejeter ce kit mortel pesticides-agents phytosanitaires-semences sélectionnées, et retrouver la sophistication de la vie. Cultiver 365 jours par an, diversifier les plantes, planter des arbres, et utiliser les animaux dans la filière de la culture, c’est le beau projet que nous avons à porter pour accompagner la mutation des 480 000 exploitations agricoles françaises.
Plus de labours, et une agriculture intensive en processus écologiques, et non plus en intrants mortifères. Proposer aux consommateurs un processus, intensif en savoirs-faires, en main-d’œuvre, en ingéniosité, et favoriser les circuits courts.
J’ai prolongé dans ma rêverie de ce beau samedi, les façons dont nous pourrions donner une réalité politique à cette belle idée, et je me suis demandé comment l’accompagner, en ce moment d’offre surabondante de programmes politiques.
Favoriser les circuits courts.
Susciter les entrepreneurs pour multiplier les AMAP, en les subventionnant, sous réserve qu’ils respectent une charte.
Mobiliser les chômeurs pour un service national de la production de nourriture, comme contribution en échange des revenus de subsistance qui leur sont alloués par la société.
Préserver les terres arables et potentiellement exploitables au sein du tissu rurbain, entourant les métropoles et mettre en culture les parcelles ainsi préservées.

Et dans les supermarchés, n’accepter de faire ses courses que là où figure la provenance des aliments qui sont mis à la vente, quatre pastilles de couleur différente, une couleur pour la production locale, à moins de 100 kilomètres, de producteurs respectant une charte, et méritant à ce titre un signalement au consommateur, une autre pour la production nationale, respectant cette même charte, et deux autres, enfin, pour les productions intensives-industrielles-bon marché, nationales et non nationales.
La réglementation nous en empêche ? Votons une loi le permettant, nous arrogeant cette dérogation pour exception culturelle que nous avons su négocier avec l’Europe pour d’autres productions culturelles. Il ne s’agit pas d’une entrave tarifaire à la concurrence, puisque ces produits sont librement accessibles, mais il s’agit d’informer le consommateur et de lui permettre un choix éclairé.

Je suis ensuite tombé sur la livraison du monde de samedi, sur mon iphone, et je me suis arrêté sur l’article « Cancers au travail : Bruxelles complice de l’industrie »****.
Le constat, c’est que 100 000 personnes meurent chaque année en Europe des suites d’une exposition à un produit cancérigène dans l’exercice de leur métier. Les normes européennes d’exposition sont laxistes, la SCOEL, comité scientifique, est constituée d’experts, dont les liens avec l’industrie chimique, et donc les conflits d’intérêt sont visibles comme le nez au milieu de la figure, et la commission européenne ne peut pas ne pas le voir. Mardi 28 février, le parlement européen examinera une proposition de modification de sa directive sur la protection des travailleurs, qui est qualifiée par le Monde «d’autorisation de tuer ». Quinze substances sont examinées dans ce projet d’évolution de la directive européenne, dont on citera le Chrome hexavalent, dont les seuils d’exposition tolérés dans les normes européennes sont 25 fois supérieurs aux normes françaises. La santé des travailleurs de l’industrie est une variable d’ajustement pour la compétitivité de la grande industrie, (allemande surtout). La commission est corrompue (?), le mot est peut-être un peu fort, ou du moins effectue sous le voile d’ignorance, sans mandat électif des citoyens, des compromis, des «trade-offs » comme on dit chez les stratèges des grandes industries, entre les intérêts industriels, dont une des variables est probablement la préservation de l’emploi en Europe, et les victimes collatérales, qui paieront de leur vie cet « arrangement ». Le parlement européen aura le choix entre promouvoir les nouvelles normes, où les refuser, c’est-à-dire rester à des normes encore moins favorables.
Le parlement ne connaîtra pas la réalité des coûts induits au sein des entreprises pour modifier leurs «process» industriels, afin de respecter des normes plus sévères, préservant la santé de leurs employés. Il ne saura pas s’il s’agit simplement de diminuer un peu la rétribution des actionnaires ou de remettre en cause la capacité même de continuer à produire en Europe, et alors, il faudrait sous-traiter ces productions dans des petits Bohpals exotiques, sans explosion autre que l’épidémiologie des cancers, sans exposition médiatique. Les puissants lobbies industriels sont à l’œuvre à Bruxelles, sous la houlette de l’inusable Monsieur JUNCKER, qui sût aménager des arrangements avec les principes moraux, pour aménager activement une fiscalité dévoyée lorsqu’il était aux affaires au Luxembourg, et qui continue d’endosser ces petits arrangements avec la morale.

Etonnons-nous que les populistes ne fassent leur miel de ces pratiques.
Quant à moi, je reste europhile, et partisan d’une intégration budgétaire et fiscale entre les pays du noyau dur de l’Europe, mais je suis persuadé que la France a une responsabilité particulière, et doit peser de tout son poids pour redéfinir la subsidiarité, en mettant en premier la qualité de vie des citoyens, et la protection de leurs cultures ancestrales, quitte à limiter les prérogatives du grand marché unifié, à la concurrence pure et parfaite, qui est l’idéologie dominante chez les technocrates européens.

*https://www.franceculture.fr/emissions/la-matinale-du-samedi/jacques-darriulat-bruno-parmentier

**Le blog de Bruno Parmentier http://s365327531.onlinehome.fr/

*** Pierre HIVERNAT http://alimentation-generale.fr/auteur/pierre-hivernat

****http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/02/24/cancer-au-travail-bruxelles-complice-de-l-industrie_5084643_3244.html

