Le champ de ruines de la droite et la fin du clivage gauche-droite

Une primaire prometteuse bâtie sur un vrai clivage entre d’un côté un conservatisme soft libéral, laïc-rassembleur de bon père de famille, (expression supprimée du vocabulaire juridique * et que j’emploie avec circonspection en matière politique, d’abord parce qu’il n’y a pas de femme en lice dans la dernière longueur de l’élection présidentielle, et parce que je ne trouve pas d’expression équivalente pour qualifier le respect des équilibres et le souci de mener le pays vers plus d’épanouissement (l’identité heureuse). Il y avait donc d’un coté le gentleman confucéen, Alain Juppé, épris d’harmonie et soucieux des arbitrages budgétaires (la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase budgétaire), et de l’autre, le conservatisme dur et punitif, car nous avons dilapidé l’argent public, c’est notre très grande faute, mea maxima culpa, et il nous fallait un grand timonier, un homme non seulement intègre et courageux, mais aussi rebelle et opposé au système, tellement il allait jusqu’au bout du bout de ses propositions pour le redressement de la France. Il allait nous conduire sans faiblir et sans faillir sur les chemins escarpés du resserrement budgétaire (nous n’allions plus vivre au-dessus de nos moyens), faire se mouvoir la grande roue de la réforme qui ne manquerait pas d’écraser sur son passage quelques pauvres victimes, et on nous les désignait déjà. Nous n’allions plus prendre en charge les soins (AME) des personnes de chair et de sang, réduites à leur statut juridique de résidants sans droits sur le territoire national, pataugeant dans la boue et le froid à Calais et autres lieux, et qu’on laisserait donc bientôt mourir de la tuberculose contractée dans ces merveilleux endroits, qui font rêver les migrants (la théorie de l’appel d’air). Nous allions perdre notre âme pour quelques centaines de millions d’euros. Après la victoire de ce camp-là, nous voyions les choses se mettre en place, avec l’aide des ralliés de la Sarkozie, un fameux cancérologue de l’assistanat, qu’on reconnaîtra, zézayant à nouveau son ordonnance pour la France, et figurant à nouveau sur la photo, et d’autres, de ces merveilleuses personnalités qui donnaient à nouveau de la voix. L’un s’était couvert de gloire en boutant hors de la belle région niçoise les vilains d’extrême-droite, en servant aux électeurs une salade avec des ingrédients pas très différents de celle de ses adversaires, l’autre piaffait dans sa ville de Troyes, gardant pour de meilleurs jours son profil parfaitement lisse d’éternel jeune premier de la politique, tellement raisonnable et modéré dans ses propos, maitrisant tellement son expression, qu’on se dit qu’il ne lui manque plus que la pensée.
On accourait de partout, on allait à la soupe et on allait nous jouer cette fois la partition « on prend les mêmes et on change tout ».
Et patatras, faute de carre, comme on dit au ski. Certes, nous savions bien que dans ses fonctions de premier ministre, monsieur le candidat menait grand train, autrefois, déplaçant FALCON et équipage pour aller se ressourcer quelques jours dans ses terres sarthoises, ou encore pour se rendre à l’invitation de son ami Moubarak, dans un palais égyptien (alors que l’équipage dudit FALCON attendait, l’arme au pied, dans un hôtel largement étoilé). Cela faisait beaucoup d’argent pour le train de vie d’un simple collaborateur, mais nous avions eu le temps d’oublier ces facheux épisodes, remontant à un temps lointain, et de prêter l’oreille à de nouvelles histoires, avec le coiffeur de l’Elysée, le cireur de chaussures du conseiller, et bien d’autres signaux faibles, qui renforçaient notre désir de voir s’installer plus de frugalité au sommet de l’état (je n’ose pas dire plus d’intégrité). Nous attendions donc un homme providentiel, correspondant au casting des français, en contrepoint au laxisme sans contours de la Hollandie. Nous pensions l’avoir trouvé.
Et puis Pénélope vint, épouse constante et fidèle, belle et digne, comme l’épouse d’Ulysse, à qui Nauplios, pour venger la mort de son fils Palamède, tué par Ulysse, avait fait croire à la mort de son mari et qui, désespérée, se serait jetée à l’eau, sauvée par des canards. Nous sommes à front renversé, c’est un vilain petit canard qui porte le coup fatal, à une Penny (prénom symbolisant la force de caractère aux US), qu’il eût fallu mieux protéger en se rangeant sous les augures de ce beau prénom, porté par une belle personne, intelligente et diplômée (avocate) et ne pas lui faire endosser les turpitudes d’un emploi fictif d’assistante parlementaire, puis de lectrice tout aussi fictive. Toute mon amitié et mon respect pour Penny, laissons-là à l’amour de sa famille, et que les chiens passent leur chemin.
François Fillon n’est pas Ulysse, il n’a pas la grandeur qui sied à l’instant de la tragédie qui se déroule sous nos yeux, et qu’il était seul à pouvoir trancher.
C’était à lui de parcourir librement le chemin qui mène de l’Olympe à la roche tarpéienne.
Admettons qu’il ne puise pas ses références dans la mythologie grecque. Il pourrait entendre la phrase de LUC 1:52 «il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles», et déchiffrer les signes du temps qui vient pour lui.
C’était donc à son camp de le démettre, s’il n’avait pas la force de le faire lui-même. François Fillon peut-il encore se réclamer de l’onction de la primaire, si le vote a eu lieu dans la méconnaissance d’éléments déterminants sur la personnalité et les actes d’un candidat, sur une tromperie ? Le cadre juridique de la primaire n’avait-il pas prévu l’invalidation du vote, car il faut bien appeler les choses par leur nom ? Les partis politiques de la droite et du centre, les membres de leurs comités dirigeants ne pouvaient-ils prendre la mesure du péril ? Les personnalités politiques qu’ils ont envoyées à l’assemblée nationale ne pouvaient-ils se lever et prendre une initiative ?
Tout le monde s’est couché, tétanisé par la peur de perdre sa place, montrant bien ce qu’est cette formation politique, un agrégat d’opportunistes et d’assistés, glissant tous ensemble dans la bassesse et le calcul.
Et les électeurs de la primaire ?
C’est le chemin de la compromission morale qu’on leur demande d’emprunter, après avoir voté pour le héraut de l’intégrité et du courage.
Ont-ils envie de voir encore aux affaires ceux qui ont montré leur vrai visage ?
Avons-nous confiance dans leur capacité à mener le pays alors qu’ils ont été défaillants dans la simple désignation de leur candidat ?
Avons-nous confiance dans le programme de François Fillon, qu’il faudrait examiner à la loupe, pour y déceler encore les imprécisions, les erreurs grossières d’appréciation, sur la sécurité sociale, sur la réforme de la fonction publique, sur d’autres sujets bientôt ?
Une nouvelle ligne de clivage est maintenant tracée, suffisamment forte pour mener beaucoup (?) d’électeurs de sensibilité droitière à exercer leur droit de retrait.
Cela sera probablement suffisant pour faire perdre au candidat par défaut François Fillon les quelques points nécessaires à sa qualification au deuxième tour. Une élimination soft, « sur le poteau » (pas le poteau d’exécution), qui laisserait le vivier des opportunistes accrochés à leur mandat, se mobiliser pour une prise de pouvoir au parlement, chassant en meute, installant François Fillon comme premier ministre d’un gouvernement de cohabitation ?
Il faut donc que ceux-là même qui se situent sur l’autre rive du clivage puissent aller plus loin qu’un positionnement de retrait et d’abstention, passif, néfaste à leur pays, mais explorent activement d’autres options pour la France, faisant le constat de la fin du clivage droite-gauche, qui n’est plus opérant, et qu’il faut balayer maintenant, pour participer à une recomposition politique du pays autour d’autres axes, qui ne se fera pas sans la mobilisation des femmes et hommes de bonne volonté.
Quels sont ces choix qu’il faut regarder en face ?
Les choix économiques, tout d’abord, entre le développement des échanges mondialisés, que nous devons transformer en oppportunité de stimuler notre économie et augmenter notre prospérité, en sachant répartir les fruits de la mondialisation entre les gagnants et les perdants, ou à l’inverse le repli sur soi, protection en trompe-l’oeil de frontières restaurées pour les biens et les services aussi bien que pour les personnes, et d’une monnaie nationale, nous donnant l’illusion de la souveraineté, mouvement qui mettra notre économie par terre, fera exploser notre dette libellée en euros, et qui ne fera pas revenir les emplois. Seuls des choix économiques volontaristes nous donneront les moyens de politiques sociétales qui font cruellement besoin et doivent faire débat.
C’est de notre prospérité économique et de la maîtrise des finances publiques que dépendra notre souveraineté et notre capacité à nous réformer.
Penser le rôle de l’état ensuite, et il faut refuser de se laisser enfermer dans l’alternative patriotes-mondialistes décomplexés, qui n’est pas la véritable ligne de clivage, puisqu’il y a plus de proximité qu’on ne veut l’admettre entre les tenants de la préférence nationale et les sécessionnistes des quartiers, installés dans le rapport de forces. Le choix se pose entre un état qui inclut et un autre qui exclut et organiserait un développement séparé et in fine, une société multiculturelle et fracturée, à l’inverse des objectifs qu’il proclame.
Il est misérable de désigner comme boucs émissaires ceux que nous avons fait venir pour que la machine industrielle tourne à plein, il y a quelques décennies, ou même ceux qui sont venus plus récemment, et qui occupent maintenant les petits postes. Regardez autour de vous, celles qui se lèvent à quatre heures pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée des employés, ceux qui ramassent les poubelles. Voyez leur courage et le désarroi de certains de leurs enfants, nos compatriotes, qui n’ont pas intériorisé la règle du jeu qui mène à l’intégration par le chemin de l’école.
l’état fort inclut dans le collectif national ceux qui sont tentés par le repli communautaire et impose ses valeurs, au premier rang desquelles la laÏcité, qui n’est pas seulement une liberté, mais une hiérarchie des règles, qui doit s’imposer sur tout le territoire national. L’état pédagogue doit s’imposer sans complexe, en organisant l’obligation d’intégration. Pour ce faire, il n’y a pas d’autre voie que de conditionner les revenus d’assistance et de solidarité à une contribution personnelle, qui crée un lien avec l’état, obligation de se former, toute sa vie durant, qu’on soit actif ou chômeur, pour rechercher les moyens de son autonomie. Obligation de consacrer du temps au service du collectif national, particulièrement là où cela fait besoin. Il faut en finir avec l’unilatéralité des politiques de la ville, et les cinquante milliards d’euros et plus, déapensés en vain au cours des trente dernières décennies, sans que cet effort considérable soit perçu par ses destinataires comme autre chose qu’un dû, et à ce titre, jamais suffisant.
L’état fort, démocratique et décomplexé, doit savoir aménager la transition numérique vers l’obligation citoyenne, qui n’est ni de droite, ni de gauche, et encore moins d’extrême-droite, en tranchant avec netteté avec les pratiques laxistes actuelles, non pas pour exclure, mais pour inclure. Les solutions ne sont pas toutes prêtes à l’emploi, mais il faut en faire un sujet central pour le quinquennat à venir. Nous voyons bien le consensus se dessiner sur l’importance de l’école, de la formation, surtout pour les laissés pour compte de la vie économique. Assistance contre contribution sous forme de la formation dans laquelle on s’engage résolument, et pas pour faire semblant, effort tracé dans un carnet numérique de compétences, sur le modèle du carnet de santé, qui nous suivrait notre vie durant. Tout le monde doit se préparer à la société du savoir.
Tout cela n’est pas incompatible avec la limitation de l’immigration, bien au contraire, qu’un état fort doit maîtriser.
Foi en l’Europe ensuite, qu’il faut changer de l’intérieur, et dont le contre-modèle est un certain parti populiste, récoltant les fonds européens, pour les utiliser au financement d’un parti tourné vers des enjeux nationaux, qui ne travaille pas sur les sujets européens, puisqu’on est «dans l’opposition» à l’existence même de cette instance, dont on accepte pourtant les prébendes, comme un parasite.
N’exonérons pas pour autant de toute critique les partis de gouvernement qui envoient au parlement européen leurs « seconds couteaux », et les médias, qui ne relaient pas assez les sujets européens,  et font perdre de l’influence à la France en Europe. Investissons massivement dans les instances européennes pour les transformer.

Ceci étant posé, j’ai décidé de ne plus rester sur ma chaise, à observer, mais de me mettre « en Marche » et d’aller voir si je retrouverais ces points clefs dans la proposition d’Emmanuel MACRON dont nous attendons qu’elle se précise. Un simple cadre définissant ces quelques priorités lisibles pour les français. Point n’est besoin de propositions nouvelles ou de gadgets sur lesquels vont s’accrocher la meute des chacals de la politique.

*L’expression « en bon père de famille », directement issue de la locution latine bonus pater familias, a été consacrée par le Code civil de 1804 et attribue à l’homme, père de famille, la qualité d’être bon gestionnaire. Elle est supprimée du vocabulaire juridique par la loi n° 2014-873 du 4 août 2014, qui entend consacrer «l’égalité réelle entre les femmes et les hommes».

Les prémisses et les promesses

Il vaut mieux que les promesses s’appuient sur des prémisses solides. La force de celles-ci n’est forte que de la solidité de celles-là.
Est-il raisonnable d’attendre le retour au plein emploi du dispositif décrit par François Fillon ?
Il faut, nous propose-t-il, restaurer la compétitivité des entreprises, et baisser leurs charges de 50 milliards. En supprimant le CICE, probablement, et en le transformant en baisse pérenne de charges d’un montant peu ou prou équivalent ?
Quelles conséquences attendre d’une baisse de charges de l’ampleur de celle apportée par le CICE, et prolongée dans le temps ? Il faudra d’abord pour les entreprises, restaurer leurs marges, ensuite réanimer l’investissement en panne, s’il y a des possibilités de conquête de parts de marché, des produits ou des services à promouvoir dans le pipeline de l’entreprise. On gagne de l’argent aujourd’hui sur les marchés existants, on investit demain pour la conquête, on embauche après-demain, si le succès est au rendez-vous, et s’il ne s’agit pas d’investir pour automatiser des lignes de production ou remplacer les employés (des agences bancaires) par des services numériques.
Pour faciliter l’accès à l’emploi, il faudrait tourner l’apprentissage vers l’entreprise, tout le monde est d’accord, mais cela ne se fera pas en un jour. Il faudra redéfinir les filières scolaires, trouver des accords avec les entreprises, pour former ensuite, en quelques années, les futurs titulaires des dizaines de milliers d’emplois industriels non pourvus faute de candidats compétents. Les effets attendus ne se manifesteront pas avant des années.
Ici encore, c’est le calendrier des effets attendus qui semble ne pas avoir fait l’objet d’une très grande attention. Avec des affirmations aussi péremptoires qu’un retour au plein emploi, (sur le modèle de l’Allemagne, dont les efforts remontent aux années 2000, et dans un autre contexte économique),  on attend au moins un début de réalisation à l’issue du premier quinquennat.  François Fillon risque bien d’être de nouveau devant ses électeurs dans cinq ans, sans qu’on n’ait encore vu grand-chose sur le front de l’emploi. Nous avons eu le feuilleton de l’inversion de la courbe, nous aurons celui du « retour au plein emploi ».
Sous la rubrique « faciliter l’accès des entreprises au financement par l’épargne privée », on propose de transposer à l’IRPP des dispositions qui existaient pour l’ISF (qu’on supprimerait), à savoir la déduction de l’impôt sur le revenu de 30 à 50 % des sommes investies dans une entreprise. Plus qu’un fléchage de l’épargne privée vers les entreprises, ce serait en fait une dépense fiscale, une dépense de l’état, dont l’effet serait incertain, dans son ampleur – il pourrait bien peser sur le budget de l’état, s’il est adopté massivement par les contribuables, et ce serait la condition de sa réussite – et dans son efficacité sur l’emploi – quelles entreprises, quels secteurs seraient éligibles et quels effets attendus de cet afflux de cash important (on l’espère) et inattendu, dans les entreprises, si celles-ci n’ont pas de projet d’investissement productif dans leurs cartons et si la conjoncture est médiocre ? Comment identifier les entreprises-cibles, où l’afflux de financement serait suivi d’effets, sur l’investissement et sur l’activité, puis sur l’emploi ? Ne risque-t-on pas un phénomène de type monnaie-hélicoptère, indistinctement répandu par l’état sur le terrain économique, avec une forte déperdition ?
Faire en sorte que les actifs gagnent plus que ceux qui vivent des revenus d’assistance, c’est réanimer la vilaine polémique sur le cancer de l’assistanat. Il s’agirait de baisser les revenus d’assistance ? Il faudrait que les assistés-incités puissent trouver un débouché à leur nouvelle motivation, mais lequel s’il n’y a pas d’emplois ?  Si cette baisse des revenus d’assistance est significative, l’effet immédiat serait un effet négatif sur la demande. Les assistés consommeraient moins de produits de base. Ils sauteraient un repas ?
Miser sur le travail indépendant ? Alors qu’on a été incapable de réformer le RSI, réforme demandée à cors et à cris durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et attendre d’un secteur d’activité dont les acteurs sont soumis à un régime repoussoir qu’ils représentent un nouvel eldorado, un gisement d’emplois ? Et les auto-entrepreneurs, dont une écrasante majorité n’y trouve qu’un maigre revenu d’appoint ?
Réformer pour de vrai le code du travail, y compris dans son volet de durée du travail, nettoyer les écuries d’AUGIAS, et ne garder qu’un code du travail réduit à quelques principes, est-ce utile ? n’est-ce pas créer encore de l’instabilité réglementaire, alors qu’on pourrait  se couler dans les travaux préparatoires de la précédente équipe. Il faudrait prendre au mot le rapport Combrexelle, et pourquoi pas pousser les feux sur le dispositif initial prévu par le gouvernement Hollande. Continuité au service de la Nation. Une belle histoire à raconter, en évitant sur ce sujet les attitudes martiales et en traitant l’affaire comme une évidence, partagée par tout le monde. Une triangulation façon Hollande pour le nouveau président. Ne pas communiquer sur l’héroïsme ou le maximalisme du plan Fillon, pour ne pas s’exposer à la polémique qui va enfler dans les prochains mois sur la « casse sociale », c’est en effet préférable, pour éviter de dérouler un tapis rouge à la dialectique du Front National.
Il y a une grande distance, on le voit bien, entre ces prémisses et les conclusions-promesses aventureuses telles qu’elles furent martelées par François Fillon pendant la campagne de la Primaire. C’est cette relative incertitude sur l’atteinte rapide du plein-emploi et sur la complexité du sujet qu’il vaudrait mieux expliquer aux français, en se donnant l’image du président prudent et pédagogue, après l’épisode du président déterminé.
Il faudrait en particulier faire comprendre aux français qu’il existe des « externalités » menaçantes, en clair un contexte pas forcément favorable pour l’emploi.
Tout d’abord la croissance est durablement en panne dans les pays développés, stagnant à 1.8 % depuis 2010, contre 2,9 % avant la crise, et cela ne semble pas s’améliorer. Il est possible que nous amorcions une stagnation séculaire, comme le prétend Larry Summers, ancien secrétaire au trésor de Bill Clinton. Pour lui, la demande est en panne, les classes moyennes s’appauvrissent, les riches s’attribuent la part du lion, et ils épargnent plutôt que de consommer, la demande s’étiole. Il faudrait alors faire de la relance budgétaire, comme s’apprête à le faire Donald TRUMP ? Vérité au-delà de l’atlantique, erreur en-deçà. Au-delà du constat partagé des deux côtés de l’atlantique sur la stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes, les causes ne sont pas les mêmes chez nous et aux USA. Il n’y a pas chez nous, de progression des inégalités d’un tel niveau, et du côté des leviers d’action, l’option du dérapage budgétaire est hors-jeu chez nous. Il nous faudra investir dans le cadre de très maigres marges budgétaires, nous le savons déjà et pour stimuler l’offre ?
Mais pour autant, ce choix d’une politique de l’offre, à laquelle il faudrait consacrer toutes nos ressources budgétaires rares, qui était devenu le passage obligé de tous les programmes, de la gauche de gouvernement, aussi bien que de la droite, risque de buter sur une nouvelle donnée, c’est l’inflation qui pointe son nez, et qui annonce une tension sur le front du pouvoir d’achat des classes moyennes. Les prévisions de hausse des prix à la consommation sont de 1,7 % pour la zone euro, alors que Bercy prévoyait 0 % en France en avril dernier pour 2016.
Pour Robert Gordon, autre économiste nord-américain, c’est bien une panne de l’offre à laquelle nous avons à faire face. La cause en serait la mystérieuse panne de la productivité, qui intrigue les économistes. Il y a plus de capital investi par poste de travail, et cela n’a pas augmenté la production. Ce mouvement de baisse tendancielle des gains de productivité, date d’avant 2008, et le développement du numérique ne semble pas y faire grand-chose, au contraire.
Les NTIC pourraient bien supprimer massivement des emplois, pas seulement les emplois à faible technicité, et à contenu répétitif, mais aussi les emplois plus sophistiqués. Les banques, les sociétés d’assurances, s’apprêtent à supprimer massivement des postes. Rappelons les prévisions de la Oxford Martin School, 30 % des emplois remplacés par des algorithmes, (9 % des emplois pour l’OCDE)  *
Il n’y a jusqu’à la nature même des emplois qui ne risque d’être massivement affectée (l’ubérisation de l’économie).
La plupart (70 %) des emplois créés dans les dernières années sont des emplois précaires, des CDD et on voit mal comment cette tendance de fond pourrait se modifier, sauf à instaurer un contrat unique. Il n’y aurait plus les insiders, ultra-protégés, et les outsiders précaires, mais un continuum d’entrepreneurs d’eux-mêmes, entre le contrat zéro heure sur le mode des chauffeurs d’UBER (ou des médecins payés à l’acte), où l’on commence à percevoir une rémunération dès la première unité  produite, jusqu’aux emplois classiques, et supposés pérennes, dont la rémunération est forfaitaire, déconnectée des unités produites, mesurée en temps de travail, sur le modèle des emplois actuels. Dans le premier cas, les coûts pour l’entreprise ou le donneur d’ordre, sont des coûts variables (je ne paie que s’il y a production et pour les unités produites), et dans le second cas, l’emploi salarié, je paie quelque soit la production, et il faut que je dimensionne mes « capacités » en fonction de ce que j’ai à produire. C’est un coût fixe, et un statut pour les employés, à opposer à un contrat dans la configuration précédente, celle des « indépendants ». Le statut confère-t-il plus de sécurité que le contrat ? L’indépendant à plusieurs clients, et les difficultés de l’un d’entre eux peuvent être compensées par les autres, alors que l’employé n’a qu’un seul employé (en général), et il est plus exposé à une crise dans l’entreprise ou une restructuration. Le CDI est-il une protection contre la déconfiture de son employeur ?
Ceci n’est pas un plaidoyer en faveur du statut d’indépendant, qui est encore minoritaire, mais un appel à se pencher sur les potentialités de développement de l’emploi qu’il recèle, pourvu que soient instaurés quelques filets de sécurité, et qu’on mette en place une doctrine permettant une vraie reconnaissance des indépendants, ouvrant la possibilité de mener une carrière d’indépendant, qui ne soit plus un pis-aller, dans l’attente d’un « emploi stable ».
C’est le sujet du livre de Jacques BARTHELEMY et Gilbert CETTE « Travailler au XXI ème siècle » **.
Nous connaissons ces jeunes entrepreneurs qui ont quitté des emplois stables, et qui proposent leurs services, sur des plate-formes numériques pour les moins qualifiés d’entre eux, avec le bonheur d’éprouver la liberté d’être son propre patron. Foin du carcan de l’emploi salarié, on s’affronte à la réalité de la valeur de ce qu’on met sur le marché. On y est rapidement rattrapé par le sentiment d’être exploité. Il reste une réflexion à mener sur le lien de subordination, le partage de la valeur entre ces indépendants et leur apporteur d’affaires, qui sont des plate-formes internationales, dont les revenus ne sont pas fiscalisés chez nous. Il reste le problème des cotisations sociales, chômage et retraite. C’est le chantier à venir de la définition d’un cadre légal pour ces activités. Il faut selon les auteurs « dépasser le droit du travail grâce au droit de l’activité professionnelle. Dans un premier temps, certainenement, mettre en place un filet de sécurité personnel pour ces indépendants, assurance-chômage comme le propose Emmanuel MACRON ?

Devant ces externalités-là, le programme pour le plein emploi de François Fillon risque bien d’être comme fétu sur une mer déchaînée, dans les dix ans à venir.
Si on veut se faire une opinion de la totalité de ce qui est en train de se passer sur le front de l’économie, il vaut mieux lire « La révolution » d’Emmanuel Macron*** que le programme de François Fillon. Je suis navré de devoir le constater.

*Eric Brynjolfsson Erik & Andrew Mac Afee  » Le deuxième âge de la machine » 2014

** Jacques BARTHELEMY et Gilbert CETTE « Travailler au XXI ème siècle ». 2016

*** Emmanuel MACRON  » La révolution »

La durée légale du temps de travail, un combat d’arrière-garde ?

Est-il permis à un simple citoyen, rouage infime de la grande machine économique de réfléchir aux propositions du candidat François FILLON, ancien premier ministre, abondé dans sa réflexion par 400 experts ?
Le doute s’est en effet instillé dans l’esprit de bien des observateurs, et dans le mien, sur la vérité, véracité, sincérité, cherchons le terme, de certaines propositions du candidat à la fonction suprême, ou, perception tout aussi péjorative, sur l’intelligence ou la considération des situations concrètes qui suivraient un blanc-seing donné par la nation pour mettre en œuvre ses propositions.
Je crains quant à moi que ce ne soit pas la frugalité, le souci de l’efficacité économique, et l’économie de moyens qui aient présidé à la proposition de revenir sur les 35 heures, mais une surenchère délétère qui risque d’amener la nouvelle majorité à s’enliser dans une guerre de tranchée et remobiliser contre elle la vieille garde revigorée de la gauche archaïque.
On peut aujourd’hui se forger une opinion simple au sujet du temps de travail. Point numéro un, nous avons à peu près dans tous les pays européens une durée effective hebdomadaire du travail voisine, voire identique, approchant les 39 heures, sauf dans la fonction publique, où elle est souvent inférieure aux 35 heures. Point numéro 2, c’est un acquis social, une sorte de droit à travailler moins, et il faut de bonnes raisons pour revenir sur cet acquis. Point numéro 3, la gêne apportée aux entreprises par cette réduction du temps de travail consiste en un alourdissement du coût du travail, car, avant toute chose, les 35 heures, c’est un seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Au-delà de 35 heures, le travail coûte plus cher à l’entreprise.
La solution la plus « frugale », et économe de moyens, est de poursuivre l’évolution actuelle, et de placer à 39 heures le seuil de déclenchement d’une majoration de la rémunération horaire du travail. Il y aurait des heures supplémentaires payées au taux de base de 35 à 39 heures, et une majoration significative à partir de 39 heures.  Conservons à 35 heures la durée légale du travail, c’est à dire le droit pour ceux qui le désirent de choisir cette durée de travail, tout en laissant la possibilité aux accords de branche de déroger à cette règle, là où cela s’impose de fixer pour tous les employés d’une branche, une durée de travail plus élevée. Nous voyons déjà les heures supplémentaires entre 35 et 39 heures affectées d’un taux de majoration de plus en plus modeste. Il n’y a qu’à compléter le mouvement actuel.
Passer aux 39 heures pour tout le monde, (payées 35 heures de surcroît), ou se caler sur le filet de sécurité européen des 48 heures pour ce qui devrait figurer dans le  code du travail, et déléguer aux branches les accords sur le temps de travail, cela pourrait sonner à certaines oreilles comme un propos churchillien, mais c’est une proposition inutile, inapplicable, et dangereuse.
Faire de cette mesure un marqueur d’une politique économique, c’est tout simplement mener un combat d’arrière-garde, et occulter les vrais sujets, alors que 70 % des embauches se font actuellement en CDD et que l’ubérisation de l’économie progresse et présente de nouveaux défis, imposant aux politiques de penser ce que le travail est en train de devenir.