Le champ de ruines de la droite et la fin du clivage gauche-droite

Une primaire prometteuse bâtie sur un vrai clivage avec d’un côté un conservatisme soft libéral, qui avait ma préférence, laïc-rassembleur de bon père de famille, (expression supprimée du vocabulaire juridique * et que j’emploie avec circonspection en matière politique, d’abord parce qu’il n’y a pas de femme en lice dans la dernière longueur de l’élection présidentielle, et parce que je ne trouve pas d’expression équivalente pour qualifier le respect des équilibres et le souci de mener le pays vers plus d’épanouissement (l’identité heureuse). Il y avait donc d’un coté le gentleman confucéen, Alain Juppé, épris d’harmonie et soucieux des arbitrages budgétaires (la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase budgétaire), et de l’autre, le conservatisme dur et punitif, car nous avons dilapidé l’argent public, c’est notre très grande faute, mea maxima culpa, et il nous fallait un grand timonier, un homme non seulement intègre et courageux, mais aussi rebelle et opposé au système, tellement il allait jusqu’au bout du bout de ses propositions pour le redressement de la France. Il allait nous conduire sans faiblir et sans faillir sur les chemins escarpés du resserrement budgétaire (nous n’allions plus vivre au-dessus de nos moyens), faire se mouvoir la grande roue de la réforme qui ne manquerait pas d’écraser sur son passage quelques pauvres victimes, et on nous les désignait déjà. Nous n’allions plus prendre en charge les soins (AME) des personnes de chair et de sang, réduites à leur statut juridique de résidants sans droits sur le territoire national, pataugeant dans la boue et le froid à Calais et autres lieux, et qu’on laisserait donc bientôt mourir de la tuberculose contractée dans ces merveilleux endroits, qui font rêver les migrants (la théorie de l’appel d’air). Nous allions perdre notre âme pour quelques centaines de millions d’euros. Après la victoire de ce camp-là, nous voyions les choses se mettre en place, avec l’aide des ralliés de la Sarkozie, un fameux cancérologue de l’assistanat, qu’on reconnaîtra, zézayant à nouveau son ordonnance pour la France, et figurant à nouveau sur la photo, et d’autres, de ces merveilleuses personnalités qui donnaient à nouveau de la voix. L’un s’était couvert de gloire en boutant hors de la belle région niçoise les vilains d’extrême-droite, en servant aux électeurs une salade avec des ingrédients pas très différents de celle de ses adversaires, l’autre piaffait dans sa ville de Troyes, gardant pour de meilleurs jours son profil parfaitement lisse d’éternel jeune premier de la politique, tellement raisonnable et modéré dans ses propos, maitrisant tellement son expression, qu’on se dit qu’il ne lui manque plus que la pensée.
On accourait de partout, on allait à la soupe et on allait nous jouer cette fois la partition « on prend les mêmes et on change tout ».
Et patatras, faute de carre, comme on dit au ski. Certes, nous savions bien que dans ses fonctions de premier ministre, monsieur le candidat menait grand train, autrefois, déplaçant FALCON et équipage pour aller se ressourcer quelques jours dans ses terres sarthoises, ou encore pour se rendre à l’invitation de son ami Moubarak, dans un palais égyptien (alors que l’équipage dudit FALCON attendait, l’arme au pied, dans un hôtel largement étoilé). Cela faisait beaucoup d’argent pour le train de vie d’un simple collaborateur, mais nous avions eu le temps d’oublier ces facheux épisodes, remontant à un temps lointain, et de prêter l’oreille à de nouvelles histoires, avec le coiffeur de l’Elysée, le cireur de chaussures du conseiller, et bien d’autres signaux faibles, qui renforçaient notre désir de voir s’installer plus de frugalité au sommet de l’état (je n’ose pas dire plus d’intégrité). Nous attendions donc un homme providentiel, correspondant au casting des français, en contrepoint au laxisme sans contours de la Hollandie. Nous pensions l’avoir trouvé.
Et puis Pénélope vint, épouse constante et fidèle, belle et digne, comme l’épouse d’Ulysse, à qui Nauplios, pour venger la mort de son fils Palamède, tué par Ulysse, avait fait croire à la mort de son mari et qui, désespérée, se serait jetée à l’eau, sauvée par des canards. Nous sommes à front renversé, c’est un vilain petit canard qui porte le coup fatal, à une Penny (prénom symbolisant la force de caractère aux US), qu’il eût fallu mieux protéger en se rangeant sous les augures de ce beau prénom, porté par une belle personne, intelligente et diplômée (avocate) et ne pas lui faire endosser les turpitudes d’un emploi fictif d’assistante parlementaire, puis de lectrice tout aussi fictive. Toute mon amitié et mon respect pour Penny, laissons-là à l’amour de sa famille, et que les chiens passent leur chemin.
François Fillon n’est pas Ulysse, il n’a pas la grandeur qui sied à l’instant de la tragédie qui se déroule sous nos yeux, et qu’il était seul à pouvoir trancher.
C’était à lui de parcourir librement le chemin qui mène de l’Olympe à la roche tarpéienne.
Admettons qu’il ne puise pas ses références dans la mythologie grecque. Il pourrait entendre la phrase de LUC 1:52 «il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles», et déchiffrer les signes du temps qui vient pour lui. Dont acte. S’il était incapable de se retirer, c’était  alors à son camp de le démettre.
François Fillon peut-il encore se réclamer de l’onction de la primaire, si le vote a eu lieu dans la méconnaissance d’éléments déterminants sur la personnalité et les actes d’un candidat, sur une tromperie ? Le cadre juridique de la primaire n’avait-il pas prévu l’invalidation du vote, car il faut bien appeler les choses par leur nom ? Les partis politiques de la droite et du centre, les membres de leurs comités dirigeants ne pouvaient-ils prendre la mesure du péril ? Les personnalités politiques qu’ils ont envoyées à l’assemblée nationale ne pouvaient-ils se lever et prendre une initiative ?
Tout le monde s’est couché, tétanisé par la peur de perdre sa place, montrant bien ce qu’est cette formation politique, un agrégat d’opportunistes et d’assistés, glissant tous ensemble dans la bassesse et le calcul.
Et les électeurs de la primaire ?
C’est le chemin de la compromission morale qu’on leur demande d’emprunter, après avoir voté pour le héraut de l’intégrité et du courage.
Ont-ils envie de voir encore aux affaires ceux qui ont montré leur vrai visage ?
Avons-nous confiance dans leur capacité à mener le pays alors qu’ils ont été défaillants dans la simple désignation de leur candidat ?
Avons-nous confiance dans le programme de François Fillon, qu’il faudrait examiner à la loupe, pour y déceler encore les imprécisions, les erreurs grossières d’appréciation, sur la sécurité sociale, sur la réforme de la fonction publique, sur d’autres sujets bientôt ?
Une nouvelle ligne de clivage est maintenant tracée, suffisamment forte pour mener beaucoup (?) d’électeurs de sensibilité droitière à exercer leur droit de retrait.
Cela sera probablement suffisant pour faire perdre au candidat par défaut François Fillon les quelques points nécessaires à sa qualification au deuxième tour. Une élimination soft, « sur le poteau » (pas le poteau d’exécution), qui laisserait le vivier des opportunistes accrochés à leur mandat, se mobiliser pour une prise de pouvoir au parlement, chassant en meute, installant François Fillon comme premier ministre d’un gouvernement de cohabitation ?
Il faut donc que ceux-là même qui se situent sur l’autre rive du clivage puissent aller plus loin qu’un positionnement de retrait et d’abstention, passif, néfaste à leur pays, mais explorent activement d’autres options pour la France, faisant le constat de la fin du clivage droite-gauche, qui n’est plus opérant, et qu’il faut maintenant balayer, pour participer à une recomposition politique du pays autour d’autres axes, ce qui ne se fera pas sans la mobilisation des femmes et hommes de bonne volonté.
Quels sont ces choix qu’il faut regarder en face ?
Les choix économiques, tout d’abord. Il faut regarder comme un fait incontournable  le développement des échanges mondialisés, que nous devons transformer en oppportunité de stimuler notre économie et d’augmenter notre prospérité, en sachant répartir les fruits de la mondialisation entre les gagnants et les perdants. Il faut rejeter   le repli sur soi, protection en trompe-l’oeil de frontières restaurées pour les biens et les services aussi bien que pour les personnes, et d’une monnaie nationale, nous donnant l’illusion de la souveraineté, mouvement qui mettra notre économie par terre, fera exploser notre dette libellée en euros, et qui ne fera pas revenir les emplois.
Pas l’abandon aux forces du marché, mais des choix économiques volontaristes qui nous donneront les moyens de politiques sociétales qui font besoin.  C’est de notre prospérité économique et de la maîtrise des finances publiques que dépendra notre souveraineté et notre capacité à nous réformer.
Penser le rôle de l’état ensuite, et il faut refuser de se laisser enfermer dans l’alternative patriotes ou mondialistes décomplexés, qui n’est pas la véritable ligne de clivage, puisqu’il y a plus de proximité qu’on ne veut l’admettre entre les tenants de la préférence nationale et les sécessionnistes des quartiers, installés les uns et les autres dans le rapport de forces. Le choix se pose entre un état qui inclut et un autre qui exclut et organiserait  alors un développement séparé et in fine, une société multiculturelle et fracturée, à l’inverse des objectifs de nation unie que proclament les populistes.
Il est misérable de désigner comme boucs émissaires ceux que nous avons fait venir pour que la machine industrielle tourne à plein, il y a quelques décennies, ou même ceux qui sont venus plus récemment, et qui occupent maintenant les petits postes. Regardez autour de vous, celles qui se lèvent à quatre heures pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée des employés, ceux qui ramassent les poubelles. Voyez leur courage et le désarroi de certains de leurs enfants, nos compatriotes, qui n’ont pas intériorisé la règle du jeu qui mène à l’intégration par le chemin de l’école.
l’état fort inclut dans le collectif national ceux qui sont tentés par le repli communautaire et impose ses valeurs, au premier rang desquelles la laÏcité, qui n’est pas seulement une liberté, mais une hiérarchie des règles, qui doit s’imposer sur tout le territoire national. L’état pédagogue doit s’imposer sans complexe, en organisant l’obligation d’intégration. Pour ce faire, il n’y a pas d’autre voie que de conditionner les revenus d’assistance et de solidarité à une contribution personnelle, qui crée un lien avec l’état, obligation de se former, toute sa vie durant, qu’on soit actif ou chômeur, pour rechercher les moyens de son autonomie. Obligation de consacrer du temps au service du collectif national, particulièrement là où cela fait besoin. Il faut en finir avec l’unilatéralité des politiques de la ville, et les cinquante milliards d’euros et plus, dépensés en vain au cours des trente dernières décennies, sans que cet effort considérable soit perçu par ses destinataires comme autre chose qu’un dû, et à ce titre, jamais suffisant.
L’état fort, démocratique et décomplexé, doit savoir s’aider de  la transition numérique pour organiser  l’obligation citoyenne, qui n’est ni de droite, ni de gauche, et encore moins d’extrême-droite, en tranchant avec netteté avec les pratiques laxistes actuelles, non pas pour exclure, mais pour inclure. Les solutions ne sont pas toutes prêtes à l’emploi, mais il faut en faire un sujet central pour le quinquennat à venir. Nous voyons bien le consensus se dessiner sur l’importance de l’école, de la formation, surtout pour les laissés pour compte de la vie économique. Assistance contre contribution sous forme de la formation dans laquelle on s’engage résolument, et pas pour faire semblant, effort tracé dans un carnet numérique de compétences, sur le modèle du carnet de santé, qui nous suivrait notre vie durant. Tout le monde doit se préparer à la société du savoir.
Tout cela n’est pas incompatible avec la limitation de l’immigration, bien au contraire, qu’un état fort doit maîtriser.
Foi en l’Europe ensuite, qu’il faut changer de l’intérieur, et dont le contre-modèle est un certain parti populiste, récoltant les fonds européens, pour les utiliser au financement d’un parti tourné vers des enjeux nationaux, qui ne travaille pas sur les sujets européens, puisqu’on est «dans l’opposition» à l’existence même de cette instance européenne, dont on accepte pourtant les prébendes, comme un parasite.
N’exonérons pas pour autant de toute critique les partis de gouvernement qui envoient au parlement européen leurs « seconds couteaux », et les médias, qui ne relaient pas assez les sujets européens,  et font perdre de l’influence à la France en Europe. Investissons massivement dans les instances européennes pour les transformer.