Les fausses notes du candidat François Fillon

Comment qualifier ce que je ressens en observant l’offre politique telle qu’elle est en train de se composer sous nos yeux au sein de la droite et du centre ? Je me sens fracturé, au sens d’une ligne qui passerait en dehors de moi et m’assignerait à une rive, et alors je verrais mes concitoyens de la droite sur l’autre rive, séparés que nous serions par un gouffre. Les débats de la primaire à peine clos, on voit se recomposer les alliances et les mêmes qui s’étaient rangés derrière des bannières maintenant périmées, accourir pour voler au secours de la victoire. Eric Woerth monte vaillamment au front pour défendre des propositions sur l’assurance-maladie, qu’il combattait il y a peu. Les sarkozystes et juppéistes les plus agiles se sont faufilés pour occuper une nouvelle place et s’accrochent à leur strapontin. Le centre-croupion se parcellise en concours d’ambitieux, le plus spectaculaire étant Hervé MORIN, président de région, porteur d’une candidature avortée à la présidentielle, et qui se positionne encore pour recevoir les faveurs de la majorité qui se dessine, donnant le spectacle d’une cupidité politique impudique. Recyclage et interchangeabilité. Nous assistons à la recomposition et à l’attribution des places, alors qu’on ne sait pas comment on va conduire le pays. Ce n’est pas leur sujet.
Je ne me sens pas la moindre humeur militante. Je ne suis pas d’humeur massacrante, non plus, mais plutôt en train de passer du soutien au soutien critique, et bientôt, à la critique tout court.
Peut-être, y-a-t-il trop de fausses notes dans la petite chanson du candidat restant dans le camp auquel je croyais appartenir. Peut-être suis-je maintenant sur l’autre rive.
C’est bien de penser que la loi TAUBIRA nous a été extorquée de mauvaise façon, liant d’une part le désir de légitimer devant la société le mariage homosexuel, qui était accepté par tout le monde, et d’autre part, la filiation dans les couples homosexuels, placée dans le même paquet, point sur lequel la société était divisée.
C’est simplement sur le fait que le consensus n’est pas là, que tout le monde n’est pas d’accord, qu’il faut appuyer la proposition de revenir sur le droit de la filiation, et pas sur l’appartenance d’arrière-plan du candidat de tous les français à une sensibilité catholique. Un candidat qui désapprouverait en son âme et conscience l’avortement, mais qui aurait, comme il le dit, constamment voté les lois légalisant celui-ci, et n’aurait aucune volonté de remettre en cause ce qui est maintenant un droit acquis,  c’est un candidat républicain-laïc, qui pourrait garder en tête la phrase de Saint Paul « tout est permis, mais tout n’est pas profitable », et garder également en lui le souci intime de prévenir l’expérience négative de l’interruption volontaire de grossesse. Il pourrait considérer le taux de grossesses chez les adolescentes comme un indicateur de souffrance sociale, et porter ce fait de société comme une souffrance personnelle, suivre de près cet indicateur, porter cette vigilance, et alors il faut éduquer, prévenir, mettre en place un dispositif, quand on est aux affaires. Nous n’en avons pas vu les signes. Cela pour l’avortement.
Et le même candidat, en revanche, reviendrait sur le droit de la filiation entre le parent A et le parent B, qui feraient fabriquer leur bébé par un utérus-tiers, (la nouvelle doxa), en s’appuyant explicitement sur cette même sensibilité catholique d’arrière-plan, et non pas sur le sentiment, partagé par beaucoup de français, qu’on a cédé trop facilement au camp des sectaires et des idéologues inspirateurs du paquet TAUBIRA. C’est ainsi s’exposer à proposer aux français que la révision de la loi TAUBIRA soit la victoire du camp des bigots sur celui des sectaires de l’autre camp. C’est une faute d’avoir perdu le point de vue surplombant d’un président prudent, refusant qu’on impose à tous, un changement dans les mœurs, disons-cela comme ça, alors que tout le monde n’y est pas prêt, et alors, mieux vaut conserver le statu quo. C’est cela, un conservatisme acceptable par toutes les parties. Il faut le construire, l’expliciter, recueillir l’adhésion des français à son sujet.
Conserver le statu quo, ce n’est pas la même chose que revenir sur des dispositions qui ont ouvert un droit à un groupe de personnes, certes très restreint, dont il faut plutôt faire en sorte qu’il le reste – restreint – il faut alors organiser cette restriction de l’accès à ce droit, par toutes sortes de conditions drastiques. Le point-clef, compris par tous, c’est le bonheur et l’équilibre des enfants qui naîtraient dans de telles conditions (GPA). Pour l’instant, François Fillon nous a donné l’impression d’une grande impréparation sur ce sujet. Il ne semble pas en mesure de remettre en cause les dispositions sur la filiation sans déclencher une guerre de tranchées.
Il y aura d’ailleurs assez à pourfendre pour le grand œuvre de la réforme des finances publiques. Et là, nous pensions que c’était du solide, le programme concocté depuis des années par 400 experts, mazette, pour restaurer les grands équilibres.
Et patatras, on nous dit qu’il sera tout simplement impossible de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires sur un quinquennat, ou même sur deux. On voit bien la règle de trois : soit une augmentation du temps de travail des fonctionnaires à 39 heures, vous totalisez les heures gagnées par rapport à la situation actuelle, vous divisez par un temps de travail moyen par poste, et vous obtenez 500 000 postes, que vous pouvez supprimer. CQFD. C’est tellement brillant que cela se passe de commentaires.
Et puis repatatras, pour la sécu, et cette sinistre histoire de panier de soins, qu’on voudrait alléger de la bobologie, mais aussi des lunettes et des soins dentaires et qui se transformerait en panier percé. Continuité entre le président qui moque les sans-dents et son successeur qui voudrait leur faire payer une prime d’assurances pour avoir le droit d’aller chez le dentiste.
François Fillon est-il devenu un adepte de la « post-truth », la post-vérité, qui consiste à surévaluer grossièrement et sciemment les objectifs qu’on se fixe et qu’on sait qu’on n’atteindra pas, pour mettre en scène la farouche détermination, la volonté sans faille d’un homme de convictions (« n’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » dit Emil Cioran). Une posture en somme, qui pourrait bien se transformer en imposture. S’agit-il de vendre aux électeurs ce mouvement de la volonté, ce geste, qu’importe s’il est imprécis pourvu qu’il soit bien visible, comme un chasseur qui tirerait « au jugé », espérant que les électeurs votent de même ?
Il faut craindre que nous n’ayons pas affaire à une telle habileté, mais que notre candidat ne soit en train de se tromper de convictions, tout simplement. « Les convictions sont des prisons », écrivait NIETZCHE, et il s’est laissé enfermer dans ce récit du programme solide, préparé de longue date, sur lequel il était légitime de prétendre dire la vérité aux français, seul contre tous, et qui pouvait lui permettre de hausser le ton et couvrir la voix de ses concurrents.
Lancinante question qui se trouve posée en effet, avec plus d’acuité encore dans cette campagne : comment se prépare-t-on à gouverner ? Peut-on compter sur quelques conseillers aux têtes bien faites, qui viennent vous vendre leurs assertions et leurs certitudes, mais jamais leurs doutes, puisque c’est ce qu’on leur demande. Ce sont ces quatre-cent experts, dans l’esprit du candidat, qui représentent la caution ultime de ce programme, lequel mérite d’être publié sur du papier glacé, puisque ce sont des « vérités », qu’il faut dire aux français.
Le cauchemar de la démocratie, c’est de voir et d’entendre un président de la république, comme nous l’avons entendu, en 2008, s’adresser à Jacques ATTALI, président de la commission pour la libération de la croissance française, et déclarer : « ce que vous direz, nous le ferons ». Ce sont ses propres termes. Sur ces 316 propositions, organisées autour de huit grandes ambitions, une seule avait commencé à voir un début d’application, « supprimer les rentes, réduire les privilèges, favoriser les mobilités ». Il s’agissait de permettre à de nouveaux chauffeurs de taxi de s’installer sans payer de licence ! Cela nous avait valu de beaux embouteillages. Il faudra attendre UBER pour voir la fin des rentes pour les chauffeurs de taxi, qui sont maintenant les seuls à payer des cotisations sociales et rembourser l’achat de leur licence. Quant à la suppression des départements, à la réduction du nombre de communes, à la baisse des cotisations sociales, et au transfert sur la CSG et sur la TVA (la TVA sociale), toutes propositions de la commission, on en a parlé, mais tout cela s’est fracassé sur le mur de la réalité. Cela n’a pas empêché la même commission, d’estimer deux ans plus tard que 60 % des mesures préconisées dans son rapport avaient été « plus ou moins mises en œuvre », puis enfin, préciser en octobre de la même année, que l’urgence restait entière quant à la maîtrise des dépenses publiques, la réforme de l’état, de l’éducation, et beaucoup d’autres sujets, prononçant l’avis de décès de la commission, qui comptait dans ses rangs un jeune banquier plein d’avenir, Emmanuel Macron.
Rêvons un peu, et imaginons que la commission ait été instituée dans la durée, avec des rendez-vous réguliers de ce club de réformateurs, travaillant bénévolement pour leur pays. La commission aurait pu évoluer sur des positions initiales peut-être excessives ou datées, par exemple, être amenée à craindre les effets récessifs d’une politique trop rigoureuse de maîtrise budgétaire, puisque ces interrogations se font jour à ce sujet, même au sein du FMI, trouver le bon curseur, éviter la course à l’échalote, 75, 100 milliards d’économies, qui dit mieux ? Comment ? Pourquoi ? Quels effets prévisibles ?
Imaginons surtout qu’on ait pu, comme dans d’autres pays européens, organiser le débat public autour de ces options, par exemple en favorisant la diffusion de blogs, la création de forums non formatés, non « modérés », où de simples citoyens essaieraient de réfléchir sur la chose publique. Des membres de la société civile, selon la formule consacrée, (y compris des chauffeurs de taxi), qui pourraient donner un avis pertinent sur la chasse aux rentes et sur beaucoup d’autres sujets, puisque ce sont eux, les véritables experts de leur « poste de vie ». Je me suis fait l’écho dans ce blog, ces dernières années, de cette proposition de diffuser auprès des sympathisants de la droite et du centre, l’adresse des blogs citoyens, ce qui aurait l’avantage, peut-être, d’inciter beaucoup d’autres citoyens à s’exprimer, réfléchir, penser par eux-mêmes, s’informer pour échanger, créer leur propre blog ou espace d’expression. In desertum clamavi. Mépris et silence à tous les étages, de la section locale de la défunte UMP, puis de LR, puis aux tentatives de dialogue avec l’entourage des candidats. Ce cercle vertueux, d’avoir de meilleurs militants, de meilleurs citoyens, car plus informés, plus lucides, est-il désiré par nos hommes politiques ?
Quant aux experts du premier cercle, par exemple, monsieur de CASTRIES, a-t-il un blog, est-il prêt à descendre dans l’arène citoyenne pour défendre ses points de vue, d’homme à homme, de citoyen à citoyen, ou bien n’aurons-nous pour seule information, qu’il est catholique pratiquant, qu’il se tient prêt et qu’il est possiblement notre futur premier ministre. Pour autant, il a laissé son candidat faire piteusement marche arrière sur le panier de soins, après avoir inspiré, dit-on, la proposition de réforme du risque maladie.
Les experts sont-ils capables d’humilité, de montrer une opinion en train de se former, la leur, appuyée sur leurs informations, susceptible d’évoluer, sollicitant la réponse des citoyens, ceux-là qui pourraient être affectés par leurs propositions, et qui ont l’expertise du terrain social, puisqu’ils y vivent.
Dans cette configuration, les programmes politiques ne seraient jamais terminés, arrêtés, mais toujours remis sur l’ouvrage, actualisés, critiqués, jusqu’à faire consensus, ce qui permet une mise en œuvre déterminée et sécurisée, car le terrain serait préparé. Une sorte de progrès  continu.
Elargir le débat à tous les citoyens, et non plus seulement à la représentation nationale, ou aux seuls médias, dont nous ne connaissons que trop les biais cognitifs et moraux, dictature de l’actualité, points de vue idéologiques, connivence, goût irrépressible du discours d’assertion et de conviction, des leçons assénées aux citoyens, absence de continuité de la réflexion sur les sujets de fond, une fois qu’ils échappent au projecteur de l’actualité, absence de questionnement sur le bien-fondé de leurs positions passées, et sur leur fonctionnement.
Trouver la bonne articulation entre ces trois ordres, la représentation nationale, les médias, les citoyens, c’est la démocratie délibérative, qui n’est pas la démocratie participative, laquelle est une utopie – un pouvoir qui serait exercé directement par les citoyens – Il s’agit plus sagement de faire en sorte que toute décision soit longuement soumise au débat citoyen, avec les espaces et les canaux nécessaires à ce débat public, et que le gouvernement et les membres de la représentation nationale décident, en toute connaissance de l’état de l’opinion.

Oui, je suis sur l’autre rive.

Joyeux Noël !

Une carte postale du 21 avril 2016

« La grande image n’a pas de forme ». Je pensais au titre de l’ouvrage du philosophe-sinologue François JULLIEN, dissertant sur l’art de peindre dans la chine ancienne, et sur LAO TZI « Le grand carré n’a pas d’angle, la grande image n’a pas de forme ».
Nous voyons apparaître, par bribes, les morceaux de programme des candidats de la primaire. Nous sommes dans un paysage nuageux, dont émergent le sommet de collines, où l’on aperçoit la silhouette de pèlerins sur des chemins tortueux, procédant avec lenteur et hésitation.
Nous attendons l’image complète, ce que d’aucuns appellent la  «vision» d’un candidat-prophète, terme nostalgique s’il en fût, ombre portée d’un certain Général, et d’un temps où les options étaient tranchées, et le courage politique plus partagé. Personne n’est content. Les journalistes appellent de leurs vœux un «récit», dont ils puissent se repaître, mais n’auraient de cesse d’en explorer tous les soubassements de calcul politique et tous les non-dits, et démonter toutes les ficelles du «story-telling». C’est leur seule grille d’analyse. Les citoyens désespèrent de leurs hommes politiques, qui ne semblent pas mieux comprendre l’époque qu’ils ne la comprennent eux-mêmes.
En ces temps de disette et en même temps de surabondance programmatique, nous sommes effarés de ne pas repérer de cohérence interne dans les propos, qui ne sont pas encore des propositions définitives, des candidats, même s’ils sont assenés avec le ton de la conviction la plus affirmée. Mieux vaut ne pas suivre au fil des semaines les déclarations d’un candidat qui a pourtant occupé la fonction, a fait le job cinq années durant, vaille que vaille, pendant l’avant-dernier quinquennat, qui maintenant fluctue comme un frêle esquif, entraîné par de mauvais courants, et qui pourrait bien sombrer (et mergitur).
De ce fait, la place est libre, et cette foire d’empoigne qui s’ébauche apparaît bien comme une lutte pour les places (pour la place, certes, mais aussi pour les lots de consolation, qu’on a su trouver dans les suites de la primaire de gauche pour Arnaud Montebourg, dans son costume de redressement productif, et pour Manuel, l’homme des coups de menton et du verbe haut – il en fallait bien un – opportunément ringardisé aujourd’hui par le jeune et brillant ministre des finances, qu’on a lui-même privé de sa grande loi « MACRON 2 », pour lui donner le patronyme « EL KHOMRI », sans prévoir le fiasco que deviendrait cet imbroglio à la sauce hollandaise, lui épargnant de fait les coups, et lui laissant du temps libre pour se mettre « en marche ».
A droite, dans le vide laissé par le naufrage en cours du candidat naturel, s’engouffrent tous les ambitieux, donnant de la compétition elle-même une image amoindrie, et tirant vers le bas la primaire elle-même. Les représentants de petites coteries, ou représentants d’eux-mêmes, une fois encensés par les médias, qui leur ont ouvert leurs micros des heures durant, quand ils étaient sous les feux de l’actualité, et qui n’étaient rien sans l’onction de l’ancien président, veulent maintenant leur tête-à-tête avec la Nation. Seuls les députés pourront recadrer ces impétueux, et leur rappeler qu’ils n’ont pas la « centralité institutionnelle » qu’ils croyaient avoir dans leurs rêves les plus fous.
Il faudrait certainement beaucoup de force à un candidat, pour convaincre sur une grande vision (« big picture »), et sortir par le haut de ce rendez-vous avec l’histoire qui s’annonce sous des auspices peu favorables.
Nous voyons bien chez notre candidat en tête des sondages, que rien ne l’incite à la posture du stratège pour la Nation, qui tracerait devant elle les chemins de son avenir en toute clarté. Il pourrait avoir la tentation d’une stratégie de nomination par défaut, sur le modèle de celle de son mentor Jacques CHIRAC en 2002. Dans cette configuration, il faut simplement éviter les faux-pas, ceux qui ont conduit François FILLON là où il est, après sa lutte fratricide avec Jean-François COPPE, puis sa critique acerbe du quinquennat précédent, dont il aurait été, pendant cinq ans, un chef de gouvernement qui aurait choisi de « fermer sa gueule » et de rester. Ce désir de rester en place avant toute autre considération constitue un positionnement irrémédiablement faible pour sa candidature actuelle, sans compter les fausses notes plus récentes, par exemple, ses analyses sur la situation syrienne, imprégnées d’un poutinisme sans nuance, qu’il semble partager avec l’extrême-droite.
Alain JUPPE devrait donc se faire violence pour manifester de l’audace, car à la fois, il pourrait bien être échaudé par sa cuisante expérience de grande vision réformatrice, qui a tourné comme l’on sait, dans les années 1995. Et à la fois aussi, une trop grande clarification n’est pas son intérêt à ce jour. Il pourrait bien trouver son inspiration dans un autre concept de la chine ancienne, décrit par LAO TZI, « Wei-Wu-Wei », se laisser porter par une configuration favorable, et « agir sans agir ». A ce titre, son programme, que nous voyons se construire, au fil des publications thématiques, et qu’il qualifie opportunément d’ébauche, ne pourrait être rangé dans la rubrique « réformes structurelles », mais plutôt, pour l’instant, dans la rubrique aimable du jardinage « taille douce » de notre beau jardin à la française, qui s’apparente de plus en plus à un labyrinthe.
Pour tous les candidats de la primaire, et pour Alain JUPPE, il y a d’abord  l’horizon des grands équilibres budgétaires, du déficit et de la dette, et les grands coups de rabot de cinquante, cent, cent-cinquante milliards d’économie, qui sur un quinquennat ou deux, pour certains candidats, qui avant une date butoir, pour d’autres, devront être passés sur notre beau modèle social.
Le problème, c’est qu’on a du mal à faire le lien entre cet horizon budgétaire, qui projette son ombre sur le pays, comme une guillotine, et les petits récits localisés et protecteurs, sur l’école de la république, sur l’état régalien, sur l’économie, bientôt sur la santé, dont aucun n’a la force d’aller au cœur de la structure, pour donner l’impulsion décisive, voire proposer les arbitrages douloureux qui semblent s’imposer.
Ce que le citoyen peine à percevoir, en effet, c’est la méthode employée par les candidats, dont nous ne voyons que le produit final, les « mesures », qui se déplacent en train, voire en convoi, mais dont nous ne voyons pas la locomotive.
Il faudrait faire des « réformes structurelles » pour sortir du marasme, entendez par là qu’ on attend d’elles qu’elles corrigent presque magiquement nos déficits. Le but ultime de ces réformes, serait de facto, de corriger le désordre de nos finances publiques. C’est donc à l’aune de leur capacité à atteindre ce résultat qu’il faut les juger, c’est elles qu’on accroche à la locomotive de l’équilibre budgétaire. Sinon, pourquoi bouger les choses ?
L’actualité nous fournit l’occasion d’explorer le dispositif de nos aides sociales. Le député Christophe SIRUGUE a remis au premier ministre son rapport sur la simplification des aides sociales dans la matinée et illico presto, nous attendons des annonces vigoureuses de Manuel VALLS, à midi tapantes, nous dit-on dans les médias.
Le sujet, c’est la « simplification » d’un dispositif d’aides sociales, qui comporte neuf prestations différentes, et qui est considéré comme « coûteux et inefficace ». «Les minimas sociaux sont nés au fil du temps depuis l’après-guerre, et se sont juxtaposés sans que jamais on cherche à les harmoniser» expliquait le parlementaire.
Parmi « trois scénarios possibles », le rapporteur privilégie celui d’ « une refonte en profondeur de l’architecture globale du système des minima sociaux, avec la création d’une «couverture socle commune», qui permettrait de traiter tout usager selon les mêmes règles quand ses ressources viennent à manquer, tout en bénéficiant d’un dispositif complémentaire qui corresponde aussi à ses propres spécificités ». Comprenne qui pourra. Nous avons un dispositif complexe, mais à qui on pourrait reconnaître qu’il permet une personnalisation des aides pour des publics et des besoins spécifiques. On le remplace par un dispositif socle unique, mais on prévoit néanmoins pour chacun un « dispositif complémentaire qui corresponde à (ses) propres spécificités ». Ne sommes-nous pas en plein syndrome de la reine rouge ? (Alice au pays des merveilles, demande à la reine rouge, « mais pourquoi courons-nous ? mais pour rester sur place, mon enfant).
La Cour des comptes indique que les minimas sociaux « ne permettent pas aux allocataires de sortir de la situation de pauvreté ». La pauvreté « monétaire », après prise en compte des revenus de transfert, touche 8,5 millions de personnes en France, soit près de 14% de la population.
Le dispositif ne favorise pas non plus le retour à l’activité. Le taux d’emploi des bénéficiaires des minimas sociaux est très faible, de l’ordre de 14% à 17% selon les dispositifs, à peine 2 à 4% des allocataires sortent des dispositifs au profit d’une insertion durable sur le marché du travail.
Pour autant, les coûts du dispositif s’accroissent vertigineusement. De 2008 à 2014, le coût des minimas sociaux est passé de 17,3 milliards à 24,8 milliards d’euros (+30% en euros constants), hors coûts de gestion et dépenses d’accompagnement. Le nombre d’allocataires croît chaque année, du fait de la crise économique, mais aussi parce que les gouvernements, de droite puis de gauche, ont revalorisé les minimas sociaux (AAH et ASPA en 2008, puis RSA en 2013).
Enfin, il y a un problème de lisibilité, voire de justice, du fait des multiples niveaux d’intervention d’organismes différents, et du cumul des aides, provenant du département ou de la sécurité sociale, amenant des personnes au profil semblable à ne pas percevoir la même somme globale.
La proposition de la Cour des comptes est de ne conserver que trois allocations, RSA, AAH (allocation adulte handicapé) et ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et de faire reposer sur les caisses (CNAF-CAF) la gestion exclusive de l’attribution de ces allocations. Fermez le ban, pourrait-on dire.
Dispositif simple, accessible à un vote du parlement pour un encadrement de la progression des dépenses, de type ONDAM (l’équilibre budgétaire), duquel on n’attendrait pas qu’il favorise le retour à l’emploi, et qui, à ce titre, serait complété par une politique de l’emploi, dont on espérerait qu’elle évite de voir refluer dans le dispositif de plus en plus de chômeurs en fin de droit. Il faudrait aussi prévoir de compenser une possible déstabilisation du système en cas de progression forte du nombre des allocataires, qui se traduirait par une baisse des aides unitaires dans un budget globalement contraint. Pas simple.

Nous trouvons dans LE SCAN ECO du FIGARO le recensement de ces différentes aides, et leur ventilation, auprès de publics qui ne se recoupent pas ou peu, finalement.
Le RSA pour les personnes de plus de 25 ans, ou pour les moins de 25 ans ayant un enfant à charge, ou ayant travaillé deux ans au cours des trois dernières années. Il démarre à 524,66 euros pour une personne seule, à 1101,83 euros pour un couple avec deux enfants, et représente au total 9.8 milliards d’euros par an, pour 2 millions et 530 000 allocataires à fin décembre 2015
L’allocation adulte handicapé, créée en 1975, versée par la CAF aux handicapés, dont le taux de handicap est supérieur à 80 %, versement de un à cinq ans, étendue à un taux de handicap entre 50 et 79 % s’il y a restriction d’accès à l’emploi, jusqu’à l’âge du départ en retraite, 808,46 euros mensuels, un peu plus de un million de personnes en décembre 2015, 8.7 milliards d’euros par an.
L’allocation solidarité personnes âgées, a remplacé en 2006 le minimum vieillesse. Il faut avoir 65 ans, des revenus inférieurs à 9609,6 euros par an pour une personne seule, et 14918,90 euros pour un couple, le montant est de 801 euros pour une personne seule, et 1243 euros pour un couple, 496200 personnes bénéficiaires fin 2014, coût 3.1 milliards d’euros.
L’allocation de solidarité spécifique, pour les chômeurs en fin de droit, qui ont travaillé au moins cinq ans dans les dix dernières années, et n’ont pas atteint l’âge de la retraite, pour une durée de six mois, renouvelable, 487,50 euros par mois, plafond de ressources de 1137,50 euros mensuels, 1785 ,50 euros pour un couple, 435 000 personnes bénéficiaires en 2014, coût 2 milliards d’euros,
L’allocation supplémentaire d’invalidité, versée par la caisse primaire d’assurance-maladie en cas d’ invalidité réduisant la capacité de travail ou de gain des deux tiers, 404 euros mensuels pour les personnes aux ressources inférieures à 3582.45 euros par an, 78 000 bénéficiaires fin 2014.
L’allocation temporaire d’asile, versée aux demandeurs d’asile, plafond de ressources fixé au RSA socle, 524,16 euros, montant de 524, 16 euros pour personne seule, et 1467.65 euros pour un couple avec quatre enfants , 51000 personnes bénéficiaires fin 2014.
L’allocation veuvage, conjoint décédé, moins de 55 ans, ressources faibles, plafond de ressources trimestrielles de 2260.27 euros, ne pas s’être remis en couple pour en bénéficier. 602,27 euros par mois, 7200 personnes fin 2014.
Le revenu de solidarité outre-mer
Résidents outre-mer, revenus mensuels ne doivent pas dépasser 911.12 euros par mois pour une personne seule, et 1431.76 euros pour un couple le montant ne dépasse pas 512,76 euros. 9210 allocataires fin décembre 2015
L’allocation transitoire de solidarité,
Pour les gens ayant cotisé suffisamment, mais n’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite, demandeurs d’emploi en fin de droits, 300 euros par mois, 11000 personnes bénéficiaires fin 2014.
Tout cela représente un total de 25 milliards d’euros bien sonnés, pour les personnes les plus précaires, et ce n’est pas le cancer qui rongerait nos finances publiques.
Le dispositif actuel est plutôt bien ciblé, et souffre peut-être d’abord de la multiplicité des échelons intervenant pour l’éligibilité à ces aides et pour leur distribution. Le regroupement dans un seul organisme, la CNAV-CAF, comme proposé par la cour des comptes, faciliterait la gestion, diminuerait les coûts de celle-ci, globalement. Les barèmes actuels permettant l’allocation des ressources, prennent en compte l’ensemble des ressources et déterminent des allocation « sur-mesure », au plus près des besoins, c’est du moins leur objectif. Certains publics sont en dessous d’une allocation-socle, telle que proposée, mais ils bénéficient d’autres ressources, qui sont prises en compte dans les calculs.
Remplacer tout cela par une allocation-socle, ferait perdre en pertinence le calcul de l’allocation, au profit de la simplicité de gestion. Elle ne résoudrait pas l’inégalité alléguée devant les allocations, liée à la complexité du système actuel, au contraire. Elle ne ferait pas disparaitre la pauvreté, sauf à voir augmenter le montant global de l’enveloppe, accélérant peut-être encore le rythme de progression que nous avons connu dans les huit dernières années.Elle n’inciterait pas plus à la reprise de l’activité, et cela d’autant plus qu’il est question de la généraliser aux 18-25 ans.
Un mouvement en cache un autre, une « simplification », sous forme d’un socle, et une généralisation de l’attribution de ce socle à la  tranche d’âge des 18-25 ans, telle est la proposition de Christophe SIRUGUE, pour des jeunes qui  ont certainement plus besoin d’aides concrètes à la formation, au logement, que d’une rente qui ne les inciterait  pas forcément à préparer leur avenir, sachant que le relais après 25 ans serait pris par une poursuite des mêmes aides, leur aménageant un long parcours d’assistés, accréditant dans leur esprit l’idée d’un droit à une sorte de revenu universel, un mol oreiller assurant un revenu de subsistance, quoiqu’on fasse. En somme, faut-il assigner toute une génération de jeunes décrocheurs à un statut d’assistanat et de relégation, et prononcer aussi tôt dans leur vie l’échec de leur recherche naturelle d’autonomie ?
Le rapport SIRUQUE prend en compte le fait que « tout va mieux » et prépare en fait la redistribution des bénéfices durement acquis du fait des efforts du début de quinquennat, dont nous savons à quel point ils ont payé en termes de croissance et d’emploi. Marqueur de gauche, pour un public oublié au cours du quinquennat, la généralisation du RSA aux moins de 25 ans coûtera 4 à 6 milliards de plus. On nous assure qu’on trouvera les économies budgétaires pour financer cette mesure électorale. Déliquescence, alors que nous voyons maintenant la loi EL KHOMRY vidée de toutes les mesures utiles pour faciliter l’embauche, et même aggravée par la surtaxation des CDD, lesquels constituent aujourd’hui la grande majorité des contrats de travail. On alourdit donc le coût du travail, on plombe la compétitivité des entreprises. Une sorte d’enfer pavé de bonnes (?) intentions. Intentions sans persévérance, si ce n’est celle, désespérée, de redresser la barre, en vue de l’iceberg électoral vers lequel se dirige le Titanic socialiste, et le pays avec lui.