Ceci étant posé, j’ai décidé de ne plus rester sur ma chaise, à observer, mais de me mettre « en Marche » et d’aller voir si je retrouverais ces points clefs dans la proposition d’Emmanuel MACRON dont nous attendons qu’elle se précise.
Un simple cadre définissant ces quelques priorités lisibles pour les français. Point n’est besoin de propositions nouvelles ou de gadgets sur lesquels vont s’accrocher la meute des chacals de la politique.

*L’expression « en bon père de famille », directement issue de la locution latine bonus pater familias, a été consacrée par le Code civil de 1804 et attribue à l’homme, père de famille, la qualité d’être bon gestionnaire. Elle est supprimée du vocabulaire juridique par la loi n° 2014-873 du 4 août 2014, qui entend consacrer «l’égalité réelle entre les femmes et les hommes».

Les prémisses et les promesses

Il vaut mieux que les promesses s’appuient sur des prémisses solides. La force de celles-ci n’est forte que de la solidité de celles-là.
Est-il raisonnable d’attendre le retour au plein emploi du dispositif décrit par François Fillon ?
Il faut, nous propose-t-il, restaurer la compétitivité des entreprises, et baisser leurs charges de 50 milliards. En supprimant le CICE, probablement, et en le transformant en baisse pérenne de charges d’un montant peu ou prou équivalent ?
Quelles conséquences attendre d’une baisse de charges de l’ampleur de celle apportée par le CICE, et prolongée dans le temps ? Il faudra d’abord pour les entreprises, restaurer leurs marges, ensuite réanimer l’investissement en panne, s’il y a des possibilités de conquête de parts de marché, des produits ou des services à promouvoir dans le pipeline de l’entreprise. On gagne de l’argent aujourd’hui sur les marchés existants, on investit demain pour la conquête, on embauche après-demain, si le succès est au rendez-vous, et s’il ne s’agit pas d’investir pour automatiser des lignes de production ou remplacer les employés (des agences bancaires) par des services numériques.
Pour faciliter l’accès à l’emploi, nous dit François Fillon, il faut tourner l’apprentissage vers l’entreprise. Tout le monde est d’accord, mais cela ne se fera pas en un jour. Il faudra redéfinir les filières scolaires, trouver des accords avec les entreprises, pour former ensuite, en quelques années, les futurs titulaires des dizaines de milliers d’emplois industriels non pourvus faute de candidats compétents. Les effets attendus ne se manifesteront pas avant des années.
Ici encore, c’est le calendrier des effets attendus qui semble ne pas avoir fait l’objet d’une très grande attention. Avec des affirmations aussi péremptoires qu’un retour au plein emploi à un horizon court, (avec une référence biaisée à l’Allemagne, dont les efforts remontent en fait aux années 2000, et dans un tout autre contexte économique),  on attendrait  au moins un début de réalisation à l’issue du premier quinquennat.  François Fillon risque bien d’être de nouveau devant ses électeurs dans cinq ans, sans qu’on n’ait encore vu grand-chose sur le front de l’emploi. Nous avons eu le feuilleton de l’inversion de la courbe, nous aurions celui du « retour au plein emploi », qui se ferait attendre indéfiniment.
Sous la rubrique « faciliter l’accès des entreprises au financement par l’épargne privée », François Fillon  propose de transposer à l’IRPP des dispositions qui existaient pour l’ISF (qu’on supprimerait), à savoir la déduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50 % des sommes investies dans une entreprise. Plus qu’un fléchage de l’épargne privée vers les entreprises, ce serait en fait une dépense fiscale, une dépense de l’état, dont l’effet serait incertain, dans son ampleur – il pourrait bien peser sur le budget de l’état, s’il est adopté massivement par les contribuables, et ce serait la condition de sa réussite. Incerti – et dans son efficacité sur l’emploi – quelles entreprises, quels secteurs seraient éligibles et quels effets attendus de cet afflux de cash important (on l’espère) et inattendu, dans les entreprises, si celles-ci n’ont pas de projet d’investissement productif dans leurs cartons et si la conjoncture est médiocre ? Comment identifier les entreprises-cibles, où l’afflux de financement serait suivi d’effets, sur l’investissement et sur l’activité, puis sur l’emploi ? Ne risque-t-on pas un phénomène de type monnaie-hélicoptère, indistinctement répandu par l’état sur le terrain économique, avec une forte déperdition ?
Autre voeu pieux : faire en sorte que les actifs gagnent plus que ceux qui vivent des revenus d’assistance, c’est réanimer la vilaine polémique sur le cancer de l’assistanat. Il s’agirait de baisser les revenus d’assistance ? Il faudrait que les assistés-incités puissent trouver un débouché à leur nouvelle motivation à se mettre au travail, mais lequel s’il n’y a pas d’emplois ?  Si cette baisse des revenus d’assistance est significative, l’effet immédiat serait un effet négatif sur la demande. Les assistés consommeraient moins de produits de base. Ils sauteraient un repas ?
Miser sur le travail indépendant ? Alors qu’on a été incapable de réformer le RSI, réforme demandée à cors et à cris durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. On nous suggère qu’il faut attendre d’un secteur d’activité, dont les acteurs sont soumis à un régime repoussoir qu’ils représentent un nouvel eldorado, un gisement d’emplois ? Et les auto-entrepreneurs, dont une écrasante majorité n’y trouve qu’un maigre revenu d’appoint ?
Réformer pour de vrai le code du travail, y compris dans son volet de durée du travail, nettoyer les écuries d’AUGIAS, et ne garder qu’un code du travail réduit à quelques principes, est-ce utile ? n’est-ce pas créer encore de l’instabilité réglementaire, alors qu’on pourrait  se couler dans les travaux préparatoires de la précédente équipe. Il faudrait prendre au mot le rapport Combrexelle, et pourquoi pas pousser les feux sur le dispositif initial prévu par le gouvernement Hollande en poussant au bout de leur logique les travaux préparatoires du quinquennat précédent, avec pragmatisme. Nous mettrions ainsi en oeuvre une forme  de continuité au service de la Nation, sans a prioro, et nous aurions une belle histoire à raconter, en évitant sur ce sujet les attitudes martiales et en traitant l’affaire comme une évidence, partagée par tout le monde. Une triangulation façon Hollande pour le nouveau président. La prudence voudrait sur ce sujet de ne pas communiquer sur l’héroïsme ou le maximalisme du plan Fillon, pour ne pas s’exposer à la polémique qui va enfler dans les prochains mois sur la « casse sociale », c’est en effet préférable, pour éviter de dérouler un tapis rouge à la dialectique du Front National.
Il y a une grande distance, on le voit bien, entre ces prémisses et les conclusions-promesses aventureuses telles qu’elles furent martelées par François Fillon pendant la campagne de la Primaire. C’est cette relative incertitude sur l’atteinte rapide du plein-emploi et sur la complexité du sujet qu’il faudrait  expliquer aux français, en se donnant l’image du président prudent et pédagogue succédant à l’image du  président déterminé qu’il faudra donner dans d’autres séquences.
Il faudrait en particulier faire comprendre aux français qu’il existe des « externalités » menaçantes, en clair un contexte pas forcément favorable pour l’emploi.
Tout d’abord la croissance est durablement en panne dans les pays développés, stagnant à 1.8 % depuis 2010, contre 2,9 % avant la crise, et cela ne semble pas s’améliorer. Il est possible que nous amorcions une stagnation séculaire, comme le prétend Larry Summers, ancien secrétaire au trésor de Bill Clinton. Pour lui, la demande est en panne, les classes moyennes s’appauvrissent, les riches s’attribuent la part du lion, et ils épargnent plutôt que de consommer, la demande s’étiole. Il faudrait alors faire de la relance budgétaire, comme s’apprête à le faire Donald TRUMP ? Vérité au-delà de l’atlantique, erreur en-deçà. Au-delà du constat partagé des deux côtés de l’atlantique sur la stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes, les causes ne sont pas les mêmes chez nous et aux USA. Il n’y a pas chez nous, de progression des inégalités d’un tel niveau, et du côté des leviers d’action, l’option du dérapage budgétaire est hors-jeu chez nous. Il nous faudra investir dans le cadre de très maigres marges budgétaires, nous le savons déjà et pour stimuler l’offre ?
Mais pour autant, ce choix d’une politique de l’offre, à laquelle il faudrait consacrer toutes nos ressources budgétaires rares, qui était devenu le passage obligé de tous les programmes, de la gauche de gouvernement, aussi bien que de la droite, risque de buter sur une nouvelle donnée, c’est l’inflation qui pointe son nez, et qui annonce une tension sur le front du pouvoir d’achat des classes moyennes. Les prévisions de hausse des prix à la consommation sont de 1,7 % pour la zone euro, alors que Bercy prévoyait 0 % en France en avril dernier pour 2016.
Pour Robert Gordon, autre économiste nord-américain, c’est bien une panne de l’offre à laquelle nous avons à faire face. La cause en serait la mystérieuse panne de la productivité, qui intrigue les économistes. Il y a plus de capital investi par poste de travail, et cela n’a pas augmenté la production. Ce mouvement de baisse tendancielle des gains de productivité, date d’avant 2008, et le développement du numérique ne semble pas y faire grand-chose, au contraire.
Les NTIC pourraient bien supprimer massivement des emplois, pas seulement les emplois à faible technicité, et à contenu répétitif, mais aussi les emplois plus sophistiqués. Les banques, les sociétés d’assurances, s’apprêtent à supprimer massivement des postes. Rappelons les prévisions de la Oxford Martin School, 30 % des emplois remplacés par des algorithmes, (9 % des emplois pour l’OCDE)  *
Il n’y a jusqu’à la nature même des emplois qui ne risque d’être massivement affectée (l’ubérisation de l’économie).
La plupart (70 %) des emplois créés dans les dernières années sont des emplois précaires, des CDD et on voit mal comment cette tendance de fond pourrait se modifier, sauf à instaurer un contrat unique. Il n’y aurait plus les insiders, ultra-protégés, et les outsiders précaires, mais un continuum d’entrepreneurs d’eux-mêmes, entre le contrat zéro heure sur le mode des chauffeurs d’UBER (ou des médecins payés à l’acte), où l’on commence à percevoir une rémunération dès la première unité  produite, jusqu’aux emplois classiques, et supposés pérennes, dont la rémunération est forfaitaire, déconnectée des unités produites, mesurée en temps de travail, sur le modèle des emplois actuels. Dans le premier cas, les coûts pour l’entreprise ou le donneur d’ordre, sont des coûts variables (je ne paie que s’il y a production et pour les unités produites), et dans le second cas, l’emploi salarié, je paie quelque soit la production, et il faut que je dimensionne mes « capacités » en fonction de ce que j’ai à produire. C’est un coût fixe, et un statut pour les employés, à opposer à un contrat dans la configuration précédente, celle des « indépendants ». Le statut confère-t-il plus de sécurité que le contrat ? L’indépendant à plusieurs clients, et les difficultés de l’un d’entre eux peuvent être compensées par les autres, alors que l’employé n’a qu’un seul employé (en général), et il est plus exposé à une crise dans l’entreprise ou une restructuration. Le CDI est-il une protection contre la déconfiture de son employeur ?
Ceci n’est pas un plaidoyer en faveur du statut d’indépendant, qui est encore minoritaire, mais un appel à se pencher sur les potentialités de développement de l’emploi qu’il recèle, pourvu que soient instaurés quelques filets de sécurité, et qu’on mette en place une doctrine permettant une vraie reconnaissance des indépendants, ouvrant la possibilité de mener une carrière d’indépendant, qui ne soit plus un pis-aller, dans l’attente d’un « emploi stable ».
C’est le sujet du livre de Jacques BARTHELEMY et Gilbert CETTE « Travailler au XXI ème siècle » **.
Nous connaissons ces jeunes entrepreneurs qui ont quitté des emplois stables, et qui proposent leurs services, sur des plate-formes numériques pour les moins qualifiés d’entre eux, avec le bonheur d’éprouver la liberté d’être son propre patron. Foin du carcan de l’emploi salarié, on s’affronte à la réalité de la valeur de ce qu’on met sur le marché. On y est rapidement rattrapé par le sentiment d’être exploité. Il reste une réflexion à mener sur le lien de subordination, le partage de la valeur entre ces indépendants et leur apporteur d’affaires, qui sont des plate-formes internationales, dont les revenus ne sont pas fiscalisés chez nous. Il reste le problème des cotisations sociales, chômage et retraite. C’est le chantier à venir de la définition d’un cadre légal pour ces activités. Il faut selon les auteurs « dépasser le droit du travail grâce au droit de l’activité professionnelle ». Dans un premier temps, certainement, mettre en place un filet de sécurité personnel pour ces indépendants, assurance-chômage comme le propose Emmanuel MACRON ?