Entrons maintenant dans le dur des transferts sociaux. les dépenses de protection sociale, qui représentent 31,7% du PIB, soit 672 milliards d’euros, principal poste de dépenses publiques en France. Depuis les années soixante, leur progression n’a pas cessé, à un rythme élevé dans les années 1960-1970, 14,3% du PIB en 1959 à 24,5% en 1981, puis 29,6% en 2006 et plus de 30% depuis 2010.
De plus, l’évolution des dépenses de protection sociale n’est pas identique selon les postes de dépenses.
Deux postes sont en forte progression :
Le poste vieillesse-survie, qui comprend principalement le versement des pensions de retraite (de base et complémentaires), passé de 5,1% du PIB en 1959 à 14,4% en 2010. Ce poste est particulièrement dynamique en raison des départs en retraite des « baby-boomers » et de l’allongement de la durée de vie des retraités.
Les dépenses du risque maladie ont également fortement progressé entre 1959 et 2013, passant de 3,1% à 8,7% du PIB. Le remboursement des soins de santé délivrés en ville et en établissements de santé, est la principale source de dépenses avec 139,3 Milliards d’euros en 2013, suivi de la prise en charge de revenus de remplacement (indemnités journalières principalement) pour 9 Milliards d’euros.
le risque « pauvreté-exclusion sociale », essentiellement pris en charge par le revenu de solidarité active, généralisé à l’ensemble du territoire le 1er juin 2009, constitue 2,5% des prestations.

Que nous proposent les candidats de droite pour trouver la centaine de milliards d’économies, (c’est une moyenne), qu’ils se font fort de rogner sur les budgets confondus de la dépense publique, incluant la protection sociale ?
Citons pêle-mêle, Bruno LEMAIRE : Instaurer une allocation sociale unique plafonnée à 2/3 du SMIC, qui rassemblerait toutes les aides sociales (le rapport SIRUQUE), Frédéric LEFEBVRE, après des emplettes programmatiques faites dans les pays anglo-saxons, auprès de nos compatriotes vivant à l’étranger, dont il est le député : Créer une allocation universelle, ouverte à tous, contrairement au RSA, sans condition, donc sans contrôle et cumulable avec un emploi, un revenu universel de vie, dont la généralisation couterait autant que la protection sociale actuelle, selon des estimations faciles à effectuer (mille euros par mois pour 65 millions de français). Mais alors il faudrait que cette allocation soit versée  » pour solde de tout compte », laissant les citoyens responsables de financer leur protection sociale dans un système assurantiel. Très restructurant, en effet, si on ajoute en plus la flat tax, recommandée par le même candidat. Je n’achète pas quant à moi. Nicolas SARKOZY : Conditionner le versement du RSA à l’exercice d’une activité au service de la communauté. Intéressant, mais utilisé à mauvais escient à visée punitive, et non comme pédagogie de renforcement du lien social, et dont la portée n’est que symbolique, sans impact sur les finances publiques, ce qui est quand même le sujet central.
Il ne faut pas oublier la dégressivité des allocations chômage, et toutes les variantes proposées par chaque candidat, suppression ou diminution après deux emplois refusés, dont les effets seraient epsilonesques en termes d’incitation à l’emploi, s’il n’y a décidément pas d’emploi dans le secteur marchand pour accueillir les chômeurs très motivés, car on leur aurait coupé leur allocation-chômage.
Il faut alors se tourner vers la fonction publique ?
S’attaquer au statut de la fonction publique : relever la durée de travail hebdomadaire, directement à 39, voire 40 heures, pour certains, ou à 37 heures payées 37 (durée de travail légale des fonctionnaires, et 39 heures (heures supplémentaires dans la tranche 37-39 ou 39 payées 39 ?). Discussions picrocholines, augurant d’une guerre du même nom, qu’on s’épuiserait à livrer pour un résultat incertain.
Réduire, ou supprimer pour certains, ou encore limiter à quelques fonctions régaliennes, les recrutements sous statut de la fonction publique, et particulièrement pour la fonction publique territoriale, pour permettre aux élus de pratiquer le système de la dépouille (Spoil system), créer un contrat de cinq ans, qui serait donc même dérogatoire aux contrats de travail de type CDI (!) ne pas remplacer les 700 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2020, instaurer un, voire trois jours de carence, lutter contre l’absentéisme, développer la rémunération au mérite, augmenter le salaire des fonctionnaires après qu’ils soient passés à la moulinette. Les fonctionnaires font l’objet d’un grand luxe d’attentions.
La fiscalité, c’est sur, on ne peut que la baisser. Suppression de l’ISF, en refaisant le coup de Chirac, rare moment de courage politique, qui lui fît perdre les élections, dit-on.
Certains ne renoncent pas à diminuer les impôts sur le revenu. D’autres, tournés vers les entreprises, veulent diminuer la taxation des dividendes, qui est confiscatoire, augmenter la TVA, ce qui va contrarier la consommation de produits importés, mais distribués dans nos réseaux commerciaux et contrarier la demande.
Frédéric LEFEBVRE veut la flat tax. Défiscaliser les investissements dans les entreprises (flécher un investissement sur le modèle périmé des niches fiscales). Réduire les impôts tous azimuts pour Jean-François COPPE, diminuer à la fois l’IRPP et l’impôt sur les sociétés, ou encore pour d’autres aligner l’impôt sur les sociétés sur les pays européens ( compétitivité), mais il faudra pouvoir suivre les anglais, qui seront bientôt à 15 %, réduire les charges sur les entreprises, diminuer les charges patronales (mais financer quand même la protection sociale).
On se prive de ressources budgétaires, dans l’espoir d’une dynamisation de l’économie, qui surviendrait sans autre effort que la diminution des impôts et la maltraitance des chômeurs, la dynamisation de l’économie, que même la monnaie hélicoptère n’est pas sure de nous procurer. Voila une équation qui n’a rien à envier à une certaine inversion de la courge du chômage.
Où va-t-on trouver des économies sur la durée du quinquennat alors qu’on n’égrène que des mesures de long terme qui mettront une décennie au moins avant de porter leurs fruits ? (confer l’effet de la RGPP).

Encore un effort, mesdames messieurs les candidats de la primaire.

Faire, certes, mais que faire ? et comment faire ?

Nous le savons maintenant, il va falloir passer à l’acte, en 2017. C’est une injonction que Robin RIVATON * lance collectivement « aux dirigeants », avec le culot d’un pas-encore-trentenaire, faisant preuve dans ses constats sur l’impuissance publique, et dans ses conseils aux gouvernants, de la même audace qu’un autre jeune loup politique, dans un autre temps et dans un autre registre, celui de l’action, précisément, lorsqu’il ravissait à Charles Pasqua la mairie de Neuilly, à 28 ans. Nous verrons là-aussi si « les fruits passeront la promesse des fleurs **», pour cette jeune tête bien faite, qui se met en position de venir apporter son « expertise » à celui qui est bien placé pour devenir le vainqueur de la primaire, et qui a fait du livre de ce jeune homme « son livre de chevet ».
Nous voyons bien le vocabulaire de la primaire occupé par les verbes d’action, sur le mode impératif et martial, il faut « faire », c’est le titre de l’ouvrage-programme de François Fillon. Il faut oser, le pays est prêt, c’est le message de Robin RIVATON.
Quant à la question du « que faire », nous voyons s’ébaucher un socle commun, au moins sur la politique économique, sur les 35 heures – qu’il faut supprimer- le code du travail – qu’il faut simplifier – la dégressivité des indemnités de chômage, la diminution des charges des entreprises – transformation du CICE en baisse durable des charges (Alain JUPPE), exonération des cotisations patronales sur les bas-salaires et dégressivité jusqu’à 1,7 SMIC (Alain JUPPE) – la suppression de l’ISF, la diminution des emplois publics et/ou de la dépense publique, le contrôle des dépenses sociales. Les différences entre les programmes considérés comme les plus « radicaux », tel celui de François Fillon, et les autres, sont bien minimes. Alain Juppé qualifie ces différences de «goutte d’eau», celle qui pourrait bien faire déborder le vase de l’acceptation par les français de cette avalanche de réformes, et il en sait quelque chose, ou bien encore cette goutte d’eau qui pourrait compromettre le « cadrage budgétaire », qui est l’horizon ultime de la politique économique, pour lui, contrairement à ce que nous avons compris du contre-choc fiscal de Nicolas Sarkozy, dont la téléologie est destinée à un autre usage, celui de créer une surenchère, rendant indépassable le programme de l’ancien président, laissant à plus tard la question de sa faisabilité. Il faut pourtant se mettre en position de pouvoir faire ce qu’on énonce dans son programme faute de retourner dans le vieux cycle des promesses qu’on ne tiendra pas et de la caducité des propositions, qui cette fois transparait dès leur émission sur la place publique, comme le nez au milieu de la figure, pour des citoyens dont on nous dit qu’ils ont atteint la maturité politique, et accessoirement, sont devenus experts en mensonge et incohérence politique. Je ne suis pas convaincu de ce dernier point, même si la faillite des « moi-présidents » a sonné le glas d’une victoire possible d’un programme politique, de quelque parti qu’il provienne, qui ne serait pas pragmatique, gravitant autour d’une version « de droite », ou « de gauche » du corpus de mesures mentionnées ci-dessus, dont le gouvernement actuel est d’ailleurs en train de se rapprocher.
Nous pourrions même évoluer vers une configuration inédite, une convergence sur le cœur des programmes économiques de tous les partis de gouvernement, et une différenciation sur d’autres marqueurs, mais lesquels ?
Imaginons un instant une primaire à gauche, faisant suite au retrait de François Hollande. Ce n’est pas de la fiction. Peut-être l’imperméabilité digne d’un plumage de canard du président sur lequel tout semble glisser, depuis les averses de sa ballade inaugurale du quinquennat, les lunettes embuées, et le front dégoulinant, jusqu’à la douche des sondages successifs, des embellies suivies de rechutes, des courbes du chômage qui refusent obstinément de s’inverser, des quolibets des agriculteurs, peut-être qu’un jour, il y a aura quelque chose, dans la grisaille désespérante du quinquennat, qui sera la goutte d’eau de trop, rendant tout à coup limpide pour lui, la décision de ne pas y aller. C’est ce qu’on peut lui souhaiter devant l’histoire.
Il y aurait alors dans la primaire de gauche, un tandem VALLS-MACRON, s’ils ont l’intelligence de s’entendre, placé en tête des sondages des sympathisants de gauche. Je serais même prêt à aller voter pour cette primaire, tant je me reconnais dans ces nouvelles « valeurs de gauche », telles qu’elles sont portées par ces-deux-là.
Le « Que-faire » est donc déjà solidement constitué, au moins pour les sujets centraux que sont l’emploi et la prospérité des français.
Mais la triangulation façon Hollande a fait du chemin également sur les sujets «régaliens », s’il ne faut citer que la déchéance de nationalité, l’état d’urgence, la « dissuasion » efficace de la venue des migrants en laissant patauger dans la boue et le froid indistinctement, jeunes hommes, femmes et enfants, dans la jungle de Calais et autres lieux. La droite pourra difficilement faire mieux, sinon les laisser mourir de la tuberculose qu’ils auront attrapée dans ces conditions de vie plus qu’insalubres, en refusant leur prise en charge médicale.
Ce n’est donc pas sur un plan idéologique qu’on pourra se différencier, par un mouvement vers toujours plus de droitisation sotte et méchante.
C’est donc sur le « Comment faire » qu’on attend les impétrants, sur une posture d’homme d’état –qualifions-là ainsi- alliant mobilisation enthousiaste du plus grand nombre des citoyens (pour être élu), autour d’une vision pour le pays et d’un programme portant une attention toute particulière aux détails et à l’exécution, avec un double souci de cohérence avec les valeurs portées par un homme, et cohérence interne, entre les parties de ce programme, et ses modalités d’exécution, qui doivent « faire système ».
Disons pour l’instant qu’il est un peu tôt pour Alain JUPPE, de se contenter de «faire des additions », et qu’il serait intéressant pour les français qu’il développe une grande histoire sur la politique de l’offre, la restauration de la compétitivité de l’économie, pas seulement par les petits bouts des « cadrages budgétaires », mais de façon globale, pour créer un environnement favorable aux entreprises, dans les dimensions les plus diverses, ayant toutes à voir avec ce sujet central, déclinées dans les domaines de l’éducation-formation, la politique énergétique, la simplification des normes, l’économie numérique, le développement des circuits courts, et bien d’autres sujets dont il faudrait faire une carte globale.
Le programme d’un homme d’état, comme nous l’aimerions, doit comporter à la fois cette vision, reposant sur un constat fort des grands enjeux, des voies pour le futur, et développer en même temps le dispositif proposé pour les années à venir, concret, incrémental, partant de la situation actuelle, avec les petits ou les grands pas à faire, dans la bonne direction.
Ce qui nous reste de l’exposé des programmes – de tous les programmes qu’on peut lire aujourd’hui – ce sont ces propositions « incrémentales », ces changements dont on pense peut-être que leur vertu individuelle réside dans le fait qu’ils font « bouger les lignes », sans montrer leur agencement global.
Tout programme qui fait l’impasse sur la vision (« the big picture »), apparait ainsi comme étriqué et défensif, y compris et surtout sur les sujets sociétaux.
C’était particulièrement ce qui ressortait de la lecture du programme d’Alain JUPPE sur l’école et l’éducation, considéré par lui pourtant comme « la mère des batailles ».
L’enjeu était d’aménager un cursus pour prendre en charge les décrocheurs, aussi bien que les élèves qui veulent s’engager dans des filières d’excellence, et de ne pas continuer à raisonner en « élève-moyen-statistique ». Faute de cette vision, le programme qui nous est présenté, n’est qu’une collection de petits ajustements certes intéressants, mais qui manquent de souffle et ne préparent pas notre système éducatif à répondre aux défis du présent.
On comprend bien évidemment la nécessaire prudence du candidat qui signe lui-même un document, dont l’aspect d’engagement contractuel doit l’ancrer dans une sorte de plus petit dénominateur commun entre tous les intérêts en jeu, de description de l’action à mener de façon défensive, et restrictive.
Ce qui manque, dans ce cas, c’est l’effervescence du débat dans l’entourage du candidat. Rappelons-nous la proposition qui nous est faite par Alain JUPPE, de « démocratie participative », le recueil de nos propositions, de notre ressenti sur tous les aspects du programme du candidat, l’éducation, le régalien, l’économie.
Ces documents qui sont sortis ou vont sortir dans les maisons d’édition, sont-ils l’alpha et l’omega de la parole et de la pensée du candidat, un document dont la formalisation signifierait qu’il se fige et devienne intangible. La vie va-t-elle s’arrêter de proposer de nouvelles configurations, de nouveaux défis, parce que le candidat a produit son programme ? La créativité de la démocratie participative doit-elle s’arrêter ? Le candidat doit-il s’interdire de modifier son point de vue ?
Ce débat sur ce qu’il faut faire et comment le faire, s’il se poursuit dans l’entourage du candidat (on peut l’espérer), n’est pas visible pour les citoyens, et n’est pas mobilisateur pour eux. Les membres d’Agir pour la France sont mobilisés pour faire du chiffre, trouver des fonds, faire nombre, mais ne sont pas visibles dans leurs productions ni leurs débats internes. Ils ne sont pas animés. Nombre d’entre eux occupent pourtant des « postes de vie », à partir desquels ils pourraient « challenger » les dires d’experts, qui susurrent à l’oreille du candidat, ou qui déposent leurs livres sur sa table de nuit. Aucun d’eux ne descend dans l’arène pourtant bienveillante des clubs d’Agir pour la France. On ne demande à personne de faire l’effort que je fais, de se forger une opinion, de tenter de l’exprimer sur un blog, et d’attendre quelques retours, qui ne viennent jamais, de personnes qui partagent un même engagement citoyen. Comment relancer la délibération, comment faire vivre le programme, non pas comme produit figé dans un ouvrage, mais en lui donnant la chair vivante qui manque sur ce squelette, c’est-à-dire, un processus continu d’engagement citoyen, dans une démocratie délibérative, où chacun continue de penser à la chose commune, en donnant une chance, ensemble, de constituer un courant d’opinion.

* « Aux actes dirigeants » Robin RIVATON éditions Fayard

** François de Malherbe
Prière pour le roi Henri Le Grand

« Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

La fin de tant d’ennuis dont nous fûmes la proie
Nous ravira les sens de merveille et de joie ;
Et, d’autant que le monde est ainsi composé
Qu’une bonne fortune en craint une mauvaise,
Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise,
Conservera celui qui nous l’aura causé. »

L’administration centrale, nouveau bouc émissaire

Cécile CORNUDET, dans les ECHOS, se penche sur le « Syndrome de Benjamin Millepied » qu’elle décrit sans pour autant lui donner encore ce nom. Elle fait le récit emblématique de la façon dont une administration tatillonne et conservatrice, ici l’Opéra de Paris, « tueuse d’initiatives », étouffe toute velléité de changement et détient le vrai pouvoir, celui « de ne rien faire ». Et de généraliser le propos, en citant Emmanuel MACRON, qui « cherche d’autres moyens qu’une loi pour faire passer des réformes » et Laurent WAUQUIER « un ministre n’a aucun pouvoir ». Enfin, notre ancien président, parmi ses « retours d’expérience », qui s’apparentent parfois à des retours de flamme, ne manque pas de mettre sur le dos des pesanteurs administratives son indécision personnelle. Il serait favorable à un « Spoil system » à la française, (« système de la dépouille » à l’anglo-saxonne), en proposant de changer d’emblée les vingt plus importants directeurs d’administration centrale à son arrivée au pouvoir.
Ce n’est pas une bonne idée. Lorsque les politiques n’ont en tête que l’annulation des réformes de leur prédécesseur, et ne sont pas capables de concevoir une réforme sur le temps long ou poursuivre modestement, dans la continuité, les actions entreprises par leurs prédécesseurs, pour la seule raison qu’ils ne peuvent s’en attribuer la paternité, il n’est pas mauvais qu’il existe une continuité, un volant d’inertie, entre le vote, à chaud, de lois souvent partisanes et déséquilibrées, la parution des décrets, et la mise en œuvre concrète des «changements», si tant est qu’ils soient toujours d’actualité et pertinents à moyen terme. C’est le fonctionnement de la démocratie représentative qui est déficient, quand toute décision politique est instruite dans l’urgence, pour répondre à chaud à un évènement ou à un mouvement d’opinion, et passe ensuite à la trappe, quand les projecteurs de l’actualité se sont éteints. Heureusement qu’il y a une continuité dans la haute administration, pour faire vivre avec prudence le mouvement si mal impulsé par le politique, voire pour attendre et voir si les impulsions sont contradictoires et incohérentes. Faire de l’administration le nouveau bouc émissaire des faiblesses du politique, et instaurer un rapport de force avec l’administration, comme on l’a fait avec les corps intermédiaires, c’est le piège dans lequel est tombé notre ancien président.
Alain JUPPE verrait plutôt ses ministres en « managers », faisant corps avec les membres de l’administration centrale. Les ministres sortiraient de la tour d’ivoire du groupe des conseillers, lequel groupe se réduirait en effectifs, en même temps que s’allégerait le budget des ministères. Le ministre serait ainsi de plain-pied avec la réalité du terrain. On ne peut pas faire aux membres de la haute administration le procès d’intention de préférer le statu quo, et pourquoi ne pourraient-ils faire preuve de créativité et d’esprit d’innovation si on le leur demandait ? Au moins l’échelon politique y gagnerait en perception de l’état de la réalité, et toute proposition de réforme comporterait de facto son étude de faisabilité, puisque l’administration centrale y aurait été associée.

Faut-il diminuer les impôts ? (le contre-choc fiscal)

Qu’est-ce qui plait aux français dans la personnalité d’Alain JUPPE ? Telle est la question que je me posais en écoutant Nicolas Sarkozy à l’émission « Des paroles et des actes », et en constatant le manque de simplicité, et l’autocentrement du propos de l’ancien président. Une conviction de forcené comme seule forme d’expression, et revenant à chaque coin du discours, l’intérêt pour son propre destin, pour son action passée et présente, pour son image auprès des français, tout cela a pris chez lui une place dévorante, en même temps que le contenu de ses propositions pour la France connaissait un affaissement spectaculaire.
La condition sine qua non pour que puisse naître chez un homme politique, une parole politique inspirée pour notre temps, pour notre pays, est une sorte de décentrement de la part de celui qui l’émet, un détachement, propice à entendre et formuler les questions qui peuvent naître dans la société et à les reformuler, à en faire le terreau de sa propre réflexion. Il faut donner le spectacle d’une pensée en train de se former, d’une pensée qui exposerait avec clarté des enjeux, des choix, des priorités. En ce sens, cette parole politique, exprimée sincèrement et avec simplicité, doit être stratégique, détachée des affects de l’homme politique qui l’émet, et ne pas sembler n’être qu’au service de son propre avenir.
Nous lisons dans « les Echos » la proposition de « contre-choc fiscal massif » de Nicolas Sarkozy. Disons qu’elle a de quoi laisser perplexe le lecteur le mieux disposé.
Une loi de finances rectificative serait votée dès l’été 2017, mettant en œuvre immédiatement une baisse d’impôts de 25 milliards d’euros.
Il ne s’agit pour le petit lecteur-citoyen  que je suis, que d’examiner la cohérence interne de cette proposition, dont le financement reposerait sur le retour de la RGPP, mais cette fois élargie aux fonctionnaires des collectivités territoriales, également sur l’augmentation du temps de travail dans la fonction publique, l’allongement de l’âge du départ à la retraite, et enfin sur la dégressivité des allocations chômage.
Pourquoi faire voter dès 2017, sous forme d’une loi rectificative à la loi de finances, des mesures qui sont certes faciles à mettre en œuvre dans leur volet dépense fiscale tous azimuts (suppression de l’ISF, diminution de l’IRPP de 10 %, et baisse des impôts des entreprises) mais beaucoup plus difficiles à financer, au moins avec les moyens qu’on nous annonce : Le retour de la RGPP, l’allongement de l’âge du départ à la retraite sont des mesures de temps long, qui sont découplées d’une  loi de finances rectificative.
Il faudrait donc creuser très largement le déficit budgétaire sur l’exercice en cours et sur le suivant, en passant le reste du quinquennat à attendre que se réalisent les effets de ce choc fiscal, qui ne définit pas de priorité entre une action sur la demande (IRPP), et sur l’offre (allègement des charges des entreprises), et qui risque de se résoudre à un saupoudrage, une folle dépense fiscale hâtive et mal fagotée, mal pensée, pour tout dire. Cela nous rappelle l’attente irrationnelle de l’inversion d’une certaine courbe par le président actuel, et sa stratégie trop visible – mettre en œuvre une action de façade, peu importe sa pertinence, et attendre le retournement d’un cycle économique, qu’on feindrait de s’attribuer par son action. « Vous voyez bien que la croissance est en train de revenir, grâce à l’action du gouvernement »
C’est en soi une option possible de se trouver des marges budgétaires, ou de croire qu’on en dispose, mais d’une part il faudrait les utiliser à bon escient, et d’autre part, on peut craindre que le même candidat nous déclarera sans doute dans un autre épisode de son programme, sa volonté d’atteindre l’équilibre budgétaire à très grande vitesse.
Et d’ailleurs, même si on élargit la perspective à quelques années, disons le quinquennat à venir, peut-on raisonnablement espérer une réduction de la dépense publique de l’ampleur mise en avant par le candidat (passer de 57 à 50 % du PIB), avec les mesures mentionnées par le même candidat ?
C’est là que l’exercice du « retour d’expérience » dudit candidat aurait pu le conduire à examiner les résultats de  la mesure phare de son quinquennat passé. Il aurait pu consulter le rapport publié le 12 octobre 2011, par la mission d’évaluation et de contrôle (MEC) de l’Assemblée nationale, évaluant l’impact financier de la règle du « un sur deux » pour le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite.
« Mise en place dans le cadre de la révision des politiques publiques (RGPP), cette mesure devrait se traduire, sur la période 2008-2012, par la suppression de 150 000 postes.
« En termes budgétaires, cette mesure n’a pas eu l’impact escompté. Elle s’est traduite par une économie nette de 100 millions d’euros (contre 400 millions attendus) en 2009 et 264 millions (contre 444 millions) en 2010. Au total, sur les trois dernières années, la masse salariale (rémunérations et pensions de retraite) a progressé en moyenne de 1%.
Plusieurs éléments y ont concouru :
– Le non-respect, par certaines administrations, du plafond de 50 % des économies
réalisées reversées aux agents.
– L’effet « Glissement Vieillesse Technicité » : même avec le gel du point d’indice, la
rémunération des fonctionnaires progresse avec la carrière, les statuts et les changements d’échelons.
– L’obsolescence des données statistiques qui n’a pas permis d’établir des prévisions
fiables. »
Il en est de même pour la dégressivité des indemnités de chômage, formule mise en œuvre entre 1992 et 2001, où l’on était passé d’une allocation fixe jusqu’à la bascule en fin de droit, à une allocation dégressive dans le temps. La conclusion du rapport de l’INSEE, sur la période 1992-1996, est que « la dégressivité…aurait ralenti le retour à l’emploi ». La crainte en effet d’une forte perte de revenus à la fin des droits, dans le système actuel aurait un effet incitatif beaucoup plus fort en faveur du retour à l’emploi. C’est le cas surtout pour les allocations élevées. En revanche, pour les faibles indemnités, le retour à l’emploi est contraint par l’offre de travail. La conclusion de Bruno COQUET (OCDE), est que « la dégressivité tendrait à accroître le chômage de longue durée » (rapport pour l’institut de l’entreprise).
Les autres paramètres méritant un examen seraient la diminution de la durée de l’indemnisation, en fonction de la conjoncture économique ( ce qui se fait aux USA), consistant à connecter la politique d’indemnisation à l’offre d’emploi, car il ne sert à rien d’inciter les chômeurs à revenir en emploi, s’il n’y a pas d’emploi. On pourrait imaginer ainsi définir des durées d’indemnisation différentes selon les métiers ou les secteurs économiques, là où existent les emplois non pourvus, mais nécessitant peut-être une mobilité de la part du demandeur d’emploi. On pourrait aussi connecter la durée d’indemnisation avec un projet de formation, précisément pour diriger les demandeurs d’emploi vers ces emplois non pourvus, après une période de formation.
On pourrait aussi « caper » les indemnités, en montant ou en durée pour les hauts revenus, puisque ce sont les cadres en perte d’emploi, indemnisés jusqu’à 6000 euros par mois, dont on peut penser qu’ils auraient le plus de facilité à revenir en emploi, fût-ce dans un emploi moins bien rétribué, même si celui-ci n’est pas conforme à leur plan de carrière.
On pourrait aussi diminuer  l’allocation-chômage après une ou deux offres d’emploi refusées,  une dégressivité après refus, amenant l’indemnité à un plancher, où, s’il fallait choisir entre la reprise d’emploi, certes dans des conditions non optimales, et  la forte diminution des indemnités-chômage, l’incitation pour le demandeur d’emploi serait en faveur de la reprise d’emploi.
Et la liste est longue d’autres propositions possibles, dont certaines seraient plutôt destinées à rétablir les comptes (30 milliards de dette), ou d’autres à inciter à la reprise d’emploi (lutter contre l’affreux cancer de l’assistanat), ou au mieux, agir sur ces deux leviers. Peut-on parler des indemnités-chômage sans parler en même temps de la politique de l’emploi, et n’en faire qu’un levier d’ajustement budgétaire ?
Et la suppression de l’AME, citée également, sans autre commentaire, un autre ajustement budgétaire ? avec les drames prévisibles pour des personnes de chair et de sang, dont on nous demanderait de détourner le regard ?
On se dit qu’il n’y a donc rien de disponible que cette dégressivité des propositions dans le sac de l’ex-président, et l’on est navré que cette grande énergie s’use à grands moulinets, pour un si maigre contenu.
Non, il faut choisir entre soutien de la compétitivité et soutien du pouvoir d’achat, et donner la priorité aux diminutions de charges pour les entreprises. Laisser penser que nous avons les moyens de stimuler l’offre et la demande, c’est le signe d’une non-sincérité du programme économique de l’ex-président, de son caractère électoraliste, et du rejet qu’il inspirera aux citoyens informés. Et dans le cas où les militants ou les votants à la primaire s’en contenteraient, ce serait une mauvaise action contre la qualité du débat démocratique.
Il faut supprimer l’ISF, ne plus taxer la détention des actifs, mais taxer les flux en provenance de ces actifs économiques, il y a un consensus des candidats de droite sur ce cadre, dans une perspective d’harmonisation européenne et de stimulation de l’investissement en France. Pour autant, la « diminution des impôts de 10 % pour tout le monde » proposée par notre ancien président n’est pas à la hauteur des enjeux. Il faut une refonte complète de la fiscalité du patrimoine, sur le modèle de ce que propose  l’institut COE REXECODE.  Celui-ci constate que les prélèvements dépassent 65 % des revenus du patrimoine, contre 38 % en 1995. Une politique de l’offre ne peut se satisfaire de cette situation catastrophique pour l’investissement. Les niches fiscales supposées alléger cette  charge fiscale, orientent les investissements de façon non optimale. Il faut remplacer les trois impôts, ISF, impôt sur le revenu et prélèvements sociaux par une « flat tax » de 30 %, versée au premier euro, et, pour que cette réforme soit neutre pour le budget de l’état, supprimer les niches fiscales. C’est dans le domaine de la fiscalité du patrimoine que le big-bang fiscal s’impose. II faut sans doute également garder un élément de régulation, pour favoriser l’investissement dans les entreprises, et certes, revenir sur la taxation des dividendes, qui est confiscatoire et désincitative, mais il faut également inciter les entreprises à investir plutôt que distribuer aux actionnaires.