Devant ces externalités-là, le programme pour le plein emploi de François Fillon risque bien d’être comme fétu sur une mer déchaînée, dans les dix ans à venir.
Si on veut se faire une opinion de la totalité de ce qui est en train de se passer sur le front de l’économie, il vaut mieux lire « La révolution » d’Emmanuel Macron*** que le programme de François Fillon. Je suis navré de devoir le constater.

*Eric Brynjolfsson Erik & Andrew Mac Afee  » Le deuxième âge de la machine » 2014

** Jacques BARTHELEMY et Gilbert CETTE « Travailler au XXI ème siècle ». 2016

*** Emmanuel MACRON  » La révolution »

La durée légale du temps de travail, un combat d’arrière-garde ?

Est-il permis à un simple citoyen, rouage infime de la grande machine économique de réfléchir aux propositions du candidat François FILLON, ancien premier ministre, abondé dans sa réflexion par 400 experts ?
Le doute s’est en effet instillé dans l’esprit de bien des observateurs, et dans le mien, sur la vérité, véracité, sincérité, cherchons le terme, de certaines propositions du candidat à la fonction suprême, ou, perception tout aussi péjorative, sur l’intelligence ou la considération des situations concrètes qui suivraient un blanc-seing donné par la nation pour mettre en œuvre ses propositions.
Je crains quant à moi que ce ne soit pas la frugalité, le souci de l’efficacité économique, et l’économie de moyens qui aient présidé à la proposition de revenir sur les 35 heures, mais une surenchère délétère qui risque d’amener la nouvelle majorité à s’enliser dans une guerre de tranchée et remobiliser contre elle la vieille garde revigorée de la gauche archaïque.
On peut aujourd’hui se forger une opinion simple au sujet du temps de travail. Point numéro un, nous avons à peu près dans tous les pays européens une durée effective hebdomadaire du travail voisine, voire identique, approchant les 39 heures, sauf dans la fonction publique, où elle est souvent inférieure aux 35 heures. Point numéro 2, c’est un acquis social, une sorte de droit à travailler moins, et il faut de bonnes raisons pour revenir sur cet acquis. Point numéro 3, la gêne apportée aux entreprises par cette réduction du temps de travail consiste en un alourdissement du coût du travail, car, avant toute chose, les 35 heures, c’est un seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Au-delà de 35 heures, le travail coûte plus cher à l’entreprise.
La solution la plus « frugale », et économe de moyens, est de poursuivre l’évolution actuelle, et de placer à 39 heures le seuil de déclenchement d’une majoration de la rémunération horaire du travail. Il y aurait des heures supplémentaires payées au taux de base de 35 à 39 heures, et une majoration significative à partir de 39 heures.  Conservons à 35 heures la durée légale du travail, c’est à dire le droit pour ceux qui le désirent de choisir cette durée de travail, tout en laissant la possibilité aux accords de branche de déroger à cette règle, là où cela s’impose de fixer pour tous les employés d’une branche, une durée de travail plus élevée. Nous voyons déjà les heures supplémentaires entre 35 et 39 heures affectées d’un taux de majoration de plus en plus modeste. Il n’y a qu’à compléter le mouvement actuel.
Passer aux 39 heures pour tout le monde, (payées 35 heures de surcroît), ou se caler sur le filet de sécurité européen des 48 heures pour ce qui devrait figurer dans le  code du travail, et déléguer aux branches les accords sur le temps de travail, cela pourrait sonner à certaines oreilles comme un propos churchillien, mais c’est une proposition inutile, inapplicable, et dangereuse.
Faire de cette mesure un marqueur d’une politique économique, c’est tout simplement mener un combat d’arrière-garde, et occulter les vrais sujets, alors que 70 % des embauches se font actuellement en CDD et que l’ubérisation de l’économie progresse et présente de nouveaux défis, imposant aux politiques de penser ce que le travail est en train de devenir.