Après le choc des attentats

 

Se remettre à réfléchir, ne pas rester dans l’émotion et l’hébétude, de peur de voir naître en moi un sentiment de haine, «mimétique», et diffus, cherchant son objet  au-delà de ces terribles machines à tuer.
L’heure est au brainstorming, à l’exploration sans frein et sans autocensure de cet évènement qui fait irruption, mais que nous pressentions.
J’ai choisi pour explorer ce terrible champ de bataille, une méthode, décrite par Edward de BONO, les «chapeaux pour penser», que j’évoquais dans un précédent post. Il s’agit de mettre sur sa tête, successivement, un chapeau de couleur différente, chapeau noir pour la pensée négative et pessimiste (intelligence du pessimisme), chapeau jaune pour les pensées et actions positives, qui pourraient constituer des pistes pour une sortie de crise, et qu’il faut essayer de mettre en actes (l’optimisme de la volonté), chapeau vert pour  la créativité, et enfin, le chapeau bleu pour le  processus de synthèse et pour agir sur le monde.
Tant qu’on a sur sa tête un « chapeau », on n’est pas vraiment responsable de ce qu’on pense, et c’est après avoir parcouru tous les chapeaux, une fois tête nue, qu’on peut  faire le tri de ce qu’il est raisonnable d’exprimer, à visage découvert, après avoir exploré tout le champ du possible. Nous portons sans le savoir, en permanence, un chapeau idéologique et un déterminisme socio-culturel, qui restreignent notre pensée et nous interdisent d’explorer des champs interdits. En cela, nous ne sommes pas très différents de ceux qui portent, vissés sur leur front, le chapeau d’une appartenance à un groupe, qui leur a enlevé le fardeau d’avoir à penser par eux-mêmes.
Porter le chapeau noir, c’est avoir une pensée nue, et s’engager dans toutes les voies qui se présentent, sans avoir peur de l’obscurité, là où le lampadaire du politiquement correct n’éclaire pas.  Porter ensuite un chapeau vert, c’est pousser le raisonnement  à partir d’un fait hypothétique, par exemple : « et si le  khalifat était destiné à persister dans la durée, quelles en seraient  les conséquences ? », c’est ce que Edward de BONO appelle la pensée latérale *.
Chapeau noir, explorons sans crainte ce qu’il y a derrière ces jeunes assassins, tuant indistinctement nos jeunes, élevés, eux, dans le respect de la différence. Regardons en face leur terrifiante manière de  s’effacer littéralement derrière leur acte, ne plus laisser de traces d’eux-mêmes, de leur humanité, ne plus avoir de visage, plus de mains, plus de corps, déchiquetés par leur bombe. Des zombies victimes volontaires d’un mouvement sectaire mondialisé ?
Une des grandes religions de l’humanité atteinte dans une de ses franges par un phénomène épidémique de nihilisme déréalisant perdant les repères du bien et du mal ?
Une aspiration à une pureté paranoïaque, à un royaume d’utopie, dont le remède serait peut-être de laisser les foules de djihadistes se heurter à la réalité d’avoir à vivre dans une telle société, et plus seulement mourir pour son avènement ?
Leurs commanditaires. Anciens tortionnaires du parti BAAS de Saddam Hussein, formés aux méthodes de manipulation mentale et d’organisation d’un état totalitaire, méthode KGB, et d’anciens activistes religieux formés à l’école de la haine dans les prisons américaines en IRAK. Ce ne sont pas les dirigeants qu’on peut rêver pour l’avènement du khalifat du prophète, mais si nous faisions le pari de laisser se poursuivre l’expérience, sur un territoire limité, et faire confiance à l’usure du réel pour laisser se tarir la fascination qu’exerce aujourd’hui ce mouvement, qui ne serait plus qu’un misérable état totalitaire habillé des oripeaux de la religion pour opprimer son peuple ?
Au moins, sur le papier, explorons cette hypothèse. Que veulent-ils ? un khalifat, sur un territoire. Il faut un instant en examiner la possibilité. Une étendue désertique, ponctuée de villes en ruine, vidées de leurs habitants ou de toute capacité à reconstituer un tissu social par la sauvagerie successive du gouvernement de ce qui était leur pays, et n’a plus de légitimité à le rester, puis par la sauvagerie de l’occupation de DAESH. Constituer un territoire limité par les contours de la destruction la plus achevée, la plus irrémédiable, dont ces territoires stérilisés ne se relèveront pas pendant des décennies, même si DAESH en est chassé. Instituer dans ce désert où la haine a sévi comme dans peu d’endroits dans le monde, un état confessionnel dans sa version wahhabite, pourvu que les habitants fassent le libre choix de vivre dans cette belle société – et alors il faut accueillir dignement les réfugiés qui ne désirent pas vivre cette expérience très spéciale – Ils sont déjà sur les routes, au moins ceux qui pouvaient payer les passeurs.
Si nous excluons de ce khalifat les quelques grandes villes qui tiennent encore debout, reprises à DAESH, autour desquelles se construirait l’état syrien d’après BASHAR, distinct du khalifat, dans un climat de paix armée, en face lui-même d’un KURDISTAN, qui est aujourd’hui notre plus fidèle allié, seul apte à mener cet endiguement qui restera nécessaire. C’est bien cette politique de fixation du phénomène DAESH sur un territoire et d’endiguement que nous (communauté internationale), avons menée jusqu’à présent.
Profiter aujourd’hui de cette terrible tabula rasa, et prendre en considération les dernières convulsions achevant l’éclatement des nations nées au XIX ème siècle, et construire autour des dynamiques qui existent aujourd’hui, un état résiduel syrien, autour des anciennes minorités alaouites, un Kurdistan, un Irak construit sur l’autonomie de deux régions confessionnelles, sunnite et chiite, et enfin, ce khalifat, auquel une chance pourrait être donnée d’abandonner son fonctionnement de trou noir de la violence mondialisée, en construisant sur ses ruines un état confessionnel sunnite, car c’est bien sur la base de la revendication d’une identité sunnite que le djihadisme a pu trouver un territoire.
Il n’y a pas d’autre horizon politique que la création d’états confessionnels, et pourquoi sacraliser la configuration des états actuels, qui n’est rien d’autre que la suite des accords secrets Sykes-Picot, découpant la région en zones d’influence des puissances de l’époque, une zone française d’administration directe (Liban et Cilicie), une zone arabe d’influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul), une zone anglaise d’administration directe (Koweït et Mésopotamie), une zone arabe d’influence anglaise (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine), une zone brune d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haifa et Jérusalem.
La création de ces états confessionnels n’est-elle pas l’horizon politique qui manque pour donner un sens à la lutte contre DAESH ?
Parvenir à une paix provisoire, dans un périmètre stabilisé, après un effort de guerre conséquent de la coalition, qui aurait grandement affaibli les velléités d’expansion et raboté les illusions de DAESH, et obtenir le renoncement à la révolution mondialisée, puisqu’il serait possible à tous les monomaniaques de la pureté religieuse – c’est ainsi que se présentent ces incultes, en recherche en fait d’une fraternité fusionnelle, ne supportant pas notre individualisme, et notre liberté – de venir vivre dans cette nouvelle terre promise, revigorer leur ego malmené dans nos sociétés.
Cette nouvelle expérience de nation building, aurait sans doute un sens, à l’opposé de ce qui s’est passé en IRAK. La transition au sein du khalifat pourrait se faire un jour entre la génération des assassins-fondateurs et les bâtisseurs d’une nation, qui a déjà une armée, mais qui aura besoin de quelques commodités supplémentaires. Diluer le phénomène djihadiste dans une reconnaissance de la revendication sunnite à constituer un état confessionnel, qui aura fort à faire à organiser la vie quotidienne, et à faire évoluer la culture de mort de DAESH vers une culture de vie en société. L’idéologie du whahabisme, en tant que principe organisateur d’une société, trouverait à terme les compromis qu’il faut avec les résidents volontaires, et transformerait le désert en jardin, irrigué par les finances saoudiennes, mettant fin aux humiliations sans fin des peuples de la région, sunnites, kurdes.
Et si tel était notre espoir secret avant les attentats ?  Et si ce n’était que parce que nous sommes  touchés par le prosélytisme de ces fanatiques dans nos pays, que nous leur déclarons notre  hostilité ? agirions-nous autrement que ce que nous faisons, en appuyant les forces locales hostiles à DAESH, l’opposition syrienne démocratique, les groupes islamistes n’ayant pas fait allégeance (pas encore ?) à DAESH, et les kurdes, dans un jeu triangulaire avec les forces de BASHAR. Attendons-nous autre chose qu’une sorte de solidification de cette zone en fusion, en pratiquant le «containment», et en espérant que le meilleur possible en sorte, ou le moins pire**.
Après cet endiguement, conduisant à la reconnaissance d’un territoire confessionnel sunnnite, il faudrait espérer voir survenir la dilution du djihadisme dans cet ensemble sunnite.