Les fausses notes du candidat François Fillon

Comment qualifier ce que je ressens en observant l’offre politique telle qu’elle est en train de se composer sous nos yeux au sein de la droite et du centre ? Je me sens fracturé, au sens d’une ligne qui passerait en dehors de moi et m’assignerait à une rive, et alors je verrais mes concitoyens de la droite sur l’autre rive, séparés que nous serions par un gouffre. Les débats de la primaire à peine clos, on voit se recomposer les alliances et les mêmes qui s’étaient rangés derrière des bannières maintenant périmées, accourir pour voler au secours de la victoire. Eric Woerth monte vaillamment au front pour défendre des propositions sur l’assurance-maladie, qu’il combattait il y a peu. Les sarkozystes et juppéistes les plus agiles se sont faufilés pour occuper une nouvelle place et s’accrochent à leur strapontin. Le centre-croupion se parcellise en concours d’ambitieux, le plus spectaculaire étant Hervé MORIN, président de région, porteur d’une candidature avortée à la présidentielle, et qui se positionne encore pour recevoir les faveurs de la majorité qui se dessine, donnant le spectacle d’une cupidité politique impudique. Recyclage et interchangeabilité. Nous assistons à la recomposition et à l’attribution des places, alors qu’on ne sait pas comment on va conduire le pays. Ce n’est pas leur sujet.
Je ne me sens pas la moindre humeur militante. Je ne suis pas d’humeur massacrante, non plus, mais plutôt en train de passer du soutien au soutien critique, et bientôt, à la critique tout court.
Peut-être, y-a-t-il trop de fausses notes dans la petite chanson du candidat restant dans le camp auquel je croyais appartenir. Peut-être suis-je maintenant sur l’autre rive.
C’est bien de penser que la loi TAUBIRA nous a été extorquée de mauvaise façon, liant d’une part le désir de légitimer devant la société le mariage homosexuel, qui était accepté par tout le monde, et d’autre part, la filiation dans les couples homosexuels, placée dans le même paquet, point sur lequel la société était divisée.
C’est simplement sur le fait que le consensus n’est pas là, que tout le monde n’est pas d’accord, qu’il faut appuyer la proposition de revenir sur le droit de la filiation, et pas sur l’appartenance d’arrière-plan du candidat de tous les français à une sensibilité catholique. Un candidat qui désapprouverait en son âme et conscience l’avortement, mais qui aurait, comme il le dit, constamment voté les lois légalisant celui-ci, et n’aurait aucune volonté de remettre en cause ce qui est maintenant un droit acquis,  c’est un candidat républicain-laïc, qui pourrait garder en tête la phrase de Saint Paul « tout est permis, mais tout n’est pas profitable », et garder également en lui le souci intime de prévenir l’expérience négative de l’interruption volontaire de grossesse. Il pourrait considérer le taux de grossesses chez les adolescentes comme un indicateur de souffrance sociale, et porter ce fait de société comme une souffrance personnelle, suivre de près cet indicateur, porter cette vigilance, et alors il faut éduquer, prévenir, mettre en place un dispositif, quand on est aux affaires. Nous n’en avons pas vu les signes. Cela pour l’avortement.
Et le même candidat, en revanche, reviendrait sur le droit de la filiation entre le parent A et le parent B, qui feraient fabriquer leur bébé par un utérus-tiers, (la nouvelle doxa), en s’appuyant explicitement sur cette même sensibilité catholique d’arrière-plan, et non pas sur le sentiment, partagé par beaucoup de français, qu’on a cédé trop facilement au camp des sectaires et des idéologues inspirateurs du paquet TAUBIRA. C’est ainsi s’exposer à proposer aux français que la révision de la loi TAUBIRA soit la victoire du camp des bigots sur celui des sectaires de l’autre camp. C’est une faute d’avoir perdu le point de vue surplombant d’un président prudent, refusant qu’on impose à tous, un changement dans les mœurs, disons-cela comme ça, alors que tout le monde n’y est pas prêt, et alors, mieux vaut conserver le statu quo. C’est cela, un conservatisme acceptable par toutes les parties. Il faut le construire, l’expliciter, recueillir l’adhésion des français à son sujet.
Conserver le statu quo, ce n’est pas la même chose que revenir sur des dispositions qui ont ouvert un droit à un groupe de personnes, certes très restreint, dont il faut plutôt faire en sorte qu’il le reste – restreint – il faut alors organiser cette restriction de l’accès à ce droit, par toutes sortes de conditions drastiques. Le point-clef, compris par tous, c’est le bonheur et l’équilibre des enfants qui naîtraient dans de telles conditions (GPA). Pour l’instant, François Fillon nous a donné l’impression d’une grande impréparation sur ce sujet. Il ne semble pas en mesure de remettre en cause les dispositions sur la filiation sans déclencher une guerre de tranchées.
Il y aura d’ailleurs assez à pourfendre pour le grand œuvre de la réforme des finances publiques. Et là, nous pensions que c’était du solide, le programme concocté depuis des années par 400 experts, mazette, pour restaurer les grands équilibres.
Et patatras, on nous dit qu’il sera tout simplement impossible de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires sur un quinquennat, ou même sur deux. On voit bien la règle de trois : soit une augmentation du temps de travail des fonctionnaires à 39 heures, vous totalisez les heures gagnées par rapport à la situation actuelle, vous divisez par un temps de travail moyen par poste, et vous obtenez 500 000 postes, que vous pouvez supprimer. CQFD. C’est tellement brillant que cela se passe de commentaires.
Et puis repatatras, pour la sécu, et cette sinistre histoire de panier de soins, qu’on voudrait alléger de la bobologie, mais aussi des lunettes et des soins dentaires et qui se transformerait en panier percé. Continuité entre le président qui moque les sans-dents et son successeur qui voudrait leur faire payer une prime d’assurances pour avoir le droit d’aller chez le dentiste.
François Fillon est-il devenu un adepte de la « post-truth », la post-vérité, qui consiste à surévaluer grossièrement et sciemment les objectifs qu’on se fixe et qu’on sait qu’on n’atteindra pas, pour mettre en scène la farouche détermination, la volonté sans faille d’un homme de convictions (« n’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » dit Emil Cioran). Une posture en somme, qui pourrait bien se transformer en imposture. S’agit-il de vendre aux électeurs ce mouvement de la volonté, ce geste, qu’importe s’il est imprécis pourvu qu’il soit bien visible, comme un chasseur qui tirerait « au jugé », espérant que les électeurs votent de même ?
Il faut craindre que nous n’ayons pas affaire à une telle habileté, mais que notre candidat ne soit en train de se tromper de convictions, tout simplement. « Les convictions sont des prisons », écrivait NIETZCHE, et il s’est laissé enfermer dans ce récit du programme solide, préparé de longue date, sur lequel il était légitime de prétendre dire la vérité aux français, seul contre tous, et qui pouvait lui permettre de hausser le ton et couvrir la voix de ses concurrents.
Lancinante question qui se trouve posée en effet, avec plus d’acuité encore dans cette campagne : comment se prépare-t-on à gouverner ? Peut-on compter sur quelques conseillers aux têtes bien faites, qui viennent vous vendre leurs assertions et leurs certitudes, mais jamais leurs doutes, puisque c’est ce qu’on leur demande. Ce sont ces quatre-cent experts, dans l’esprit du candidat, qui représentent la caution ultime de ce programme, lequel mérite d’être publié sur du papier glacé, puisque ce sont des « vérités », qu’il faut dire aux français.
Le cauchemar de la démocratie, c’est de voir et d’entendre un président de la république, comme nous l’avons entendu, en 2008, s’adresser à Jacques ATTALI, président de la commission pour la libération de la croissance française, et déclarer : « ce que vous direz, nous le ferons ». Ce sont ses propres termes. Sur ces 316 propositions, organisées autour de huit grandes ambitions, une seule avait commencé à voir un début d’application, « supprimer les rentes, réduire les privilèges, favoriser les mobilités ». Il s’agissait de permettre à de nouveaux chauffeurs de taxi de s’installer sans payer de licence ! Cela nous avait valu de beaux embouteillages. Il faudra attendre UBER pour voir la fin des rentes pour les chauffeurs de taxi, qui sont maintenant les seuls à payer des cotisations sociales et rembourser l’achat de leur licence. Quant à la suppression des départements, à la réduction du nombre de communes, à la baisse des cotisations sociales, et au transfert sur la CSG et sur la TVA (la TVA sociale), toutes propositions de la commission, on en a parlé, mais tout cela s’est fracassé sur le mur de la réalité. Cela n’a pas empêché la même commission, d’estimer deux ans plus tard que 60 % des mesures préconisées dans son rapport avaient été « plus ou moins mises en œuvre », puis enfin, préciser en octobre de la même année, que l’urgence restait entière quant à la maîtrise des dépenses publiques, la réforme de l’état, de l’éducation, et beaucoup d’autres sujets, prononçant l’avis de décès de la commission, qui comptait dans ses rangs un jeune banquier plein d’avenir, Emmanuel Macron.
Rêvons un peu, et imaginons que la commission ait été instituée dans la durée, avec des rendez-vous réguliers de ce club de réformateurs, travaillant bénévolement pour leur pays. La commission aurait pu évoluer sur des positions initiales peut-être excessives ou datées, par exemple, être amenée à craindre les effets récessifs d’une politique trop rigoureuse de maîtrise budgétaire, puisque ces interrogations se font jour à ce sujet, même au sein du FMI, trouver le bon curseur, éviter la course à l’échalote, 75, 100 milliards d’économies, qui dit mieux ? Comment ? Pourquoi ? Quels effets prévisibles ?
Imaginons surtout qu’on ait pu, comme dans d’autres pays européens, organiser le débat public autour de ces options, par exemple en favorisant la diffusion de blogs, la création de forums non formatés, non « modérés », où de simples citoyens essaieraient de réfléchir sur la chose publique. Des membres de la société civile, selon la formule consacrée, (y compris des chauffeurs de taxi), qui pourraient donner un avis pertinent sur la chasse aux rentes et sur beaucoup d’autres sujets, puisque ce sont eux, les véritables experts de leur « poste de vie ». Je me suis fait l’écho dans ce blog, ces dernières années, de cette proposition de diffuser auprès des sympathisants de la droite et du centre, l’adresse des blogs citoyens, ce qui aurait l’avantage, peut-être, d’inciter beaucoup d’autres citoyens à s’exprimer, réfléchir, penser par eux-mêmes, s’informer pour échanger, créer leur propre blog ou espace d’expression. In desertum clamavi. Mépris et silence à tous les étages, de la section locale de la défunte UMP, puis de LR, puis aux tentatives de dialogue avec l’entourage des candidats. Ce cercle vertueux, d’avoir de meilleurs militants, de meilleurs citoyens, car plus informés, plus lucides, est-il désiré par nos hommes politiques ?
Quant aux experts du premier cercle, par exemple, monsieur de CASTRIES, a-t-il un blog, est-il prêt à descendre dans l’arène citoyenne pour défendre ses points de vue, d’homme à homme, de citoyen à citoyen, ou bien n’aurons-nous pour seule information, qu’il est catholique pratiquant, qu’il se tient prêt et qu’il est possiblement notre futur premier ministre. Pour autant, il a laissé son candidat faire piteusement marche arrière sur le panier de soins, après avoir inspiré, dit-on, la proposition de réforme du risque maladie.
Les experts sont-ils capables d’humilité, de montrer une opinion en train de se former, la leur, appuyée sur leurs informations, susceptible d’évoluer, sollicitant la réponse des citoyens, ceux-là qui pourraient être affectés par leurs propositions, et qui ont l’expertise du terrain social, puisqu’ils y vivent.
Dans cette configuration, les programmes politiques ne seraient jamais terminés, arrêtés, mais toujours remis sur l’ouvrage, actualisés, critiqués, jusqu’à faire consensus, ce qui permet une mise en œuvre déterminée et sécurisée, car le terrain serait préparé. Une sorte de progrès  continu.
Elargir le débat à tous les citoyens, et non plus seulement à la représentation nationale, ou aux seuls médias, dont nous ne connaissons que trop les biais cognitifs et moraux, dictature de l’actualité, points de vue idéologiques, connivence, goût irrépressible du discours d’assertion et de conviction, des leçons assénées aux citoyens, absence de continuité de la réflexion sur les sujets de fond, une fois qu’ils échappent au projecteur de l’actualité, absence de questionnement sur le bien-fondé de leurs positions passées, et sur leur fonctionnement.
Trouver la bonne articulation entre ces trois ordres, la représentation nationale, les médias, les citoyens, c’est la démocratie délibérative, qui n’est pas la démocratie participative, laquelle est une utopie – un pouvoir qui serait exercé directement par les citoyens – Il s’agit plus sagement de faire en sorte que toute décision soit longuement soumise au débat citoyen, avec les espaces et les canaux nécessaires à ce débat public, et que le gouvernement et les membres de la représentation nationale décident, en toute connaissance de l’état de l’opinion.

Oui, je suis sur l’autre rive.

Joyeux Noël !

Une carte postale du 21 avril 2016

« La grande image n’a pas de forme ». Je pensais au titre de l’ouvrage du philosophe-sinologue François JULLIEN, dissertant sur l’art de peindre dans la chine ancienne, et sur LAO TZI « Le grand carré n’a pas d’angle, la grande image n’a pas de forme ».
Nous voyons apparaître, par bribes, les morceaux de programme des candidats de la primaire. Nous sommes dans un paysage nuageux, dont émergent le sommet de collines, où l’on aperçoit la silhouette de pèlerins sur des chemins tortueux, procédant avec lenteur et hésitation.
Nous attendons l’image complète, ce que d’aucuns appellent la  «vision» d’un candidat-prophète, terme nostalgique s’il en fût, ombre portée d’un certain Général, et d’un temps où les options étaient tranchées, et le courage politique plus partagé. Personne n’est content. Les journalistes appellent de leurs vœux un «récit», dont ils puissent se repaître, mais n’auraient de cesse d’en explorer tous les soubassements de calcul politique et tous les non-dits, et démonter toutes les ficelles du «story-telling». C’est leur seule grille d’analyse. Les citoyens désespèrent de leurs hommes politiques, qui ne semblent pas mieux comprendre l’époque qu’ils ne la comprennent eux-mêmes.
En ces temps de disette et en même temps de surabondance programmatique, nous sommes effarés de ne pas repérer de cohérence interne dans les propos, qui ne sont pas encore des propositions définitives, des candidats, même s’ils sont assenés avec le ton de la conviction la plus affirmée. Mieux vaut ne pas suivre au fil des semaines les déclarations d’un candidat qui a pourtant occupé la fonction, a fait le job cinq années durant, vaille que vaille, pendant l’avant-dernier quinquennat, qui maintenant fluctue comme un frêle esquif, entraîné par de mauvais courants, et qui pourrait bien sombrer (et mergitur).
De ce fait, la place est libre, et cette foire d’empoigne qui s’ébauche apparaît bien comme une lutte pour les places (pour la place, certes, mais aussi pour les lots de consolation, qu’on a su trouver dans les suites de la primaire de gauche pour Arnaud Montebourg, dans son costume de redressement productif, et pour Manuel, l’homme des coups de menton et du verbe haut – il en fallait bien un – opportunément ringardisé aujourd’hui par le jeune et brillant ministre des finances, qu’on a lui-même privé de sa grande loi « MACRON 2 », pour lui donner le patronyme « EL KHOMRI », sans prévoir le fiasco que deviendrait cet imbroglio à la sauce hollandaise, lui épargnant de fait les coups, et lui laissant du temps libre pour se mettre « en marche ».
A droite, dans le vide laissé par le naufrage en cours du candidat naturel, s’engouffrent tous les ambitieux, donnant de la compétition elle-même une image amoindrie, et tirant vers le bas la primaire elle-même. Les représentants de petites coteries, ou représentants d’eux-mêmes, une fois encensés par les médias, qui leur ont ouvert leurs micros des heures durant, quand ils étaient sous les feux de l’actualité, et qui n’étaient rien sans l’onction de l’ancien président, veulent maintenant leur tête-à-tête avec la Nation. Seuls les députés pourront recadrer ces impétueux, et leur rappeler qu’ils n’ont pas la « centralité institutionnelle » qu’ils croyaient avoir dans leurs rêves les plus fous.
Il faudrait certainement beaucoup de force à un candidat, pour convaincre sur une grande vision (« big picture »), et sortir par le haut de ce rendez-vous avec l’histoire qui s’annonce sous des auspices peu favorables.
Nous voyons bien chez notre candidat en tête des sondages, que rien ne l’incite à la posture du stratège pour la Nation, qui tracerait devant elle les chemins de son avenir en toute clarté. Il pourrait avoir la tentation d’une stratégie de nomination par défaut, sur le modèle de celle de son mentor Jacques CHIRAC en 2002. Dans cette configuration, il faut simplement éviter les faux-pas, ceux qui ont conduit François FILLON là où il est, après sa lutte fratricide avec Jean-François COPPE, puis sa critique acerbe du quinquennat précédent, dont il aurait été, pendant cinq ans, un chef de gouvernement qui aurait choisi de « fermer sa gueule » et de rester. Ce désir de rester en place avant toute autre considération constitue un positionnement irrémédiablement faible pour sa candidature actuelle, sans compter les fausses notes plus récentes, par exemple, ses analyses sur la situation syrienne, imprégnées d’un poutinisme sans nuance, qu’il semble partager avec l’extrême-droite.
Alain JUPPE devrait donc se faire violence pour manifester de l’audace, car à la fois, il pourrait bien être échaudé par sa cuisante expérience de grande vision réformatrice, qui a tourné comme l’on sait, dans les années 1995. Et à la fois aussi, une trop grande clarification n’est pas son intérêt à ce jour. Il pourrait bien trouver son inspiration dans un autre concept de la chine ancienne, décrit par LAO TZI, « Wei-Wu-Wei », se laisser porter par une configuration favorable, et « agir sans agir ». A ce titre, son programme, que nous voyons se construire, au fil des publications thématiques, et qu’il qualifie opportunément d’ébauche, ne pourrait être rangé dans la rubrique « réformes structurelles », mais plutôt, pour l’instant, dans la rubrique aimable du jardinage « taille douce » de notre beau jardin à la française, qui s’apparente de plus en plus à un labyrinthe.
Pour tous les candidats de la primaire, et pour Alain JUPPE, il y a d’abord  l’horizon des grands équilibres budgétaires, du déficit et de la dette, et les grands coups de rabot de cinquante, cent, cent-cinquante milliards d’économie, qui sur un quinquennat ou deux, pour certains candidats, qui avant une date butoir, pour d’autres, devront être passés sur notre beau modèle social.
Le problème, c’est qu’on a du mal à faire le lien entre cet horizon budgétaire, qui projette son ombre sur le pays, comme une guillotine, et les petits récits localisés et protecteurs, sur l’école de la république, sur l’état régalien, sur l’économie, bientôt sur la santé, dont aucun n’a la force d’aller au cœur de la structure, pour donner l’impulsion décisive, voire proposer les arbitrages douloureux qui semblent s’imposer.
Ce que le citoyen peine à percevoir, en effet, c’est la méthode employée par les candidats, dont nous ne voyons que le produit final, les « mesures », qui se déplacent en train, voire en convoi, mais dont nous ne voyons pas la locomotive.
Il faudrait faire des « réformes structurelles » pour sortir du marasme, entendez par là qu’ on attend d’elles qu’elles corrigent presque magiquement nos déficits. Le but ultime de ces réformes, serait de facto, de corriger le désordre de nos finances publiques. C’est donc à l’aune de leur capacité à atteindre ce résultat qu’il faut les juger, c’est elles qu’on accroche à la locomotive de l’équilibre budgétaire. Sinon, pourquoi bouger les choses ?
L’actualité nous fournit l’occasion d’explorer le dispositif de nos aides sociales. Le député Christophe SIRUGUE a remis au premier ministre son rapport sur la simplification des aides sociales dans la matinée et illico presto, nous attendons des annonces vigoureuses de Manuel VALLS, à midi tapantes, nous dit-on dans les médias.
Le sujet, c’est la « simplification » d’un dispositif d’aides sociales, qui comporte neuf prestations différentes, et qui est considéré comme « coûteux et inefficace ». «Les minimas sociaux sont nés au fil du temps depuis l’après-guerre, et se sont juxtaposés sans que jamais on cherche à les harmoniser» expliquait le parlementaire.
Parmi « trois scénarios possibles », le rapporteur privilégie celui d’ « une refonte en profondeur de l’architecture globale du système des minima sociaux, avec la création d’une «couverture socle commune», qui permettrait de traiter tout usager selon les mêmes règles quand ses ressources viennent à manquer, tout en bénéficiant d’un dispositif complémentaire qui corresponde aussi à ses propres spécificités ». Comprenne qui pourra. Nous avons un dispositif complexe, mais à qui on pourrait reconnaître qu’il permet une personnalisation des aides pour des publics et des besoins spécifiques. On le remplace par un dispositif socle unique, mais on prévoit néanmoins pour chacun un « dispositif complémentaire qui corresponde à (ses) propres spécificités ». Ne sommes-nous pas en plein syndrome de la reine rouge ? (Alice au pays des merveilles, demande à la reine rouge, « mais pourquoi courons-nous ? mais pour rester sur place, mon enfant).
La Cour des comptes indique que les minimas sociaux « ne permettent pas aux allocataires de sortir de la situation de pauvreté ». La pauvreté « monétaire », après prise en compte des revenus de transfert, touche 8,5 millions de personnes en France, soit près de 14% de la population.
Le dispositif ne favorise pas non plus le retour à l’activité. Le taux d’emploi des bénéficiaires des minimas sociaux est très faible, de l’ordre de 14% à 17% selon les dispositifs, à peine 2 à 4% des allocataires sortent des dispositifs au profit d’une insertion durable sur le marché du travail.
Pour autant, les coûts du dispositif s’accroissent vertigineusement. De 2008 à 2014, le coût des minimas sociaux est passé de 17,3 milliards à 24,8 milliards d’euros (+30% en euros constants), hors coûts de gestion et dépenses d’accompagnement. Le nombre d’allocataires croît chaque année, du fait de la crise économique, mais aussi parce que les gouvernements, de droite puis de gauche, ont revalorisé les minimas sociaux (AAH et ASPA en 2008, puis RSA en 2013).
Enfin, il y a un problème de lisibilité, voire de justice, du fait des multiples niveaux d’intervention d’organismes différents, et du cumul des aides, provenant du département ou de la sécurité sociale, amenant des personnes au profil semblable à ne pas percevoir la même somme globale.
La proposition de la Cour des comptes est de ne conserver que trois allocations, RSA, AAH (allocation adulte handicapé) et ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et de faire reposer sur les caisses (CNAF-CAF) la gestion exclusive de l’attribution de ces allocations. Fermez le ban, pourrait-on dire.
Dispositif simple, accessible à un vote du parlement pour un encadrement de la progression des dépenses, de type ONDAM (l’équilibre budgétaire), duquel on n’attendrait pas qu’il favorise le retour à l’emploi, et qui, à ce titre, serait complété par une politique de l’emploi, dont on espérerait qu’elle évite de voir refluer dans le dispositif de plus en plus de chômeurs en fin de droit. Il faudrait aussi prévoir de compenser une possible déstabilisation du système en cas de progression forte du nombre des allocataires, qui se traduirait par une baisse des aides unitaires dans un budget globalement contraint. Pas simple.