Si nous poursuivons la métaphore du chapeau, nous voyons que Manuel VALS, après les attentats,  a porté le chapeau rouge, celui de l’émotion, qui, selon DE BONO «n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion». Le problème, c’est que la passion retombe, et quand on a proclamé que nous étions en guerre, et que nous allions «détruire» nos ennemis, ces paroles d’un dirigeant restent inscrites dans la mémoire collective, et sonneront, n’en doutons-pas, comme des paroles téméraires et des fausses promesses.
François Hollande prend à pleines brassées tous les concepts disponibles pour mettre en scène un « virage sécuritaire », et bénéficie d’un « effet d’aubaine », qui lui permet de sortir de l’inaction et de l’indécision. Que n’avait-il puisé dans ce que lui proposait la société française dans toutes ses composantes pour demander l’union sacrée pour le sauvetage de l’économie ?
Cette posture lui vaut une reconnaissance provisoire de la nation. Il feint d’être à l’origine, à l’impulsion de cette formidable action des forces de police, de la mobilisation exemplaire des secours et des hôpitaux. Il moissonne les maigres récoltes conceptuelles de la droite, y compris jusqu’à la déchéance de nationalité pour les binationaux radicalisés. Tout ce qui est disponible est mobilisé. La droite, piteuse, balbutie, s’agite sur les bancs de l’assemblée. Laurent WAUQUIER tente sa chance, au milieu de la fusillade, au téléphone, comme s’il sortait de son lit, proposant l’internement de tous les détenteurs de la fiche S, sur un ton qu’il voulait solennel, mais parasité par ce petit zézaiement qui prête à sourire, en même temps que le fond du propos et le timing renforcent l’impression d’impréparation, pour ne pas dire d’inaptitude à penser le phénomène. Même impression pour Bruno LEMAIRE à l’émission « Des paroles et des actes », débitant un monologue grandiloquent, mais sans consistance, en miroir de celui de MELANCHON. Et ne parlons pas de celui qui proposera, dans les heures qui suivent les attentats, le rétablissement de la peine de mort pour les kamikazes, une version actualisée de la double peine, en somme, pour les petits gars qui se sont fait exploser. Celui-là même qui court à Moscou, et ne sait où donner de la tête pour exister dans cette tourmente. « Il faut revoir complètement notre politique de sécurité » c’est encourageant de la part de  la personne qui a construit précisément la politique de sécurité du pays pendant une décennie d’action publique, a eu tous les leviers de commande, a fusionné RG et DST, et donc a supprimé les renseignements généraux et la police de proximité, a construit sa carrière politique sur le sujet. Un début d’inventaire du quinquennat précédent ? Je crains que nous devions déclarer également inapte provisoirement, notre ancien président (arrêt de travail pendant quelques semaines ?), et le prier, dans l’intérêt de son camp, de prendre du recul.
François FILLON, à TF1, a produit un petit objet de communication politique, exprimé comme une opinion de bon sens, sans grand charisme, un peu détaché, il faut le dire, pas vraiment à la hauteur de l’évènement, et qui fait l’impasse sur une série de dilemmes. En bombardant DAESH en Syrie, nous aurions commis «un acte de guerre» et il fallait s’attendre à des représailles. Puisque nous sommes en guerre contre DAESH (cette guerre est-elle justifiée à ses yeux ?), si nous voulons gagner cette guerre, il faut la mener en Syrie, et pour être efficace, il faut s’allier au sanglant dictateur BASHAR et à son protecteur russe. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Le problème, c’est que le grand frère russe tape sur l’opposition démocratique, et ne cherche qu’à conforter BASHAR. Voila bien l’angle aveugle de la déclaration de François FILLON, le poutinisme rampant dont font preuve quelques politiques de droite, rejoignant sur ce point la droite extrême. POUTINE me fait horreur, j’aime bien FILLON, et je désespère de certaines de ses positions du type jeu de billard à plusieurs bandes. Autre point aveugle de son argumentation, cette coalition (élargie à POUTINE et aux iraniens), où nous nous impliquerions résolument, mériterait d’être examinée sérieusement sous l’angle des motivations et ambigüités de ses composantes, avec une grille de lecture à la SCHMITT – qui sont les ennemis de qui – le Kurdistan, cible de la Turquie, plus que DAESH, et ce n’est que lorsque ce dernier a commencé à déstabiliser la Turquie qu’une hostilité est née contre lui dans ce pays, qui était jusqu’à ce moment, une base arrière pour ses opérations. La Turquie va-t-elle pour autant se lancer dans une « lutte à mort » contre les tenants du khalifat ? La même question se pose pour le régime syrien, qui voudra conforter son existence sur un territoire plus restreint, et pour ses protecteurs, qui n’auront pas la volonté «d’éradiquer» DAESH. Les américains voudront-ils se mettre dans ce nouveau guêpier ? nos alliés européens, qui n’ont plus d’armée et ne sont pas des cibles de DAESH vont-ils s’impliquer ? Avons-nous les moyens de nous retrouver en première ligne en SYRIE ?
L’argument de François FILLON n’était pas convainquant au moment où il l’a émis, puis les évènements se sont accélérés, le CHARLES DE GAULLE appareille, l’allié POUTINE discute avec le président HOLLANDE, chef de guerre planétaire. Le président français « intensifie » les frappes, triple (mazette) le nombre d’avions, lesquels font des sorties tous les jours. Peu d’efficacité prévisible, comme le laisse voir l’accueil flegmatique, bien qu’amical, de l’ami BARAK, qui doit penser que les petits ruisseaux font les grandes rivières, lui qui tape bien plus massivement sur DAESH depuis des mois. Pas de vision du président HOLLANDE, qui remet à plus tard la question de BASHAR, tout à son alliance avec les russes. On tire à vue, mais on ne voit pas ce qu’il pourrait y avoir après, au moins, ça défoule.
Nous ne sommes pas partis pour résoudre l’équation DAESH en Syrie, dont les experts nous disent d’un ton pénétré, que c’est là-bas qu’il faut agir, aux racines du mal.
Les commentateurs pensent la chose en catégories. Sur France Culture, il y a les bellicistes, dont fait partie le président, qui mise sur les frappes aériennes, à défaut d’autre chose, et qui pense que ça finira par marcher, comme l’inversion d’une certaine courbe, mais cela risque d’être long, là aussi. Il y a les pacifistes (laissons-les se débrouiller entre eux et les choses s’arrangeront spontanément, du fait précisément de notre inaction). On relaie les propos d’un philosophe qui nous dit d’un air docte que bien des français auraient voulu s’unir autour d’un symbole différent du drapeau bleu blanc rouge. Ils n’ont de cesse de s’effacer, il ne leur reste plus qu’à ne plus parler, nous ne les regretterions pas. Et enfin, il y a les « réalistes », pour lesquels, il s’agit en somme de faire ce qui est possible, sans se faire d’illusion sur ce que l’on fait. Une sorte de « fais ce que doit, et advienne que pourra », telles sont les catégories utilisées dans la discussion entre Hubert Védrine et Guillaume ERNER aux matins de France Culture. On peut craindre que notre redoutable offensive militaire dans les cockpits des avions et intellectuelle dans les studios et les médias dominants ne débouche sur rien d’autre que le constat de notre impuissance en Syrie.

C’est donc sur le plan intérieur, en France et en Europe, que nous avons à faire porter notre effort, avec également, des dilemmes sur lesquels « élaborer » une vision pour nos pays européens.
Je continue à porter le chapeau noir, et je vois se déliter le rempart conceptuel élevé par nos élites, avec de laborieuses et insuffisantes mises à jour de notre logiciel démocratique, dans sa version upgradée, bardée de patchs, n’empêchant plus les bugs, au risque de l’affaissement du système fondant le vivre-ensemble.
Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans le « vivre séparés », c’est la question que je me suis posé en faisant mes courses, et en surprenant, chez une femme menue et gentille, portant le voile, s’adressant à un commerçant coreligionnaire où j’achète mon pain, l’expression d’un contentement du coup porté à une entité ennemie, cohabitant avec eux sur un même territoire, et vis-à-vis de laquelle l’intensité du ressentiment est telle qu’on se réjouit de voir massacrés ses femmes et enfants.
Des lycéens rapportent des propos semblables, tenus ouvertement dans les classes, approuvant l’attentat de Charlie Hebdo. Voyons un peu cette fois si la haine du pays d’accueil s’arrêtera et si ce ne seront pas les mécréants fêtards et non adorateurs du prophète, qui auront été punis. On le dira peut-être un peu moins fort.
Je constate que les parents de ces lycéens n’ont pas été convoqués, et les enseignants se sont retrouvés seuls, abandonnés. Quelle est l’analyse des pouvoirs publics ? le phénomène est-il trop massif pour qu’on puisse lutter contre lui ?
Doit-on s’étonner de voir naître un rejet symétrique, chez de paisibles citoyens confrontés à ce phénomène, beaucoup plus répandu et rampant que ne le pensent ou veulent l’admettre nos élites.
Nous sommes pris entre la sécession des quartiers et la progression du front national.
Le communautarisme est un rapport de force. Les membres de ces communautés se trouvent, pensent-ils, en marge de l’attribution des places dans la société et occupent des postes subalternes dans l’économie de marché, mais pour autant, au lieu de jouer le jeu de la société méritocratique, ils préfèrent instaurer un rapport de forces pour obtenir autrement, pensent-ils, ce qu’ils n’obtiennent pas par le jeu démocratique, et construire leur identité politique et sociale sur l’opposition aux valeurs de la France.
Le ressentiment contre le pays d’accueil amène à se réjouir de ce qui l’atteint, et l’affaiblit, espérant pouvoir encore pousser leur avantage, et leur sécession. La réaction aux attentats dans les quartiers manifeste cruellement la rupture du lien national comme un phénomène de masse.
Il faut regarder cette réalité en face.
Il ne suffira pas de fermer quelques mosquées intégristes,  déchoir de la nationalité quelques fanatiques-assassins en puissance, enfermer ou maintenir en résidence surveillée cinq milles radicalisés, ou même 11500, (autre chiffre entendu dans les médias), car les chiffres ne représentent que la partie visible d’un processus beaucoup plus répandu, au sein de communautés entières se coupant de la société française et vivant dans la théorie victimaire du complot occidental contre l’islam. C’est un phénomène de masse, terreau fertile pour le pire. La prise de pouvoir par des groupes de salafistes dans beaucoup de mosquées est en cours, et l’islam dur porteur d’un projet politique, est en pleine expansion. Nous laissons les musulmans modérés faire face, seuls, à ces groupes déterminés.
Il est symptomatique de voir le débat se déporter vers le contrôle des frontières, alors que ces jeunes assassins sont originaires de nos banlieues. Le non-dit est de limiter quantitativement le phénomène communautariste, en limitant le nombre des immigrés s’installant chez nous, faisant l’hypothèse sans le dire que le combat pour intégrer ces nouveaux-venus dans la société laïque à la française est perdu d’avance, avant même d’avoir été livré.
Portons maintenant notre chapeau bleu, et voyons ce que doit faire la communauté nationale : exercer un rapport de forces symétrique,  exiger un implacable respect de la laïcité, et condamner sans appel certaines positions communautaires, qui ne tombent aujourd’hui, sous la coupe d’aucune loi.
Alors une police de la pensée, l’instauration de lois interdisant le blasphème contre les valeurs démocratiques ? des lois liberticides ?
Faire monter le rapport de forces, c’est savoir jusqu’où il faut aller, entre persuasion, campagnes d’opinion, incitations positives, union sacrée et implication de tous les citoyens pour les solutions d’endiguement du communautarisme, sans perdre nos valeurs démocratiques.
Les pistes à creuser pour les politiques, par exemple les candidats à la primaire, c’est avoir le courage de regarder les faits en face, faire campagne publiquement pour l’intégration dans la nation et l’adhésion à nos valeurs, qui concerne, heureusement, une majorité des musulmans, faire bloc pour persuader, et en dernier recours, intimider, à notre tour, les sécessionnistes. Les musulmans modérés ne pourront que voler au secours de la victoire de la laïcité.
Il faut examiner jusqu’où pourrait aller la montée en puissance du rapport de forces, pour une minorité (on l’espère) d’opposants à cette grande cause nationale : convocation des élèves et des parents d’élèves devant une instance extra-scolaire, si c’est au sein de quelques familles mal informées, qu’il faut trouver le milieu idéologique d’hostilité à la société, il faut les éduquer solennellement, comme un rappel à la loi. Il en est de même pour ces jeunes scolaires, se croyant autorisés à porter une parole publique de soutien à la radicalisation dans le milieu scolaire, qu’il faut admonester de la même façon, et ne pas donner le spectacle du désarroi et de la faiblesse de professeurs dont ce n’est pas le rôle de s’opposer à leurs provocations.
Il faut un combat idéologique contre les croyances favorables à la sécession, exercer des pressions de toutes sortes contre les sécessionnistes, allant jusqu’à l’exclusion du périmètre de la solidarité de ces français communautaristes (minoritaires) qui veulent ce développement séparé. Des sanctions financières prononcées contre des citoyens récalcitrants, politique du donnant-donnant, et peut-être, obligation de travaux d’intérêt général qui leur seraient demandés pour prendre la mesure de l’effort consenti par ce pays honni, où ils habitent, pour les loger, les éduquer, les soigner, et à qui il faut donner quelque chose en échange.
Et pour ces mêmes sécessionnistes, de nationalité étrangère, ce qui serait disponible, déjà, c’est une politique de maintien conditionnel sur le territoire, qui, pour constituer une menace crédible, devrait être une mesure de masse, pour peu que l’administration puisse être seule juge de l’opportunité de conserver un droit de séjour à des étrangers non intégrés, hostiles à leur pays d’accueil, dont la scolarité de leurs enfants pourrait bien se poursuivre dans leur pays d’origine. Il faut changer la loi sur le séjour des étrangers, en faisant un bon usage de cette mesure, car mieux vaut brandir une menace que la mettre à exécution.
Le soutien implicite des héros négatifs de l’islam par une base sociale communautariste est l’ ennemi de la Nation.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_des_six_chapeaux
**http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-d-ete-l-etat-islamique-va-t-il-bouleverser-les-frontieres-du-moyen-orie-0