Nous trouvons dans LE SCAN ECO du FIGARO le recensement de ces différentes aides, et leur ventilation, auprès de publics qui ne se recoupent pas ou peu, finalement.
Le RSA pour les personnes de plus de 25 ans, ou pour les moins de 25 ans ayant un enfant à charge, ou ayant travaillé deux ans au cours des trois dernières années. Il démarre à 524,66 euros pour une personne seule, à 1101,83 euros pour un couple avec deux enfants, et représente au total 9.8 milliards d’euros par an, pour 2 millions et 530 000 allocataires à fin décembre 2015
L’allocation adulte handicapé, créée en 1975, versée par la CAF aux handicapés, dont le taux de handicap est supérieur à 80 %, versement de un à cinq ans, étendue à un taux de handicap entre 50 et 79 % s’il y a restriction d’accès à l’emploi, jusqu’à l’âge du départ en retraite, 808,46 euros mensuels, un peu plus de un million de personnes en décembre 2015, 8.7 milliards d’euros par an.
L’allocation solidarité personnes âgées, a remplacé en 2006 le minimum vieillesse. Il faut avoir 65 ans, des revenus inférieurs à 9609,6 euros par an pour une personne seule, et 14918,90 euros pour un couple, le montant est de 801 euros pour une personne seule, et 1243 euros pour un couple, 496200 personnes bénéficiaires fin 2014, coût 3.1 milliards d’euros.
L’allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droit, qui ont travaillé au moins cinq ans dans les dix dernières années, et n’ont pas atteint l’âge de la retraite, pour une durée de six mois, renouvelable, 487,50 euros par mois, plafond de ressources de 1137,50 euros mensuels, 1785 ,50 euros pour un couple, 435 000 personnes bénéficiaires en 2014, coût 2 milliards d’euros,
L’allocation supplémentaire d’invalidité, versée par la caisse primaire d’assurance-maladie en cas d’ invalidité réduisant la capacité de travail ou de gain des deux tiers, 404 euros mensuels pour les personnes aux ressources inférieures à 3582.45 euros par an, 78 000 bénéficiaires fin 2014.
L’allocation temporaire d’asile, versée aux demandeurs d’asile, plafond de ressources fixé au RSA socle, 524,16 euros, montant de 524, 16 euros pour personne seule, et 1467.65 euros pour un couple avec quatre enfants , 51000 personnes bénéficiaires fin 2014.
L’allocation veuvage, conjoint décédé, moins de 55 ans, ressources faibles, plafond de ressources trimestrielles de 2260.27 euros, ne pas s’être remis en couple pour en bénéficier. 602,27 euros par mois, 7200 personnes fin 2014.
Le revenu de solidarité outre-mer
Résidents outre-mer, revenus mensuels ne doivent pas dépasser 911.12 euros par mois pour une personne seule, et 1431.76 euros pour un couple le montant ne dépasse pas 512,76 euros. 9210 allocataires fin décembre 2015
L’allocation transitoire de solidarité,
Pour les gens ayant cotisé suffisamment, mais n’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite, demandeurs d’emploi en fin de droits, 300 euros par mois, 11000 personnes bénéficiaires fin 2014.
Tout cela représente un total de 25 milliards d’euros bien sonnés, pour les personnes les plus précaires, et ce n’est pas le cancer qui rongerait nos finances publiques.
Le dispositif actuel est plutôt bien ciblé, et souffre peut-être d’abord de la multiplicité des échelons intervenant pour l’éligibilité à ces aides et pour leur distribution. Le regroupement dans un seul organisme, la CNAV-CAF, comme proposé par la cour des comptes, faciliterait la gestion, diminuerait les coûts de celle-ci, globalement. Les barèmes actuels permettant l’allocation des ressources, prennent en compte l’ensemble des ressources et déterminent des allocation « sur-mesure », au plus près des besoins, c’est du moins leur objectif. Certains publics sont en dessous d’une allocation-socle, telle que proposée, mais ils bénéficient d’autres ressources, qui sont prises en compte dans les calculs.
Remplacer tout cela par une allocation-socle, ferait perdre en pertinence le calcul de l’allocation, au profit de la simplicité de gestion. Elle ne résoudrait pas l’inégalité alléguée devant les allocations, liée à la complexité du système actuel, au contraire. Elle ne ferait pas disparaitre la pauvreté, sauf à voir augmenter le montant global de l’enveloppe, accélérant peut-être encore le rythme de progression que nous avons connu dans les huit dernières années.Elle n’inciterait pas plus à la reprise de l’activité, et cela d’autant plus qu’il est question de la généraliser aux 18-25 ans.
Un mouvement en cache un autre, une « simplification », sous forme d’un socle, et une généralisation de l’attribution de ce socle à la  tranche d’âge des 18-25 ans, telle est la proposition de Christophe SIRUGUE, pour des jeunes qui  ont certainement plus besoin d’aides concrètes à la formation, au logement, que d’une rente qui ne les inciterait  pas forcément à préparer leur avenir, sachant que le relais après 25 ans serait pris par une poursuite des mêmes aides, leur aménageant un long parcours d’assistés, accréditant dans leur esprit l’idée d’un droit à une sorte de revenu universel, un mol oreiller assurant un revenu de subsistance, quoiqu’on fasse. En somme, faut-il assigner toute une génération de jeunes décrocheurs à un statut d’assistanat et de relégation, et prononcer aussi tôt dans leur vie l’échec de leur recherche naturelle d’autonomie ?
Le rapport SIRUQUE prend en compte le fait que « tout va mieux » et prépare en fait la redistribution des bénéfices durement acquis du fait des efforts du début de quinquennat, dont nous savons à quel point ils ont payé en termes de croissance et d’emploi. Marqueur de gauche, pour un public oublié au cours du quinquennat, la généralisation du RSA aux moins de 25 ans coûtera 4 à 6 milliards de plus. On nous assure qu’on trouvera les économies budgétaires pour financer cette mesure électorale. Déliquescence, alors que nous voyons maintenant la loi EL KHOMRY vidée de toutes les mesures utiles pour faciliter l’embauche, et même aggravée par la surtaxation des CDD, lesquels constituent aujourd’hui la grande majorité des contrats de travail. On alourdit donc le coût du travail, on plombe la compétitivité des entreprises. Une sorte d’enfer pavé de bonnes (?) intentions. Intentions sans persévérance, si ce n’est celle, désespérée, de redresser la barre, en vue de l’iceberg électoral vers lequel se dirige le Titanic socialiste, et le pays avec lui.

Entrons maintenant dans le dur des transferts sociaux. les dépenses de protection sociale, qui représentent 31,7% du PIB, soit 672 milliards d’euros, principal poste de dépenses publiques en France. Depuis les années soixante, leur progression n’a pas cessé, à un rythme élevé dans les années 1960-1970, 14,3% du PIB en 1959 à 24,5% en 1981, puis 29,6% en 2006 et plus de 30% depuis 2010.
De plus, l’évolution des dépenses de protection sociale n’est pas identique selon les postes de dépenses.
Deux postes sont en forte progression :
Le poste vieillesse-survie, qui comprend principalement le versement des pensions de retraite (de base et complémentaires), passé de 5,1% du PIB en 1959 à 14,4% en 2010. Ce poste est particulièrement dynamique en raison des départs en retraite des « baby-boomers » et de l’allongement de la durée de vie des retraités.
Les dépenses du risque maladie ont également fortement progressé entre 1959 et 2013, passant de 3,1% à 8,7% du PIB. Le remboursement des soins de santé délivrés en ville et en établissements de santé, est la principale source de dépenses avec 139,3 Milliards d’euros en 2013, suivi de la prise en charge de revenus de remplacement (indemnités journalières principalement) pour 9 Milliards d’euros.
le risque « pauvreté-exclusion sociale », essentiellement pris en charge par le revenu de solidarité active, généralisé à l’ensemble du territoire le 1er juin 2009, constitue 2,5% des prestations.

Que nous proposent les candidats de droite pour trouver la centaine de milliards d’économies, (c’est une moyenne), qu’ils se font fort de rogner sur les budgets confondus de la dépense publique, incluant la protection sociale ?
Citons pêle-mêle, Bruno LEMAIRE : Instaurer une allocation sociale unique plafonnée à 2/3 du SMIC, qui rassemblerait toutes les aides sociales (le rapport SIRUQUE), Frédéric LEFEBVRE, après des emplettes programmatiques faites dans les pays anglo-saxons, auprès de nos compatriotes vivant à l’étranger, dont il est le député : Créer une allocation universelle, ouverte à tous, contrairement au RSA, sans condition, donc sans contrôle et cumulable avec un emploi, un revenu universel de vie, dont la généralisation couterait autant que la protection sociale actuelle, selon des estimations faciles à effectuer (mille euros par mois pour 65 millions de français). Mais alors il faudrait que cette allocation soit versée  » pour solde de tout compte », laissant les citoyens responsables de financer leur protection sociale dans un système assurantiel. Très restructurant, en effet, si on ajoute en plus la flat tax, recommandée par le même candidat. Je n’achète pas quant à moi. Nicolas SARKOZY : Conditionner le versement du RSA à l’exercice d’une activité au service de la communauté. Intéressant, mais utilisé à mauvais escient à visée punitive, et non comme pédagogie de renforcement du lien social, et dont la portée n’est que symbolique, sans impact sur les finances publiques, ce qui est quand même le sujet central.
Il ne faut pas oublier la dégressivité des allocations chômage, et toutes les variantes proposées par chaque candidat, suppression ou diminution après deux emplois refusés, dont les effets seraient epsilonesques en termes d’incitation à l’emploi, s’il n’y a décidément pas d’emploi dans le secteur marchand pour accueillir les chômeurs très motivés, car on leur aurait coupé leur allocation-chômage.
Il faut alors se tourner vers la fonction publique ?
S’attaquer au statut de la fonction publique : relever la durée de travail hebdomadaire, directement à 39, voire 40 heures, pour certains, ou à 37 heures payées 37 (durée de travail légale des fonctionnaires, et 39 heures (heures supplémentaires dans la tranche 37-39 ou 39 payées 39 ?). Discussions picrocholines, augurant d’une guerre du même nom, qu’on s’épuiserait à livrer pour un résultat incertain.
Réduire, ou supprimer pour certains, ou encore limiter à quelques fonctions régaliennes, les recrutements sous statut de la fonction publique, et particulièrement pour la fonction publique territoriale, pour permettre aux élus de pratiquer le système de la dépouille (Spoil system), créer un contrat de cinq ans, qui serait donc même dérogatoire aux contrats de travail de type CDI (!) ne pas remplacer les 700 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2020, instaurer un, voire trois jours de carence, lutter contre l’absentéisme, développer la rémunération au mérite, augmenter le salaire des fonctionnaires après qu’ils soient passés à la moulinette. Les fonctionnaires font l’objet d’un grand luxe d’attentions.
La fiscalité, c’est sur, on ne peut que la baisser. Suppression de l’ISF, en refaisant le coup de Chirac, rare moment de courage politique, qui lui fît perdre les élections, dit-on.
Certains ne renoncent pas à diminuer les impôts sur le revenu. D’autres, tournés vers les entreprises, veulent diminuer la taxation des dividendes, qui est confiscatoire, augmenter la TVA, ce qui va contrarier la consommation de produits importés, mais distribués dans nos réseaux commerciaux et contrarier la demande.
Frédéric LEFEBVRE veut la flat tax. Défiscaliser les investissements dans les entreprises (flécher un investissement sur le modèle périmé des niches fiscales). Réduire les impôts tous azimuts pour Jean-François COPPE, diminuer à la fois l’IRPP et l’impôt sur les sociétés, ou encore pour d’autres aligner l’impôt sur les sociétés sur les pays européens ( compétitivité), mais il faudra pouvoir suivre les anglais, qui seront bientôt à 15 %, réduire les charges sur les entreprises, diminuer les charges patronales (mais financer quand même la protection sociale).
On se prive de ressources budgétaires, dans l’espoir d’une dynamisation de l’économie, qui surviendrait sans autre effort que la diminution des impôts et la maltraitance des chômeurs, la dynamisation de l’économie, que même la monnaie hélicoptère n’est pas sure de nous procurer. Voila une équation qui n’a rien à envier à une certaine inversion de la courge du chômage.
Où va-t-on trouver des économies sur la durée du quinquennat alors qu’on n’égrène que des mesures de long terme qui mettront une décennie au moins avant de porter leurs fruits ? (confer l’effet de la RGPP).

Encore un effort, mesdames messieurs les candidats de la primaire.